— Détends-toi, tout va bien se passer.

Remus lui offrit un sourire en biais peu convaincu. Nerveux, il bougeait sans cesse, resserrait son nœud de cravate, jouait avec un fil qui dépassait de la manche de son costume, époussetait une poussière invisible sur son épaule.

— Tu as déjà rencontré mes parents, lui rappela Tonks.

Elle poussa le portillon du jardin de son enfance et le précéda le long de l'allée gravillonnée.

— Oui, mais jamais dans un tel contexte, se défendit Remus. Je n'étais qu'un membre de l'Ordre, ton collègue, et maintenant je suis…

Il ne finit pas sa phrase, et elle l'entendit déglutir derrière elle.

— Mon petit ami ?

Elle ne put empêcher un sourire taquin de naître sur ses lèvres. Sa nervosité le faisait ressembler à un adolescent stressé, et elle trouvait cela hautement amusant. Pas lui apparemment.

— Mon père va t'adorer rien que pour avoir fait l'effort d'avoir revêtu un costume Moldu, dit-elle d'un ton définitif.

Comme si le sujet était clos, elle frappa à la porte d'un coup sec. Remus glissa sa main dans la sienne juste avant que le battant ne s'ouvre, comme pour y puiser du courage. Elle sourit doucement en resserrant ses doigts autour des siens, sourire qui s'élargit face à son père.

— Bonsoir papa !

Elle l'étreignit de son bras gauche du mieux qu'elle le put, le loup-garou refusant de lâcher sa main droite.

— Tu connais déjà Remus, poursuivit-elle.

Ted hocha le menton, son regard alerte détaillant d'une expression sévère l'ami de sa fille. Tonks lui fit les gros yeux, ce qui provoqua chez son père un petit rire. Il tendit enfin sa main à Remus et lui souhaita la bienvenue, d'un air plus affable.

Il les invita ensuite à entrer, et le couple le suivit dans l'étroit couloir jusqu'à une salle de séjour chaleureuse, où la table était déjà mise. Andromeda serra sa fille dans ses bras, puis salua Remus, avec plus de réserve que son mari.

— Respire, souffla Tonks à l'oreille de son amant.

Remus lui offrit un pâle sourire. Ce n'était pas dans ses habitudes d'être aussi nerveux, lui qui était habituellement si calme. Mais elle comprenait. Elle connaissait ses doutes toujours présents quant à leur différence d'âge, son envie désespérée de faire bonne impression, sa peur d'être jugé pour lui imposer sa lycanthropie. Elle avait tenté de balayer toutes ces idioties d'un revers de main, mais il fallait croire que cela n'avait pas marché.

— Ta mère s'est surpassée en cuisine aujourd'hui, leur dit Ted.

Il les invita d'un geste à s'asseoir autour de la table avant de les imiter.

— Je pense qu'elle voulait impressionner notre gendre, chuchota-t-il sur le ton de la confidence.

— Je t'ai entendu ! répliqua Andromeda depuis la cuisine.

Tonks étouffa un petit rire devant l'air penaud de son père. Cela sembla détendre quelque peu Remus, qu'elle sentit se relâcher à ses côtés. Sa mère les rejoignit, faisant léviter devant elle quatre assiettes ornées de terrines de saumon.

— Et si tu leur parlais plutôt de tes longues recherches de cette après-midi ?

Son ton ironique et le visage bien trop innocent de son père éveillèrent la curiosité de Tonks.

— Des recherches pour ton magasin ? demanda-t-elle.

— Pas du tout. Ton père a fermé boutique aujourd'hui. Il a étudié le plus complètement possible la situation des loups-garous en Grande-Bretagne.

— Meda ! s'insurgea Ted. Ce n'est pas un sujet à parler devant notre invité !

Tonks ne put se retenir. L'air boudeur de son père la fit éclater de rire, et elle fut bientôt suivie par Remus, puis par sa mère, qui mêla son rire aux leurs. Elle sentit la nervosité de Remus fondre comme neige au soleil, et elle-même se sentit bien plus rassurée. Ses parents avaient l'air de vouloir que les choses se passent bien.

— Gardez un peu de place pour le dessert, leur conseilla Andromeda en s'asseyant.

— Pourquoi ? demanda Tonks avec curiosité.

— Elle a fait de la mousse au chocolat, répondit son père.

— Ted ! s'exclama sa femme, outragée. C'était une surprise !

Son air courroucé s'effaça quelque peu lorsque son mari l'embrassa pour se faire pardonner. Tonks leva les yeux au ciel. Parfois, ses parents étaient de véritables gamins. Un coup d'œil sur le côté la rassura sur l'état de Remus. Ce dernier, un sourire aux lèvres, semblait bien plus détendu. Lui qui avait été si stressé quelques minutes auparavant, alla jusqu'à caresser le dos de sa main en un geste tendre qu'il ne s'autorisait jamais en-dehors de leur appartement.

Tonks ne put empêcher un sourire qu'elle savait niais de fleurir sur ses lèvres. Ce dîner ne serait pas désastre, après tout.