Remus ne parvenait pas à comprendre comment il avait pu survivre à ces deux derniers jours. Il pouvait affirmer sans une once d'hésitation qu'il s'agissait d'une des pires périodes de sa vie. La perte de Dumbledore avait créé un vide en lui qui le laissait totalement anéanti. Sans la présence de Nymphadora à ses côtés, jamais il n'aurait pu tenir le coup, il en était persuadé.

L'euphorie de leurs premiers instants ensemble s'était rapidement dissipée lorsque la réalité leur était revenue en plein visage. L'Ordre venait de perdre son leader charismatique, Poudlard venait de perdre son directeur le plus dévoué, et lui-même avait perdu une personne qui lui était chère. Dumbledore avait été bien plus qu'un simple professeur pour lui. Il était celui qui lui avait offert une vie normale, alors que tout le monde le rejetait en paria. Celui qui avait eu confiance en lui, qui lui avait donné du travail quand personne ne voulait de lui. Et à présent, Dumbledore était parti. Tout comme ses parents, comme James, comme Sirius. Le seul fait d'y songer lui serrait la gorge.

Un vent frais ébouriffa ses cheveux. Il inspira profondément, espérant reprendre le contrôle de lui-même. Il était heureux qu'il fasse beau aujourd'hui. Enterrer Dumbledore sous la pluie n'en aurait été que plus déprimant encore.

La moitié des chaises étaient déjà occupées. Par les différents membres de l'Ordre, Kingsley, Alastor, Molly, Arthur, les habitants de Pré-au-lard, des sorciers venus des quatre coins du monde pour rendre un dernier hommage à Dumbledore. Les élèves arrivaient en silence, menés par leurs professeurs. Remus vit Harry de loin. Son visage était tout aussi figé que devait l'être le sien. Heureusement, lui aussi avait du soutien. Il s'assit en bout de rangée, à côté de Ron, Hermione et Ginny. Trop loin d'eux pour qu'il puisse lui adresser un signe de réconfort.

A ses côtés, il sentit Nymphadora serrer ses doigts, aussi fort qu'elle le put. Ce simple contact le réconforta. La savoir à ses côtés, d'un soutien infaillible, était bien plus que tout ce qu'il avait osé rêver.

Soudain, le silence tomba sur l'assemblée. L'enterrement allait commencer. Sa main étreinte par celle de Nymphadora, Remus retint difficilement ses larmes. Ce n'était qu'un moment difficile de plus à passer.


— C'était une belle cérémonie.

Remus acquiesça, incapable de faire un seul autre geste. Sa gorge était encore nouée par l'émotion. Voir cette tombe si blanche face à lui avait été un choc douloureux. Comme si Dumbledore était mort une seconde fois. Le regard perdu sur la surface du lac, il pouvait sentir les autres se lever autour de lui pour partir, mais lui-même ne parvenait pas à effectuer le moindre mouvement. C'était trop difficile. Alors il tenta péniblement de se raccrocher à la dernière chose qui avait de la valeur à ses yeux, l'élément qui allait lui permettre de surmonter cette épreuve, et d'avancer coûte que coûte. Il se tourna vers Nymphadora, se raccrochant à ses yeux brillants de larmes, son visage grave, ses cheveux roses. Elle lui semblait plus réelle que jamais.

— Je suis désolé.

Il vit la surprise dans ses yeux, mais il ne la laissa pas l'interrompre.

— Je ne me suis jamais excusé pour les mots que j'ai prononcés ce soir-là… Après la mort de Sirius. Je n'étais pas le seul à souffrir, mais je n'ai pensé qu'à moi.

— Remus…, soupira Tonks, le visage triste. Ne parlons pas de ça maintenant, nous devrions…

— J'avais juste besoin de le dire. Que tu saches. Je me suis conduit comme un idiot, je le sais. Et je m'en excuse.

Il enlaça ses doigts aux siens, la fixant avec intensité, faisant passer par le regard tout ce qu'il ne parvenait pas à lui dire. Ses regrets, ses remords, mais aussi ses promesses.

— Merci d'avoir été là aujourd'hui. Sans toi… Sans toi je n'aurais pas réussi à me relever de cette épreuve, Dora.

Le surnom était venu avec tant de facilité, de simplicité, qu'elle ne releva même pas. Elle se contentait de le regarder, troublée, sans parvenir à prononcer un mot.

— Si tu n'étais pas là…

Il ne put continuer. Y penser était trop douloureux. Si elle n'était pas là, il n'avait personne d'autre, personne de réellement proche de lui, personne à qui se raccrocher. Une lueur féroce s'alluma dans les yeux de la jeune femme, et elle resserra ses doigts autour des siens.

— Je suis là. Point à la ligne. Et je t'apporterais tout le soutien dont tu auras besoin.

Bien qu'il sache déjà cela, l'entendre le dire à voix haute le soulagea. Lorsqu'ils se mirent debout, il l'attira contre lui quelques instants, pressant furtivement ses lèvres contre les siennes. Puis ils quittèrent les lieux, main dans la main, suivis des derniers invités.

Avant de sortir de l'enceinte de Poudlard, Remus se retourna une dernière fois. La tombe blanche étincelait sous le soleil brûlant de juin. Ils avaient peut-être perdu Dumbledore aujourd'hui, mais la guerre était loin d'être finie. Et quoi qu'il arrive, Remus jura de se battre jusqu'à son dernier souffle, de résister avec tout le courage dont il était capable pour faire triompher l'Ordre. Coûte que coûte.

C'était ce que Dumbledore aurait voulu.