Tonks ferma la porte d'un geste lent, puis ôta son tee-shirt trop large, qu'elle laissa tomber au sol. Elle fit glisser sa culotte le long de ses jambes et la poussa du pied avant de s'engouffrer dans la cabine de douche sans jeter un seul coup d'œil au miroir.

L'eau froide coula le long de son corps nu, lui arrachant des frissons. Elle tourna le pommeau de douche sur la gauche, et resta ensuite bêtement immobile face aux carreaux de faïence bleue. Elle se sentait engourdie, ses membres semblaient peser des tonnes. Elle avait l'impression d'évoluer dans le brouillard depuis plusieurs jours, un brouillard qui l'étouffait, l'aveuglait, la paralysait.

Fol Œil était mort. Elle avait encore tellement de mal à le réaliser. A chaque fois qu'elle y songeait, c'était comme un pic brûlant qui lui fouaillait le cœur, lui arrachait des larmes de douleur et des envies de hurler. Certaines fois, elle avait juste envie de se rouler en boule et de pleurer. A d'autres moments, elle n'avait pour seul désir que de se lancer à la poursuite de ces ordures de Mangemorts pour leur faire payer sa douleur.

Se lever chaque jour était une épreuve. Se rendre au Ministère quotidiennement, ne plus entendre sa voix bourrue lui faire des reproches, ne plus sentir son œil fou fixé sur sa nuque, étaient autant de coups sur sa blessure ouverte. Afficher une façade calme et indifférente était bien plus dure que ce qu'elle n'avait jamais imaginé. Elle ne pensait pas que son mentor avait pris une place aussi importante dans sa vie.

Souvent, quand elle repensait à cette nuit, elle se blâmait de ne pas l'avoir sauvé. Elle savait que ce n'était pas de sa faute, qu'elle n'aurait rien pu faire, qu'elle-même avait dû se défendre bec et ongles contre sa folle de tante, mais c'était ainsi. La culpabilité du survivant. Une culpabilité qui l'étouffait.

— Dora, mais qu'est-ce que…

La voix surprise de Remus la tira de sa torpeur. Il éteignit la douche d'un geste brusque, et ce n'est qu'à cet instant qu'elle se rendit compte que l'eau brûlante avait couvert son corps de plaques rouges. Son mari l'enveloppa dans une serviette avec des gestes prudents et elle se laissa faire, incapable même d'ouvrir la bouche.

Remus ne dit rien et se contenta de la serrer fort contre lui. Il n'avait pas besoin de mots. Il savait ce qu'elle traversait, il connaissait cette horrible sensation de ne plus avoir aucun protecteur, aucun guide à qui demander conseil.

— Est-ce que ça finit par passer ? murmura Tonks, le visage enfoui dans son cou. La douleur.

Il y eut instant de silence. Puis elle entendit son chuchotement contre son oreille, son souffle plus léger qu'une plume.

— La peine sera toujours présente. Elle sera juste moins vive. Plus supportable.

Il s'écarta d'elle de quelques centimètres, et prit son visage en coupe entre ses paumes fraîches. Il la détailla de longues secondes, silencieux, et elle-même put à loisir observer son visage soucieux. Les rides entre ses deux yeux ou au coin de sa bouche, les cheveux gris qui se faisaient plus nombreux sur son crâne, la fatigue qui luisait dans ses prunelles.

— Mais tu sais que je serais toujours là pour toi.

— Tu me le promets ?

Même à elle sa voix lui semblait désespérée, mais elle avait besoin de cette promesse, de ce serment tangible.

— Je te le promets.

Il eut un faible sourire, puis saisit sa main et caressa son auriculaire droit, orné d'une alliance en argent terni.

— A la vie à la mort, souffla-t-il.

Elle tenta de sourire, mais ne parvint qu'à esquisser une grimace triste. C'était encore trop dur. Elle finirait par y arriver dans quelques temps, par retrouver sa joie de vivre, grâce à lui, sa présence, son soutien. Elle y arriverait. Un jour viendrait où elle pourrait penser à Fol Œil sans avoir envie de hurler sa peine, et en attendant, Remus était là pour l'épauler et l'aider.

— Tu devrais aller t'habiller, dit soudain le loup-garou en jetant un coup d'œil à sa montre. Nous allons être en retard.

— En retard pour quoi ?

— Je nous ai réservé une table au restaurant. Je voulais te faire la surprise.

Touchée, Tonks ne sut que dire durant quelques secondes. Puis elle effaça son air anxieux en l'embrassant avec douceur.

— Une nuit dehors me fera du bien, approuva-t-elle.

Remus parut soulagé.

— Je t'attends dans le salon.

Il effleura son front de ses lèvres puis la laissa seule. Face au miroir, Tonks eut une grimace devant ses cheveux d'un blond terne. Elle ne tenta pas de leur rendre leur habituelle couleur rose. Avec un peu de chance, peut-être qu'elle en aurait le courage pour le mariage de Bill et de Fleur.

En attendant, elle allait tenter de savourer cette soirée du mieux possible. Profiter de la présence rassurante de Remus, et laisser le souvenir de son mentor s'effacer peu à peu.