Remus écrasa un bâillement, les yeux encore bouffis de sommeil. Quelques rayons de soleil éclairaient avec peine la petite cuisine encombrée par les rideaux entrouverts. Il jeta un coup d'œil désabusé sur la pile de vaisselle entassée dans l'évier, puis agita sa baguette pour actionner éponge et torchon. Il avait beau aimer Nymphadora de tout son cœur, il avait toujours un peu de mal avec le bazar ambiant qui régnait constamment dans leur appartement. La jeune femme n'avait jamais été une grande adepte du rangement — une capacité qu'elle tenait de son père, lui avait confié Andromeda.
Tandis que la vaisselle se lavait toute seule, Remus donna un nouveau coup de baguette pour préparer le café. Quelques secondes plus tard, il tenait en main deux tasses fumantes, dans lesquelles il rajouta quelques carrés de sucre. Nymphadora émergea alors de la chambre, vêtue d'un large tee-shirt aux couleurs des Bizarr' Sisters, ses cheveux roses chewing-gum pointant dans tous les sens et bâillant à s'en décrocher la mâchoire.
— 'Jour, marmonna-t-elle.
Remus sourit devant son visage encore chiffonné de sommeil. Nymphadora n'était pas une personne du matin, il avait pu s'en rendre compte au cours de ces derniers mois de cohabitation.
— Le petit-déjeuner est prêt.
Elle sourit en voyant les deux simples tasses de café posées sur la table. C'était devenu presque une blague récurrente entre eux. Tous les deux étaient totalement incapables de cuisiner des œufs brouillés ou des toasts sans les faire brûler, ils se contentaient d'un café noir chaque matin, et passaient souvent chez Molly le ventre vide vers midi dans l'espoir de glaner quelques restes de rôti.
— Tu as encore un entretien aujourd'hui ? demanda Nymphadora.
Elle souffla sur sa tasse pour refroidir le breuvage et leva des yeux interrogateurs sur lui.
— Oui, grommela Remus sans la regarder. Chez Fleury et Bott, sur le Chemin de Traverse.
Il la vit pincer les lèvres du coin de l'œil, mais elle ne releva pas. Il savait qu'elle pensait que c'était une perte de ses capacités de travailler en tant que simple libraire, mais il n'avait pas le choix. Il avait épluché toutes les offres d'emplois proposées par la Gazette, et jusque-là, personne n'avait accepté de l'embaucher. Soit parce qu'il était trop proche de Dumbledore et que ses probables employeurs craignaient les représailles des Mangemorts, soit parce que sa nature de loup-garou les rendaient méfiants. Et ils avaient désespérément besoin d'argent, il ne pouvait plus se reposer uniquement sur Nymphadora pour payer les factures, son salaire d'Auror ne leur permettrait de vivre ainsi bien longtemps.
— Maugrey veut déjà qu'on réfléchisse au transfert de Harry le mois prochain, annonça soudain la jeune femme.
Remus, reconnaissant de ce changement de sujet, fronça les sourcils.
— L'idée de Mondingus n'est pas si mauvaise, non ? Utiliser le Polynectar pourra désorienter les Mangemorts.
— Fol Œil est prêt à considérer cette option s'il n'a pas d'autres choix. Il ne fait pas vraiment confiance à Mondingus.
Nymphadora eut une légère grimace expressive, montrant qu'elle suivait l'avis de son mentor sur ce point de vue.
— Vous avez déjà fait fuiter les mauvaises infos au Ministère ?
— Kingsley a laissé échapper en présence de Dawlish que le transfert se ferait le 30 juillet. Voldemort doit déjà être au courant.
Remus hocha le menton, puis renversa la tête pour finir sa dernière goutte de café.
— On a encore le temps d'y réfléchir, fit-il remarquer. Transmets mes amitiés à Kingsley et Fol Œil.
Il jeta un coup d'œil sur sa montre au bracelet de cuir vieilli. Il avait tout juste le temps de se rendre sur le Chemin de Traverse pour son entretien. Il posa sa tasse dans l'évier à présent vide, jeta sa cape de voyage délavée sur ses épaules et embrassa Nymphadora sur le front.
— Hé, grogna-t-elle en le retenant par le poignet. Je t'ai déjà dit que je n'étais pas ta sœur.
Remus ne put retenir un sourire devant son air vexé, puis il se plia à ses exigences et l'embrassa, ses lèvres caressant les siennes. Nymphadora se redressa et approfondit le baiser, passa une main derrière son cou, caressa les cheveux courts à la base de sa nuque. Il se détacha d'elle avec un sourire amusé.
— Je vais être en retard.
Elle eut une moue déçue, puis l'embrassa une dernière fois, brièvement, avant de se lever à son tour.
— Moi aussi, soupira-t-elle. Je dois encore passer par la salle de bains. Bonne journée, à ce soir !
Remus secoua la tête avec amusement devant ce brusque changement d'attitude, puis traversa le salon étriqué pour gagner la porte d'entrée de leur appartement. L'immeuble était encore silencieux au vu de l'heure matinale. Il dévala les marches puis sortit sur le trottoir presque désert, les quelques rayons de soleil éclairant les pavés luisants de pluie.
Lorsqu'il arriva devant Fleury et Bott, il tenta d'étouffer l'espoir qui gonflait dans son cœur. Il ne pouvait pas avoir des attentes par rapport à ce travail, ou il serait forcément déçu, comme il l'avait déjà été avec les quelques dizaines d'entretiens qu'il avait déjà passé.
Il inspira une dernière fois, puis poussa la porte de la librairie.
