Le bruit de leurs pas résonnait dans le couloir désert, la lumière vacillante des torches projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre. Baguettes en mains, Bill et Remus restaient alertes malgré la monotonie de leur ronde. Ils ne percevaient rien qui sortait de l'ordinaire, tout semblait parfaitement calme. Peut-être même trop calme.
Malgré la quiétude ambiante, Remus ne parvenait pas à se détendre. Quelque chose clochait, il le sentait. Il l'avait senti à l'instant même où il avait reçu le message d'urgence de Dumbledore. Il avait dû quitter la meute d'Alannah le plus vite possible, en fournissant une explication si vaseuse qu'il était certain qu'il pouvait dire adieu à sa couverture. Sa mission avait, de toute manière, été un échec complet. Alannah avait beau être férocement opposée à Voldemort, jamais elle ne se serait jointe à d'autres sorciers. Elle les haïssait trop pour cela. Aucun de ses arguments n'aurait pu la faire changer d'avis. Cette idée le rendait amer. Constater qu'il venait de perdre presqu'un an de sa vie était douloureux.
— Je me demande ce qui était si important pour que Dumbledore parte ce soir, grommela soudain Bill à ses côtés.
Remus lui jeta un regard en biais et haussa les épaules. Il n'en avait aucune idée, et à vrai dire, cela ne l'intéressait pas vraiment. Dumbledore avait toujours des plans plus ou moins secrets dont il ne révélait la teneur à personne. Ce soir ne faisait pas exception. Il leur avait demandé de patrouiller dans l'école pour la sécurité des élèves. Et il n'aurait jamais fait une telle demande si lui-même n'avait pas pensé que quelque chose allait arriver. Nerveux, Remus se mordit la lèvre inférieure. Cette histoire sentait définitivement mauvais.
— Vous n'avez eu aucune nouvelle de Greyback ? demanda-t-il.
— Absolument aucune. Pourquoi ? Il est de retour en ville ?
Remus secoua la tête d'un air sombre, les sourcils froncés.
— Je n'en ai aucune idée. Je le suppose. Cela fait plusieurs jours que sa meute a déserté. Plus aucune attaque depuis presque une semaine.
— Tu penses qu'il prépare quelque chose ?
Bill semblait tout aussi inquiet que lui. Remus n'eut cependant pas le temps de répondre, ni même de mettre le doigt sur ce mauvais pressentiment qu'il avait depuis quelques temps. Des bruits de pas précipités se firent entendre à l'angle du couloir. Ils levèrent tous deux leurs baguettes, prêts à l'attaque. Mais ce ne furent pas des Mangemorts qui leur tombèrent dessus.
— Que faites-vous ici ? demanda Remus aux trois adolescents qui leur faisaient maintenant face.
Ron, Ginny et Neville reprenaient difficilement leurs souffles, une main sur leurs côtes.
— Nous étions en train de surveiller la Salle sur Demande, expliqua Ginny, haletante. Malefoy vient d'en sortir, suivi de plusieurs Mangemorts !
— Il tenait la Main de la Gloire, poursuivit Ron. Ils nous ont aveuglés avec de la Poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou et se sont enfuis !
— Par où sont-ils partis ? les interrogea Bill d'une voix pressante.
Les trois Gryffondor secouèrent la tête, impuissants.
— Bill ! Remus ! cria soudain une voix.
Minerva, le visage défait, venait d'apparaître au bout du couloir, suivie de Nymphadora. Remus eut un coup au cœur en la voyant. Son visage fin, sévère et pâle, était entouré de cheveux d'un marron si terne qu'il eut presque du mal à la reconnaître.
— Des tableaux nous ont informés que des Mangemorts se dirigent en ce moment même vers la Tour d'Astronomie !
Aucune parole supplémentaire n'avait besoin d'être échangée. Les uns à la suite des autres, ils se précipitèrent en direction de la tour, les mains crispées sur leurs baguettes. Pas un des adultes ne songea à ordonner aux adolescents de regagner leurs dortoirs. Ils allaient avoir besoin d'autant de combattants que possible.
— Comment ont-ils bien pu entrer ? gémit pourtant Minerva. L'entrée est protégée par de puissants enchantements, il est impossible d'entrer par la voie des airs, et les passages secrets communiquant avec l'extérieur sont étroitement surveillés ! Comment est-ce possible…
Personne n'eut le temps de lui fournir une réponse. A quelques dizaines de mètres d'eux, menés par Drago Malefoy, se tenaient un groupe de Mangemorts vêtus de noir. Remus sentit son cœur se figer dans sa poitrine. Dumbledore absent, la Magie Noire à l'intérieur même du château, cela ne pouvait signifier rien de bon. Mais il n'avait pas le temps de s'appesantir sur les détails, ni même de songer à la possible conclusion funeste de tout ceci. A peine les Mangemorts les aperçurent-ils qu'ils ouvraient le feu. Et quelques secondes plus tard, le combat faisait rage au beau milieu du couloir menant à la tour d'astronomie.
Remus contrait et répondait presque par automatisme, son regard fiévreux cherchant quelque chose d'autre parmi les combattants. Des cheveux marron. Il sentit sa gorge se serrer en voyant Nymphadora aux prises avec sa charmante tante Bellatrix. Cela faisait presqu'un an qu'il ne l'avait pas vue. Un an, et malgré sa détermination à tourner la page, à avancer, à l'oublier, il ne parvenait pas à empêcher son cœur de battre plus vite lorsqu'il l'apercevait. Merlin qu'elle lui avait manqué. Il ne s'apercevait de la puissance de ce sentiment que maintenant, alors qu'elle était à deux doigts de laisser la vie dans un combat acharné.
Déconcentré, Remus oublia un instant où il se trouvait. Et cet instant failli lui coûter la vie. Il ne perçut le cri de Bill qu'à la dernière seconde, et se jeta à terre immédiatement, remerciant le ciel d'avoir gardé quelques réflexes. L'éclair vert qui lui était destiné heurta Gibbon de plein fouet. Le Mangemort, qui venait tout juste de redescendre des escaliers de la tour, s'écroula sur les marches, mort.
Au moment où Remus se releva, il croisa le regard de Nymphadora. Ses pupilles écarquillées, apeurées, lui serrèrent la gorge. Ce n'était pas la première fois qu'ils se battaient ce soir, ni l'un ni l'autre. Mais le fait que cette bataille se déroule au sein même de Poudlard, un lieu qu'ils pensaient intouchable, rendait la chose plus terrible encore.
Lorsqu'il s'arracha aux prunelles de la jeune femme, Remus serra les dents, plongeant avec plus d'acharnement encore au combat. Ils n'étaient pas assez nombreux. Ils n'arriveraient pas à résister. Ils avaient besoin d'aide.
Et tandis qu'il combattait, ce mauvais pressentiment vint de nouveau l'envahir, lui étreindre le cœur. C'était comme une certitude. L'un d'eux allait mourir ce soir. Peut-être même plusieurs d'entre eux. Peut-être lui-même allait-il mourir. En rejoignant l'Ordre, il savait à quoi il s'engageait, mais ce soir, cela lui sembla terriblement plus réel.
Tout en parant un sortilège de mort, il tenta de combattre cette peur. De se dire que tout se finirait bien. Tout irait bien. Tout le monde s'en sortirait vivant. Il suffisait juste que Dumbledore revienne. Et tout irait pour le mieux.
