Note d'auteur : Les phrases en italique sont tirées de "Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé".


Le soleil se levait paresseusement derrière les montagnes, nimbant le parc de rayons dorés. La gorge serrée, Tonks songea que ce temps était bien trop magnifique pour s'accorder avec les derniers évènements funestes. A ses côtés, Remus n'avait rien dit depuis plusieurs minutes. Son visage, impénétrable, était tourné vers le lac, dont la surface lisse semblait parcourue de milliers d'éclats.

— Ce que j'ai dit tout à l'heure, je le pensais vraiment, finit-elle par chuchoter.

Elle se mordit la lèvre, coupable d'avoir brisé ce silence de recueillement. Parler de leur relation, là, maintenant, lui semblait inconvenant. Dumbledore n'était mort qu'il y avait seulement quelques heures. C'était Remus qui lui avait demandé de parler en tête à tête à la sortie de l'infirmerie, Molly qui l'avait poussée à accepter, Minerva qui leur avait assuré que Dumbledore aurait sûrement été plus heureux que quiconque en sachant qu'il y avait un peu plus d'amour dans le monde. Mais malgré tout cela, elle se sentait coupable. Ce n'était pas correct, non ? Et le silence sans fin de Remus ne faisait que renforcer son inconfort.

— Je sais. Moi aussi je pensais vraiment ce que j'ai dit.

Ces paroles, au lieu de la rassurer, la glacèrent. Elle cessa de contempler le parc pour se tourner vers lui, le cœur au bord des lèvres. Elle avait cette horrible sensation que c'était maintenant que tout se jouait. S'il la rejetait encore une fois aujourd'hui, elle n'y survivrait pas. Elle abandonnerait, accepterait la défaite, et irait panser ses blessures du mieux qu'elle le pourrait. Mais elle ne savait pas si elle allait pouvoir le supporter, après la perte douloureuse qu'ils venaient tous de subir.

Je suis trop vieux pour toi. Trop pauvre. Trop dangereux. Que pourrais-je donc bien d'apporter ?

Tonks sentit des larmes perler au coin de ses paupières. Chaque mot était comme un couteau enfoncé dans son ventre jusqu'à la garde.

— Je t'ai déjà dit et répété que ça m'était complètement égal.

Sa voix n'était qu'un murmure rauque, presqu'inaudible.

— Je ne veux pas être avec quelqu'un de jeune et sain. Je veux être avec toi !

Les pleurs coulaient maintenant librement sur ses joues. Alors il allait la quitter définitivement, juste comme ça ? De ses yeux brouillés par les larmes, elle vit Remus se tourner enfin vers elle. Puis, à sa plus grande surprise, il posa délicatement ses mains autour de son visage, essuyant ses pommettes humides, le regard sérieux.

— Je ne sais pas ce que je peux t'apporter. Rien du tout, sûrement. Je ne sais pas ce que tu me trouves non plus. Mais je t'aime.

La respiration de Tonks se bloqua dans sa gorge. Avait-elle bien entendu ?

— Non, ce n'était pas une hallucination, sourit Remus avec amusement devant ses yeux écarquillés. Je t'aime. Et tant pis si ça fait de moi quelqu'un d'égoïste, mais je refuse de rester plus longtemps éloigné de toi. La vie est trop courte, et j'ai gaspillé de précieux mois à cause de ma stupidité.

Son visage se tordit en une grimace douloureuse. Tonks, au contraire, ne pouvait empêcher un immense sourire de barrer son visage. Malgré les circonstances tragiques, elle était plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été. Soudain, ces longs mois de dépression lui semblaient bien loin, ces heures à pleurer et à désespérer étaient presque oubliées. Tout devenait ridiculement insignifiant.

Alors, pour effacer sa peine et sa tristesse, pour lui montrer son soutien, elle se haussa légèrement sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Surpris, Remus resta figé un instant, avant de répondre à son baiser. Et c'était mieux que tout ce qu'elle avait pu imaginer. Durant quelques secondes, elle crut presque l'impression que son cœur allait exploser de joie. Etait-elle en train de rêver ?

Elle se détacha de lui, plongeant ses yeux dans les siens, et l'émotion qu'elle y lut la fit sourire plus largement encore. Remus passa un doigt dans ses cheveux, jouant avec une de ses mèches.

— Je préfère quand ils sont de cette couleur, fit-il remarquer avec un sourire.

Un semblant de sourire, un fantôme de ce qu'il avait été, mais un sourire tout de même. Tonks tourna son regard vers la mèche qu'il lui montrait, fronçant le nez devant sa couleur rose bonbon.

— Moi aussi, avoua-t-elle.

Le marron terne qu'elle arborait depuis plusieurs mois avait fini par lui sortir par les yeux.

L'expression de Remus redevint sérieuse, tandis qu'il caressait doucement sa joue. Il semblait se demander lui aussi si tout cela était réel. Nouant les mains autour de son cou, Tonks l'embrassa une nouvelle fois, tout doucement, puis, à quelques centimètres de sa bouche, elle s'autorisa à avouer ce qu'elle n'osait dire à voix haute depuis de longs mois.

— Je t'aime aussi, boule de poils.

Remus ferma les yeux de soulagement. Puis il la serra dans ses bras, enfouissant son visage dans son cou.

— Merci, chuchota-t-il près de son oreille. Merci Nymphadora.

Tonks eut une grimace.

— Ne m'appelle pas comme ça, grommela-t-elle d'un ton bougon.

Elle ne pouvait décemment pas s'énerver en un tel moment. Elle le sentit rire, son souffle balayant le creux de sa nuque.

— Je ne comprends pas pourquoi tu le détestes tant. Je le trouve magnifique moi, ce prénom.

Tonks sentit ses joues chauffer. Ne sachant que répondre, elle resta silencieuse, préférant resserrer son étreinte. Ils auraient tout le temps de se disputer à ce propos plus tard.

Pour le moment, elle voulait profiter de l'instant présent.