Lorsque Remus quitta le quartier général de l'Ordre ce soir-là, il eut beaucoup de difficultés à garder une expression indifférente. Il remercia poliment Molly pour le repas, puis s'empressa de s'enfuir lorsque Sirius fit mine de s'approcher de lui. Voilà presque deux semaines qu'il l'évitait. Depuis qu'il avait surpris son regard sur Tonks à vrai dire. Sirius avait manifestement envie de lui en parler, mais ce n'était pas son cas. Il savait pertinemment que ce n'était pas bien, il n'avait besoin de personnes pour le lui confirmer. Au contraire, cela aurait semblé encore plus réel et inéluctable.
Chassant son malaise soudain de ses pensées, Remus enroula une écharpe autour de son cou, plus par souci de discrétion qu'à cause de la température. Il referma prudemment la porte derrière lui, puis parcourut la rue d'un pas vif, jusqu'à parvenir dans l'étroite ruelle où ils avaient l'habitude de transplaner. Il réapparut quelques secondes plus tard devant le petit cottage des Tonks, dont les fenêtres illuminées trouaient la pénombre de la campagne environnante.
Il toqua immédiatement à la porte, deux coups brefs et un long, jugulant difficilement son impatience. Le rideau du carreau voisin se souleva légèrement, avant de retomber tout aussi vite, lui laissant à peine apercevoir une vague silhouette. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrait sur Nymphadora, dont les cheveux étaient exceptionnellement de couleur sombre. Remus ne put empêcher son cœur de bondir de joie en la voyant.
— Bonsoir, boule de poils ! dit-elle joyeusement. Tu es pile à l'heure. Allons-y.
Elle glissa sa baguette dans la manche de son manteau avant de le rejoindre sur le perron, refermant derrière elle. Il ne voyait plus très bien son visage dans l'obscurité, mais il s'en fichait. Sa simple présence et son odeur de lilas lui suffisaient amplement.
— Prête ? lui demanda-t-il une fois qu'ils eurent quittés les protections sommaires qui entouraient la maison.
Tonks hocha le menton, puis glissa sa main dans la sienne. Il sentit un frisson agréable courir le long de son bras, qu'il eut du mal à ignorer pour se concentrer suffisamment. Ils transplanèrent de nouveau dans un claquement sec, réapparaissant dans une forêt aux troncs serrés. Aussi silencieux que des ombres, ils se glissèrent jusqu'à la clairière qui se dessinait une centaine de mètres plus loin.
— Tu es sûr que c'est le bon endroit ? murmura Tonks.
— Certain, Dumbledore m'a donné les coordonnées exactes, souffla Remus.
A cet instant, Tonks jura et s'étala par terre. Elle se releva en bougonnant, massant son pied endolori qui avait butté contre une racine. Remus retint le sourire tendre qui fleurissait sur ses lèvres, se contentant de poser un doigt sur sa bouche pour lui intimer le silence.
— Nous sommes suffisamment près je pense, chuchota-t-il une minute plus tard, lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques mètres de la clairière encore déserte.
Tonks hocha la tête, les sourcils froncés, pleinement concentrée. Remus fouilla un instant dans ses poches avant d'en sortir la cape d'invisibilité donnée par le directeur de Poudlard. Elle était assez grande pour les cacher tous les deux. Se dissimulant par précaution derrière les arbres, ils attendirent en silence, seul le bruit de leur respiration résonnant à leurs oreilles.
Malgré les circonstances peu joyeuses, Remus ne pouvait s'empêcher de se sentir heureux. Partir en mission avec elle lui procurait un apaisant bien-être. C'était un fait encore assez rare pour le remplir de bonheur. En ces instants, il pouvait savourer sa présence en solitaire, sans faire attention aux regards et aux jugements des autres. Il pouvait être lui-même.
— Tout va bien Remus ? demanda soudain Tonks en un murmure à peine audible.
Inquiète, elle haussait un sourcil. Le loup-garou s'empressa de détourner le regard. Elle avait dû s'apercevoir qu'il l'épiait sans gêne aucune, et se demandait sûrement ce qu'il lui voulait. La gorge nouée, il lui offrit le sourire le plus rassurant qu'il put.
— Oui, oui, tout va bien.
Tonks ne sembla pas convaincue, mais elle ne put ajouter quoi que ce soit. Un craquement sonore s'était fait entendre, laissant apparaître deux Mangemorts encapuchonnés. Ils furent suivis quelques secondes plus tard par trois vampires aux expressions impénétrables.
Tandis que les négociations débutaient d'un ton âpre, Remus ne put empêcher une nouvelle fois son regard de s'égarer vers Tonks. Elle lui paraissait si proche et si loin en même temps. Concentrée, elle avait les yeux fixés sur les pâles créatures qui parlementaient à quelques mètres d'eux. Il se hâta de recentrer son attention sur la scène qui se déroulait devant eux.
Il devait faire plus attention. Elle ne devait se douter de rien. Elle ne devait pas savoir.
