Macnair venait de franchir le seuil de sa maison, une minuscule baraque à moitié en ruine, coincée entre une haie rachitique et un garage abandonné. Remus s'assit en soupirant sur l'asphalte à une centaine de mètres et sortit une boîte en bois éraflée contenant quelques pièces. Vêtu de ses vieux habits, il faisait un clochard très convaincant. De sa position, il pouvait voir sans être vu les fenêtres crasseuses du refuge du Mangemort.
Remus se frotta les mains en grommelant. On avait beau être en plein mois d'août, on était toujours à Londres, et la température chutait dès que le soleil se couchait. Sa nuit de surveillance promettait d'être longue. Il tenta de s'installer confortablement, mais c'était peine perdue, le sol dur ne faisait qu'accentuer ses courbatures douloureuses dues à la précédente pleine lune.
Une heure passa ainsi, puis une deuxième. La faible lumière qui brillait derrière les carreaux finit par s'éteindre au bout de trois heures. Plus un mouvement, plus un bruit. Remus grommela, ne pouvant s'empêcher de se dire que ces missions de surveillance étaient tout bonnement inutiles. Cela faisait plus de deux semaines qu'il pistait Macnair, sans aucun résultat probant. Cela le frustrait bien plus qu'il n'aurait voulu se l'avouer.
Au cours de la quatrième heure, son ventre se mit à grogner. Il avait faim. Ses pensées s'égarèrent du côté du délicieux ragoût de Molly, sa sauce savoureuse et ses pommes de terre fondantes. Mais penser à la cuisine de la mère des Weasley lui fit également songer à leur précédente conversation, et cela eut le mérite de le ramener brutalement sur terre.
Il avait encore du mal à croire qu'elle ait pu lui dire une chose pareille. Comme si Tonks pouvait avoir des sentiments pour lui. C'était ridicule, absurde. Plus il y pensait, et plus il se disait que Molly était tombée sur la tête, qu'elle avait rêvé, imaginé des choses. Il n'était qu'un ami pour Nymphadora, un grand frère à la rigueur. Jamais elle ne le considérerait comme plus que cela. C'était fou de le penser, insensé.
Comme à chaque fois qu'il repensait à cette conversation, Remus renifla de mépris. Envers Molly pour avoir pu penser une chose aussi aberrante, mais aussi envers lui, pour avoir espéré, l'espace de quelques instants. Elle ne pouvait pas l'apprécier, c'était impossible. Leur différence d'âge, sa condition de loup-garou, tout les séparait. Et même si c'était le cas, si par bonheur elle ressentait ne serait-ce qu'un bref sentiment pour lui, l'espace d'une minuscule seconde, jamais il ne pourrait l'accepter. Il était indigne d'elle. Jamais il ne pourrait lui infliger cette honte, celle de fréquenter un paria rejeté par la société sorcière.
De toute façon, Molly avait tort. Il ne servait à rien de s'échiner sur un problème qui n'existait pas pendant des heures. Avec un soupir, Remus reporta son regard morne sur la maison silencieuse. Cette histoire commençait réellement par devenir pesante. Quand allait-il apprendre à contrôler ces sentiments pour le moins inappropriés ? Il était temps qu'il cesse de s'apitoyer sur lui-même et qu'il se lance dans cette résistance à corps perdu. Qu'il ne pense à rien d'autre qu'à apporter son aide à l'Ordre.
Un infime mouvement attira son attention. Un rideau qui bougeait. Les sens en alerte, Remus se recroquevilla davantage pour ne pas être vu, les yeux fixés intensément sur la porte close. Le battant s'ouvrit quelques secondes plus tard. Macnair regarda précautionneusement des deux côtés de la rue, ne prêtant aucune attention au SDF apparemment immobile dans le caniveau. Puis il partit d'un pas vif.
Remus attendit quelques secondes avant de le suivre. Il exultait. Enfin un peu d'action !
