Les muscles endoloris, Tonks se retenait fort pour ne pas bâiller. Elle était accroupie dans la même position depuis près d'une heure, et plus le temps passait, plus les minutes se faisaient longues. Au loin, une horloge sonna une heure. Poussant un soupir, elle fit craquer sa nuque, dans l'espoir de détendre quelque peu ses vertèbres. Cette mission de surveillance était tout bonnement inutile. Heureusement qu'elle n'était pas seule, ou cela aurait été un véritable calvaire.

Une fois de plus, son regard s'égara vers Remus, qui était tapi à ses côtés dans la pénombre que leur prodiguait la haie. Ses yeux gris ne quittaient que rarement la fenêtre illuminée à quelques mètres d'eux, derrière laquelle se mouvaient des silhouettes indistinctes.

— Tu crois qu'il en a encore pour longtemps ? souffla-t-elle.

Remus haussa les épaules sans répondre ni la regarder. Cela l'agaça, mais elle n'insista pas, et tendit l'oreille de nouveau. Le timbre rauque de Macnair, indistinct, était la seule voix qui leur parvenait à travers la fenêtre entrouverte. Elle tenta de se concentrer sur les sons, mais c'était peine perdue, elle ne comprenait pas un traître mot de ce qu'il disait. Et elle avait des fourmis dans les jambes à force de rester immobile.

Cependant, Merlin sembla entendre ses prières muettes, car une dizaine de minutes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrait sur la silhouette trapue du Mangemort. Retenant leurs souffles, Remus et elle s'immobilisèrent tout à fait. Ils n'osèrent bouger de nouveau que lorsque Macnair eut tourné l'angle de la rue.

— Intéressant, souffla enfin Remus.

Il se glissa hors de leur cachette avant qu'elle n'ait pu lui poser la moindre question, et gagna le trottoir désert. Tonks attendit qu'ils se soient éloignés un peu avant de laisser parler sa curiosité.

— Que ce sont-ils dit ?

— Beaucoup de choses, répondit-il. Mais le plus important est que je connais enfin la raison de tous ces allers-retours. Macnair a été chargé de rallier à leur camp les loups-garous ennemis de Greyback. Une meute autonome qui refuse pour l'instant de se prononcer.

Il resta un instant silencieux, les sourcils froncés, puis, ralentissant le pas, demanda d'un ton prudent :

— Tonks, je peux te poser une question ?

La jeune femme hocha le menton, intriguée. Son air sérieux attisait sa curiosité.

— Pourquoi es-tu venue ce soir ? Tu ne pouvais même pas entendre ce qu'ils disaient.

Son incrédulité la fit sourire. Il était si naïf des fois.

— Je me devais de te tenir compagnie enfin, rit-elle. Ce n'est que justice, après que tu m'aies accompagné à la réunion des gobelins.

Il sembla surpris, ce qui ne fit qu'agrandir son sourire. Peut-être était-ce maintenant le bon moment pour lui ouvrir les yeux ?

— J'ai droit à une autre question ?

— Bien sûr.

— Que penses-tu de Sirius ?

Cette fois, c'était elle qui était prise de court. Elle s'arrêta net, ses yeux cherchant les siens, mais il fuyait son regard, embarrassé.

— Je demande uniquement en tant qu'ami, précisa-t-il. Etant ton ami et celui de Sirius je me suis dit qu'il était légitime de ma part de poser cette question, je m'excuse si tu la trouves déplacée.

Tonks serra les dents, réprimant sans succès la vague de colère qui la submergea. Cette amitié à laquelle il se référait à chacun de leur échange lui donnait l'impression que le fossé entre eux se creusait de plus en plus, et elle détestait cela. Elle éprouva ce soudain besoin de lui faire comprendre, de lui montrer une bonne fois pour toutes que ces soupçons sur elle et Sirius étaient ridicules, que la seule personne pour laquelle elle éprouvait des sentiments, c'était lui. Mais sa question l'avait agacée. Alors elle répondit, avec un certain défi :

— Il est plutôt pas mal malgré Azkaban, tu ne trouves pas ?

Elle le vit pâlir, et aussitôt, elle s'en voulut. C'était la rancune qui avait parlé, et si elle avait pu retirer ces mots, elle l'aurait fait.

— Je suppose, dit-il d'une voix lointaine, amère. Il a toujours su attirer les filles.

Ces quelques mots balayèrent ses remords pour raviver de plus belle sa colère. Elle avait envie de le secouer, de lui hurler au visage à quel point il était stupide, et aveugle. Elle s'était promis d'y aller en douceur, de lui montrer petit à petit qu'elle tenait à lui bien plus qu'à un simple ami, mais il était tout simplement trop enfermé dans sa douleur pour s'en apercevoir. Et ce soir, elle avait une opportunité. La chance de lui balancer la vérité au visage. Elle n'hésita qu'une infime de seconde avant d'obéir à son instinct. De déverser ce qu'elle avait sur le cœur.

— Tu n'es vraiment qu'un idiot ! répliqua-t-elle, laissant sa fureur parler librement. Si tu arrêtais un peu de t'apitoyer sur ton sort, tu verrais très bien pour qui j'ai succombé !

Elle ne se laissa pas le temps de voir l'effet de ces mots sur Remus. Elle ne voulait pas prendre le risque de laisser sa colère prendre le dessus et dire des choses qu'elle regretterait. Alors elle tourna les talons, s'enfuyant dans la rue déserte. Elle ne se retourna pas pour voir s'il la suivait.

Ce n'est qu'en arrivant devant le QG qu'elle se rendit compte qu'elle pleurait. Elle essuya hâtivement ses joues humides avant de se glisser dans le hall silencieux. Sa colère était retombée, ne laissant derrière elle qu'une fatigue intense. Mais aucun regret.

Avouer ses sentiments l'avait allégée. A présent, Remus ne pourrait plus juste ignorer ce qu'il se passait entre eux. Il devrait affronter ses sentiments. Et cette perspective suffisait à lui rendre le sourire.