Au début, Tonks avait refusé d'y croire. Les explications de Sirius lui avaient semblé si incongrues, si impossibles. Remus, jaloux ? A cause de ces hypothétiques sentiments pour elle ? Ridicule. Puis, au fil des jours, cette absurdité avait fini par s'imposer lentement à elle, jusqu'à devenir une réalité. A présent, elle portait un regard différent sur tous ces petits événements qui lui avaient semblé jusque-là sans importance. Les longs regards qu'il lui adressait, ces sourires retenus, cette gentillesse, leurs longues discussions, tout prenait un autre sens. Un sens qui lui plaisait bien plus que ce qu'elle avait cru jusqu'alors.
— Encore un peu de pudding, Tonks ?
La jeune Auror hocha mécaniquement le menton en tendant son assiette à Molly. Elle était nerveuse ce soir, cela ne lui ressemblait pas. Son regard s'égara une fois de plus vers Remus, plongé dans une sérieuse discussion avec Bill et Kingsley sur les actions contradictoires des gobelins. Cela faisait plusieurs jours qu'il jouait la carte de l'ami poli, en maintenant une distance entre eux à laquelle elle n'était pas habituée. Sirius lui avait conseillé d'aborder le problème franchement, mais elle doutait que cela soit une bonne idée. Elle connaissait Remus assez bien maintenant pour savoir qu'il se braquerait. Son approche devait être plus subtile.
En face d'elle, Sirius aboya de rire à une blague de Mondingus, s'attirant un regard réprobateur de Molly. Tonks eut un mince sourire devant la joie de son cousin. Plus le nombre de convives augmentait et plus il était heureux, cela se voyait. Mais assister à ce genre de scènes lui serrait à chaque fois le cœur, car cela l'amenait à l'imaginer seul et maussade dans cette grande maison froide, et elle détestait cette vision.
— Tonks ? l'appela soudain Kingsley. C'était bien toi qui était chargée du dossier Ragnok ?
Elle acquiesça aussitôt en se rapprochant des trois hommes, sa curiosité l'arrachant quelques instants à ses questions incessantes.
— J'ai eu l'opportunité de discuter avec lui l'autre jour, expliqua Bill. Il ne semble pas prêt à joindre notre cause en ce moment, il est très… anti-Ministère. L'incident avec Verpey l'a rendu méfiant.
— Tu devras le surveiller d'encore plus prêt, poursuivit Kingsley. Il y a de grandes chances qu'il se tourne vers les Mangemorts.
Tonks hocha vaguement le menton, déjà désintéressée. Remus semblait refuser catégoriquement de croiser son regard. Elle serra les dents en sentant la meurtrissure maintenant familière lui serrer le ventre. Elle n'en avait jamais réellement compris la cause, jusqu'à la semaine dernière. Jusqu'à ce que Sirius lui dise que Remus était probablement jaloux à cause de ses sentiments pour elle. Elle s'était sentie stupide de ne comprendre cela que maintenant. Que la tendresse qu'elle éprouvait pour le loup-garou depuis plusieurs semaines n'était pas seulement de l'amitié. Elle aurait dû s'en réjouir. Ces sentiments qui l'agitaient et la tourmentaient, elle avait enfin réussi à mettre un nom dessus, et d'après les dires de son cousin, ils étaient totalement réciproques. Alors pourquoi ressentait-elle une telle tristesse ?
Parce que Remus était plus distant que jamais. L'amertume envahit la bouche de Tonks, et pendant quelques instants elle ressentit de la colère contre lui. Comment pouvait-il être assez stupide pour croire qu'elle avait des sentiments pour son propre cousin ? Comment lui faire comprendre ?
Elle sursauta presque lorsque Kingsley se leva à côté d'elle. Elle répondit à son salut de manière automatique, toujours blessée et énervée par le regard fuyant de Remus. Elle se leva à son tour pour aider Bill à débarrasser la table, et en profita pour se rapprocher du loup-garou.
— Les choses avancent avec Macnair ?
Sa voix était légère, enjouée, comme elle l'a toujours été. Il lui jeta un coup d'œil rapide, en souriant doucement, et hocha brièvement le menton.
— Je ne sais toujours pas qui est cette personne avec qui il est en contact, mais je ne désespère pas.
Tonks se mordit les lèvres, chercha comment aborder le sujet de manière naturelle. Elle ne pouvait juste pas laisser tomber, comme ça, qu'il n'y avait rien entre Sirius et elle qu'une amitié purement familiale.
— Je suis sûre que tu y arriveras, se contenta-t-elle de dire.
Remus lui sourit de nouveau, avec une reconnaissance qui lui fit chaud au cœur. Puis il lui tapota l'épaule affectueusement, et elle se rappela brusquement qu'ils n'étaient que des amis. Sans qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit, il lui souhaita bonne nuit et s'éclipsa de la cuisine, juste avant Mondingus. Serrant les dents, Tonks réprima le frisson qui l'envahissait et aida Molly à débarrasser la table. Elle détestait ce sentiment d'impuissance. Comment lui faire comprendre ?
Lorsqu'elle sortit de la cuisine presque déserte pour gagner le vestibule silencieux, Tonks se sentait déjà plus confiante. Remus était certes une tête de mule, mais elle aussi, et ils allaient être deux à jouer à ce jeu-là. Elle allait persévérer, aussi longtemps qu'il le faudrait. Et elle lui montrerait que cette prétendue histoire entre elle et Sirius n'était que le fruit de son imagination.
Il était hors de question qu'elle le laisse se mettre en travers d'une possible relation entre eux.
