- Tout va bien. Ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air.
Dès que le médicomage lui annonça que le demi-renard était hors de danger, Harry sentit un poids immense quitter ses épaules. En trouvant le jeune homme étalé sur le sol et incapable du moindre mouvement, il avait presque eu peur d'avoir trouvé un cadavre. Et sous le coup de la surprise, tout ce qu'il avait pu faire était d'appeler Luna au secours, avant même de vérifier si Malefoy respirait encore ou bien même l'état de son pouls.
Heureusement, la jeune femme n'avait pas tardé à le rejoindre pour l'aider à amener l'ancien Serpentard à l'hôpital, sans doute alertée par le ton paniqué de sa voix. Plusieurs médicomages avaient ainsi pris en charge le blessé, et depuis, Harry faisait les cent pas, incapable de ne pas s'inquiéter pour son ennemi d'enfance. Les Weasley avaient étaient prévenus par hiboux de la situation et attendaient son retour au Terrier pour connaître les détails de cette surprenante histoire.
Alors maintenant que le médicomage venait de sortir pour leur annoncer que le blond n'avait rien...
- Vous... Vous êtes sûr... ?
- Tu as attrapé un Jocheruine, mon petit Nargole ~ Le médicomage sait ce qu'il dit, j'en suis certaine. Et bien sûr, nous pouvons aller nous en assurer nous-même, n'est-ce pas ?
- En fait, il serait même préférable que vous emmeniez ce jeune homme avec vous au plus vite, leur confia le médicomage à la plus grande surprise d'Harry. Même si son niveau de magie est préoccupant, surtout maintenant qu'il s'est bloqué dans une demi-transformation d'animagus, nous sommes malheureusement incapable d'aider un veela à la recherche de son vaélon...
Si le médicomage espérait sans doute leur faire comprendre que Malefoy occupait une chambre d'hôpital sans raison, Harry ne retint que la partie "veela", stupéfait d'apprendre que le jeune homme en était un. Harry avait déjà lu plusieurs livres sur les créatures magiques qui les évoquaient mais n'aurait jamais pu imaginer que son ancien rival puisse être autre chose qu'un simple sorcier.
Puis après quelques secondes de réflexion, Harry fronça les sourcils. Malefoy n'avait toujours pas trouvé son compagnon.
Cette nouvelle expliquait sans doute son état, finalement. Selon ses maigres connaissances à propos de ces créatures, un veela partait à la recherche de son compagnon, généralement appelé valéon, dès sa majorité sorcière. Normalement, Malefoy était donc censé l'avoir trouvé depuis un bon moment. Harry ne connaissait pas les risques exacts encourus par un veela n'arrivant pas à trouver son compagnon mais se doutait qu'un tel manque ne devait pas être sans conséquence.
Si une union avec un veela était souvent perçue comme une chance extraordinaire, c'était en effet parce qu'un veela ne pouvait être attiré que par son âme sœur, partageant toute sa puissance magique avec celle-ci, rendant le couple souvent incroyablement puissant... mais aussi et surtout fusionnel sur le plan sentimental, étant donné qu'un veela était également capable de ressentir toutes les émotions de son vaélon et recherchait toujours le bonheur de ce dernier.
En tout cas, c'est ce que relataient un bon nombre de livres évoquant quelques-unes de leurs caractéristiques...
- Si vous tenez toujours à aller le voir, on vient de le placer dans la chambre au fond du couloir. Mais il dort. Tant qu'il n'aura pas trouvé son valéon, de toute façon, les malaises dus à la fatigue continueront de se multiplier. Sa magie devient de plus en plus instable, vous devriez l'aider à apprendre à la canaliser.
- M-Mais... Nous ne sommes pas médicomages ou experts en veela... Comment voulez-vous qu'on fasse ça... ?
- Eh bien, si vous voulez... je peux peut-être vous aider.
Se retournant vers celui qui venait de prononcer ces mots, Harry fut surpris de constater qu'un total inconnu venait de s'immiscer dans cette conversation. Enfin... son visage lui disait tout de même quelque chose. Peut-être était-ce un autre médicomage ayant lui aussi pris en charge Malefoy ? Non, si c'était le cas, le jeune homme devrait sans doute porter la même tenue que son collège...
- Pardon de vous interrompre... C'est juste que je suis étudiant en magizoologie. Et comme je dois rendre une étude sur les veela pour ma maîtrise, je suis probablement assez renseigné pour vous aider.
- Alors tu vois, petit Nargole, tout est réglé, conlut Luna avec ce sourire étincelant dont elle seul avait le secret. Monsieur Scamander a besoin d'un cas particulier à traiter et nous de conseils, c'est le destin qui doit l'avoir mis sur notre chemin.
- Monsieur... Scamander... ?
Ce n'est qu'en répétant ce nom qu'Harry comprit pourquoi le visage du jeune homme lui rappelait quelque chose.
Scamander était le nom d'un des plus grands naturalistes sorciers connus à ce jour. Au point qu'Harry se souvenait maintenant que Ron avait une carte de Chocogrenouille à son effigie. Et pourtant, Ron était tout sauf passionné par la magizoologie. Sauf que même si les traits de l'inconnu semblaient assez semblables au célèbre auteur, Newt Scamander n'était clairement pas aussi jeune, ce qui signifiait qu'il s'agissait d'un autre membre de sa famille.
Le métier de naturaliste devait probablement être une passion familiale...
- Vous êtes le fils de Newt Scamander, c'est ça... ?
- Son petit-fils. Rolf Scamander. Mais je suis de sa famille, oui...
Étrangement, Harry se reconnut immédiatement dans l'attitude du jeune inconnu. Son ton traînant et blasé laissait clairement sous-entendre qu'il ne faisait que répéter ces mots à chaque nouvelle rencontre. Un peu comme Harry lorsqu'il devait confirmer qu'il était bel et bien Harry Potter et endurer les regards admiratifs, curieux ou même intéressés que les gens posaient alors sur lui.
Et rien que pour ça, Harry regretta presque de lui avoir posé cette question idiote.
Mais heureusement, Luna était naturellement plus originale que lui...
- Nous sommes heureux de faire votre connaissance. J'espère que vous serez plus ouvert que votre grand-père cependant, ses œuvres étaient intéressantes mais malheureusement très incomplètes...
Harry ne put s'empêcher de sourire en voyant le regard jusqu'ici particulièrement terne du jeune homme s'allumer d'une petite étincelle de plaisir et de curiosité. Un sentiment tout à fait compréhensible pour quelqu'un dont la vie devait probablement être sans arrêt comparée à celle de son grand-père et qui devait donc rarement entendre des critiques sur lui comme Luna venait de le faire. Harry imaginait sans mal le déplaisir de toujours devoir faire mieux qu'un parent.
Après tout, devoir satisfaire les attentes des autres avant même de penser à sa propre vie, Harry l'avait vécu, lui aussi...
- Incomplètes... ? Qu'est-ce que vous entendez par là exactement... ?
- Eh bien, avant tout, Newt Scamander n'évoque que les créatures dont tout le monde connait déjà l'existence ! Que fait-il des héliopathes ou des larves d'aquavirius ? Ou même des Ronflaks Cornus ?
Luna semblait sérieusement révoltée. Ne doutant pas un instant de ces propos et les exposant avec la plus surprenante des sincérités. Et visiblement, cette assurance plaisait à Rolf autant qu'à Harry, peut-être même plus.
Ainsi, l'ancien Gryffondor préféra finalement laisser Luna expliquer à leur nouvel ami les caractéristiques exactes de ces trois créatures sans doute plus imaginaires que réelles, prenant discrètement la direction du fond du couloir. Le médecin avait profité de l'interruption de Rolf pour s'éclipser et Harry avait hâte d'en faire autant, espérant ainsi pouvoir constater de lui-même si l'état de Malefoy s'était amélioré ou non.
D'accord, Harry n'avait jamais été très proche du jeune homme lorsqu'ils étaient ensemble à Poudlard, c'était le moins qu'on puisse dire. Mais c'était lui qui l'avait trouvé inconscient près du Terrier et dans cette étrange forme de demi-renard, alors il était normal que ce soit lui qui aille vérifier le premier s'il allait mieux. Même si selon le médicomage, le veela ne retrouverait un état normal que lorsqu'il trouverait son valéon, de toute façon...
Frappant doucement à la porte par politesse, Harry se permit d'entrer après quelques secondes, n'entendant aucun hurlement de protestation. Et si Malefoy n'avait pas trop changé, il aurait certainement su comment le faire comprendre si jamais il n'avait pas voulu de visiteur...
Enfin, peut-être n'en voulait-il pas en vérité, puisqu'il était visiblement en train de dormir et ne pouvait donc sans doute pas s'apercevoir de sa présence. Harry verrait à son réveil s'il était indésirable ou non. Et puis, de toute façon, ce n'était que pour vérifier l'état global du demi-renard, rien de plus. Et visiblement, mis à part ces deux adorables oreilles rousses et cette queue touffue dépassant de ses vêtements, son corps n'avait subi aucun dommage ou changement.
Bon, il avait quelques cernes, aussi. Peu étonnant pour un veela qui devait passer tout son temps à chercher son valéon.
Mais si Harry fut soulagé de constater que Malefoy allait bien physiquement, lorsque ce dernier ouvrit les yeux, l'inquiétude d'Harry grimpa en flèche en constatant que ce n'était pas la même chose psychologiquement...
En effet, Harry s'était attendu à toute sorte de réactions de la part du blond. Vraiment tout. En fait, il s'attendait déjà à devoir sortir de la chambre en courant, sous les cris indignés de l'héritier Malefoy cherchant à lui balancer toute sorte de sortilèges mortels ou au moins terriblement douloureux.
Mais il ne s'attendait pas à ce que Malefoy, en le voyant, choisisse... de simplement lui sourire. Un sourire désarmant qui figea complètement Harry sur place.
Même son regard n'exprimait plus que du soulagement et de la joie, brillant plus que jamais. Autant dire qu'Harry n'avait pas l'habitude d'une telle expression sur le visage de celui qui lui en avait tout de même bien fait baver au temps de Poudlard. D'ailleurs, ce fut sans aucun doute le choc qui l'empêcha de réagir lorsque les mains du blond se tendirent lentement vers lui, rapprochant dangereusement son visage du sien.
- Enfin... Je t'ai enfin trouvé...
Sentant les lèvres de l'aristocrate s'accrocher aux siennes sans même lui demander son avis, Harry écarquilla les yeux de surprise, trop stupéfait pour ne serait-ce que penser à le repousser. Bien sûr, Harry finit tout de même par réaliser que la situation était anormale et lorsque la langue du jeune homme s'enroula autour de la sienne, Harry eut immédiatement un sursaut qui le poussa évidemment à poser ses mains sur les épaules du blond pour l'obliger à se reculer à une distance raisonnable.
Sauf que dès que leurs lèvres furent séparées, les yeux de Malefoy se refermèrent, le jeune homme se rendormant sans lui donner plus d'explications sur son geste...
Et si un sourire continua de flotter sur les lèvres de l'ancien Serpentard, Harry ne put s'empêcher de rougir en réalisant ce qui venait de se passer et en voyant le visage détendu de son ex pire ennemi. En fait, il fut tellement gêné qu'il n'entendit même pas la porte s'ouvrir derrière lui, ni même les talons d'une femme claquer sur le sol carrelé de la chambre d'hôpital.
Par contre, sa voix le tira immédiatement de ses pensées, l'obligeant à tourner son visage rouge de honte vers Luna et Rolf...
Mais aussi et surtout vers la mère du demi-renard endormi.
Narcissa Malefoy.
- Potter... Est-ce que tout va bien ? Vous êtes étonnamment rouge...
- Oh, ce n'est rien, Madame Malefoy. Ce n'est qu'un simple Joncheruine qui lui a embrouillé le cerveau, lui vint en aide Luna en dodelinant joyeusement de la tête, ses boucles d'oreilles cliquetant dans le même mouvement.
- C'est... C'est ça. Un simple Joncheruine. Ca va passer, leur assura-t-il avec un sourire gêné, faisant tout son possible pour apaiser l'horrible sensation de brûlure envahissant ses joues.
Merlin, la situation était pire qu'embarrassante. Qu'est-ce qui avait pris à Malefoy de l'embrasser comme ça ? Non seulement il ne lui avait pas demandé son consentement, mais en plus, un veela n'était-il pas censé n'être attiré que par son âme sœur et ne ressentir du désir que pour elle et uniquement elle ?
Tous ses muscles se tendirent en réalisant qu'un veela était, par définition, pas plus hétérosexuel qu'homosexuel, puisqu'il s'agissait d'une créature monogame et qui ne choisissait pas de tomber amoureux plus d'une fille que d'un garçon. Harry se souvenait de sa surprise la première fois qu'un livre le lui avait révélé. Autant dire que ce n'était pourtant rien en comparaison de l'angoisse qui lui prit à la gorge à cet instant.
Harry Potter pouvait tout à fait être le valéon du veela Drago Malefoy.
C'était absurde, complètement fantaisiste, promesse d'effroyables problèmes... mais possible. Même si Harry n'avait jamais été attiré par les hommes, son âme sœur pouvait tout à fait en être un, puisque l'âme n'avait aucun genre. Oui, ça aussi, il l'avait lu, n'allez pas croire que c'était lui qui l'inventait. Au contraire, s'il avait pu trouver une raison de croire qu'il avait tort, Harry en serait ravi...
Si seulement...
- Vous pensez vraiment pouvoir loger Drago à votre laboratoire... ?
- Nous en serions tous très heureux, Madame Malefoy. Le laboratoire est assez équipé pour qu'une personne puisse y vivre sans problème. Comme je vous l'ai dit, Rolf étudie les veelas, ce sera donc aussi bénéfique pour notre ami que pour votre fils.
Bien sûr, Luna évitait de préciser qu'ils n'avaient rencontré cet "ami" que quelques secondes avant l'arrivée de Narcissa Malefoy et oubliait un peu de préciser que Rolf n'était pas un expert en veela pour autant puisqu'il passait tout juste sa maîtrise cette année.
Mais le résultat était là.
Comme Luna avait précisé que cette aide apportait des bénéfices de leur côté également, Narcissa ne se demandait pas ce que cette proposition pouvait cacher, réduisant légèrement sa méfiance naturelle. L'assurance que son fils puisse être entouré par des personnes capables de comprendre sa douleur et de l'aider, dans une habitation agréable à vivre, aidait probablement aussi à la rassurer.
Autant dire que Luna fit immédiatement carton plein auprès de Narcissa...
- D'accord. Si c'est mieux pour lui, ce n'est pas moi qui vais m'y opposer. Mais Potter... J'aimerai que vous me fassiez une promesse.
Surpris que la mère du blessé s'adresse ainsi à lui, Harry hocha la tête en silence, attendant que celle-ci s'explique.
- Je sais que vous ne vous entendiez pas très bien à Poudlard... Mais s'il vous plaît, prenez soin de lui. Même lorsqu'il sera invivable et qu'il vous tapera sur les nerfs, ne soyez pas trop dur avec lui. Tant qu'il n'aura pas trouvé son valéon, il sera probablement encore pire que lorsque vous étiez ennemis... mais je ne veux pas qu'il soit seul pour autant. Il l'a été suffisamment jusqu'ici. Vous comprenez ?
- Bien sûr... Je comprends mais...
- Potter. C'est une mère qui passe au-dessus de sa fierté pour vous supplier de protéger son fils un peu trop vulnérable en ce moment. Si vous ne le faîtes pas pour aider Drago, faîtes-le parce que je préfère mourir plutôt que de le voir souffrir comme il a déjà beaucoup trop souffert.
Ses lèvres étaient pincées et son ton plus déterminé que jamais. Mais pire encore, son regard le suppliait réellement de lui promettre d'aider son fils.
Et comment le lui refuser dans ces conditions ? Bien sûr, une telle promesse ne pouvait qu'empirer la situation mais Harry détestait l'inquiétude sincère qu'il lisait dans le regard de cette mère presque désespérée. Surtout que s'il était le valéon de Malefoy, en le repoussant, Harry risquait bel et bien de rompre cette promesse et de faire souffrir le jeune homme. Mais en même temps, rien ne l'empêchait de le faire en douceur...
Passant une main gênée dans ses cheveux, Harry hésita un peu avant de répondre, incertain de ce qu'il devait faire.
Mais en bon ancien Gryffondor, il finit tout de même par choisir la solution la plus courageuse.
- Si je pouvais vous promettre de prendre sur moi, je le ferai, Madame Malefoy. Mais si je peux vous promettre que j'essaierai de supporter son fichu caractère, je ne pense pas être capable pour autant de ne pas le repousser s'il cherche à se lier avec moi.
- ...Pardon ?
- Je... Je n'en suis pas certain...
Un peu inquiet, Harry prit une grande inspiration. Il avait choisi de leur dire la vérité. Une vérité tout sauf pure et tout sauf simple.
- ...mais je crois bien être le valéon de votre fils, Madame Malefoy.
