Assis dans un coin de la bibliothèque silencieuse, Remus regardait pensivement la lumière grise du soleil levant éclairer peu à peu la pièce. Il était épuisé, et la moindre fibre de son corps lui hurlait qu'il était temps de dormir. Mais il ne parvenait pas à fermer les yeux sans entendre la voix de Tonks résonner sous son crâne, et cela était suffisant pour le tenir éveillé.
Il posa sa tasse de café à présent vide sur la table, réprimant un soupir. Il s'était réfugié ici pour éviter la cuisine toujours surpeuplée, mais un jour ou l'autre, il allait devoir leur faire face. Lui faire face. Et il devait impérativement se ressaisir avant. Il ne pouvait pas se permettre de lui faire penser qu'il y avait le moindre espoir. Il n'en avait pas le droit.
La porte s'ouvrit dans son dos, le faisant presque sursauter. Tout son corps se tendit lorsque Sirius prit place en face de lui, le visage neutre. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vraiment parlé, pas à cœur ouvert en tout cas. Ils ne faisaient qu'échanger des banalités, au détour des couloirs, entre deux missions. Et à cet instant, Remus s'en voulut. Il avait cru son ami perdu depuis des années, et au lieu de profiter de leurs moments réunis, il s'était éloigné de lui en raison d'une jalousie qui n'avait pas lieu d'être. Cette culpabilité l'avait tenue éveillé aussi bien que les souvenirs de sa dernière mission avec Tonks.
— Je suis désolé, finit-il par dire.
Sirius se contenta d'un sourire amusé, sans montrer aucun signe de vexation, alors qu'il en avait tous les droits.
— Pour une fois que c'est toi qui joue à l'idiot. Ça fait du bien de voir nos rôles inversés.
Remus lui jeta un regard peu amène, qui ne fit qu'agrandir son sourire.
— Je peux savoir pourquoi tu restes ici à te morfondre ?
— Tonks t'a tout raconté je suppose, murmura-t-il après un instant de silence.
— Pas dans les détails.
— Je voulais juste l'entendre dire. Qu'elle m'avoue enfin qu'elle t'appréciait. Et…
— Et tu t'es rendu compte que tu te trompais depuis le début sur son compte, compléta prosaïquement Sirius en levant les yeux au ciel.
— J'ai eu tort, je le reconnais.
Il a réussi à maintenir sa voix neutre, par il ne sait quel miracle. Il vit Sirius lui jeter un regard en biais, hésitant.
— Qu'est-ce que tu vas faire ?
Cette question le surprit. Il s'était attendu à des moqueries, des railleries, sur son manque de jugeote, lui qui d'habitude avait la tête sur les épaules, à tout sauf à ça. La réponse était tellement évidente.
— Il n'y a rien à faire, répliqua-t-il d'une voix un peu tendue.
— Tu veux dire que tu vas agir comme si de rien n'était ?
Le ton incrédule de son ami le fit frémir, et il serra la mâchoire. Malgré tout ce que Sirius pourrait dire, il ne reviendrait pas sur sa décision. Elle était irrévocable.
— Exactement.
— Remus, je dois dire que je ne te comprends pas. Il est évident que tu as des sentiments pour elle, et elle ressent la même chose pour toi, alors pourquoi…
— Parce que je tiens trop à elle pour lui faire subir cette honte.
Sa voix était abrupte, râpeuse, ferme. Ses mains se crispèrent brièvement sur ses genoux.
— Je n'ai pas le droit de transférer mon fardeau sur ses épaules. De lui imposer cette malédiction qui me poursuit. Elle sera jugée, rejetée, traitée en paria. Elle mérite bien mieux que cela.
— Remus, c'est ridicule, tu…
— Je suis un loup-garou, le coupa-t-il avec froideur. Un paria de la société. La lie des sorciers. Jamais je ne pourrais infliger ce destin à qui que ce soit, et encore moins à elle. Je ne peux pas faire preuve de tant d'égoïsme, ce serait presque cruel.
Sirius s'apprêtait à ajouter quelque chose, mais Remus se leva brusquement, le souffle court. La douleur qu'il tentait de réprimer depuis quelques jours l'envahit, meurtrissant son cœur déjà blessé. Il n'avait pas envie d'en parler. Ni ici ni jamais, il voulait juste oublier cette fatalité qui le poursuivait depuis l'enfance. Cette incapacité à jamais fonder un foyer heureux qui le rendait malade.
— La discussion est close, dit-il d'un ton sans appel. Et je te serais reconnaissant de ne pas évoquer le sujet avec Tonks. Elle finira par tourner la page si elle se rend compte qu'il n'y a aucun espoir.
Il ne prit pas la peine de dévisager son ami. Il n'avait pas envie d'y voir toute la compassion et la pitié qu'il était sûr d'y trouver. Il tourna les talons sans attendre, fermant la porte derrière lui. Malgré la souffrance que lui causait cette décision, il allait devoir s'y tenir coûte que coûte.
Il était hors de question de transmettre sa malédiction à la femme qu'il aimait. Même si cela voulait dire qu'il serait à jamais malheureux.
RAR Lu : Un grand merci pour ta review, je suis contente que l'histoire te plaise ! :) Merci beaucoup pour ta lecture et pour avoir pris le temps de laisser un mot ! :)
