Remus jeta un coup d'œil pensif sur le ciel noir d'encre. La lune était presque pleine. La fatigue habituelle se faisait déjà ressentir, et il avait craint pour le bon développement de cette mission. Mais heureusement, tout s'était déroulé pour le mieux.
— Ca peut paraître bête, mais je suis heureuse de pouvoir délivrer une bonne nouvelle pour une fois !
Son regard quitta l'orbe laiteux pour se poser sur la jeune femme à ses côtés. Il ne put réfréner un sourire face aux yeux brillants de Nymphadora. Il était incapable de la blâmer pour son enthousiasme. Lui-même se sentait plus léger devant le succès de leur mission.
Depuis plusieurs jours, Bill avait remarqué une agitation étrange parmi les gobelins. Des chuchotements, des rumeurs, des regards méfiants. En laissant un peu traîner ses oreilles, il avait eu ouï dire d'une rencontre entre les chefs des différents clans, pour se prononcer une bonne fois pour toute sur leur position dans cette guerre. Nymphadora était celle en charge du dossier, mais Dumbledore avait jugé plus prudent qu'une deuxième personne soit présente lors de cette réunion, au cas où. Remus n'avait pas hésité longtemps avant de se proposer. Malgré ce que lui dictait sa raison, il avait du mal à rester à l'écart.
— Bon ce n'est pas exactement une bonne nouvelle, se reprit Nymphadora en fronçant le nez d'une manière qu'il trouva particulièrement adorable. Vu qu'ils ne vont pas se ranger de notre côté. Mais au moins ils resteront neutres, Tu-sais-qui n'aura pas libre accès à Gringotts.
— Ce qui constitue une victoire en soi, approuva Remus.
Inconsciemment, il ralentit le pas en voyant la demeure des Tonks se rapprocher de plus en plus. C'était puéril et stupide, mais il voulait faire durer cet instant le plus longtemps possible. Merlin seul savait s'ils auraient encore une opportunité de se retrouver seul à seule avant longtemps.
— Tes parents vont bien ? demanda-t-il, dans un espoir vain de faire durer l'instant.
— Un petit peu tendus, avoua Nymphadora. Ma mère s'inquiète pour mon père. Si les choses devaient dégénérer…
Elle laissa sa phrase mourir dans l'air frais de la nuit, lourde de conséquences.
— C'est à nous de faire en sorte que cela n'arrive pas, affirma-t-il avec fermeté. D'empêcher Voldemort d'accéder au pouvoir qu'il convoite tant.
Nymphadora acquiesça vivement, la flamme de la détermination brillant de nouveau dans ses yeux. Remus ne pouvait s'empêcher d'admirer ce côté de sa personnalité, cette fougue inaltérable et ce refus de baisser les bras devant n'importe quel obstacle. Il retint une grimace lorsqu'il constata qu'ils étaient enfin arrivés. La maison était plongée dans l'obscurité, seule la lumière du perron était restée allumée. Cette attention le fit sourire.
— Tu rentres dormir au QG cette nuit ? demanda Nymphadora.
Elle semblait fébrile et cela lui fit froncer les sourcils. Il ne comprit la nature de sa nervosité que lorsque le visage de Sirius s'imposa à lui. Ce souvenir lui fit l'effet d'un coup dans le ventre, et il retint une grimace d'amertume. Evidemment. Elle voulait sans doute lui poser quelques questions sur son ami, et même s'il s'y attendait, cela lui fit mal.
— Non, finit-il par répondre. Je vais passer la nuit chez moi.
Ces derniers temps, il évitait le plus possible de se retrouver seul avec Sirius. A tel point que même la perspective de dormir dans son étroit appartement humide de la banlieue sud était plus attrayante que retourner au Square Grimmaurd. Nymphadora eut un sourire un peu gêné, ne sachant trop quoi ajouter.
— Bonne nuit, murmura-t-elle enfin.
Il lui répondit presque avec automatisme, mais ne se résolut pas à tourner les talons. Il la regarda traverser le jardin et s'approcher de la porte blanche, ses cheveux roses prenant des reflets mauves à la lumière.
— Tonks, l'interpella-t-il soudain.
Il ne pouvait pas se résoudre à l'appeler Nymphadora, pas encore. Il ne l'appelait ainsi que dans sa tête, ça lui donnait la sensation d'être plus proche d'elle. Mais le formuler à haute voix lui faisait encore trop peur, ç'aurait été comme un signe d'intimité qui n'existait pas. Et puis, elle détestait ce prénom. C'était ce qu'il disait, pour se rassurer de sa lâcheté. Elle se retourna, à la fois interrogative et pleine d'espoir.
— Tu sais que tu peux tout me dire ?
Peut-être que s'il la poussait un peu, elle lui avouerait enfin ses sentiments envers son ami, et il cesserait de se torturer sur d'éventuels espoirs. Il la vit hésiter, la bouche entrouverte, prête à dire ce qu'elle avait sur le cœur. Mais le silence s'éternisait, intenable.
— Je ne voulais pas te forcer à quoi que ce soit, lui assura-t-il avec un sourire factice. Sache juste que tu peux te confier à moi. Nous sommes amis après tout.
Elle sembla surprise, et un peu blessée aussi, ce qu'il ne comprit pas. Pourtant, elle hocha le menton, avant d'ouvrir la porte et de disparaître dans les entrailles sombres de la maison, sans un mot de plus. Remus resta un instant immobile, se traita d'idiot, et tourna les talons.
Dire les mots à haute voix les avait fait sonner encore plus réels. Mais c'était mieux ainsi. De cette façon, les choses étaient claires. Et peut-être trouverait-elle le courage de lui parler de Sirius, de ses sentiments envers lui. Il allait devoir s'y habituer, de toute manière, et le plus vite serait le mieux.
Plus vite il accepterait la situation, plus vite il pourrait panser ses blessures.
