Un sourire éclatant aux lèvres, Tonks poussa le portillon du jardin de ses parents avec entrain. Ses cheveux de nouveau rose chewing-gum pointaient dans tous les sens au sommet de son crâne, et elle était à deux doigts de siffloter, chose qu'elle n'avait encore jamais faite. Quiconque l'aurait croisé aurait pu affirmer qu'elle était la femme la plus heureuse du monde.

— Dora ? s'étonna son père en la voyant sur le pas de la porte. Qu'est-ce que…

— Bonjour papa ! s'exclama-t-elle avec enthousiasme.

Elle le serra dans ses bras sans lui laisser le temps de finir sa phrase et gagna la fraîcheur accueillante de la maison de son enfance.

— Tu as l'air d'aller… très bien.

Elle eut un petit rire devant l'hésitation de son père.

— Je vais même merveilleusement bien ! Maman est là ? J'ai quelque chose à vous annoncer !

— Elle est au salon, répondit Ted.

Tonks s'y dirigea d'un pas bondissant, incapable de cacher sa bonne humeur. Son père la suivit, un air dubitatif sur le visage. Elle ne pouvait pas l'en blâmer. La dernière fois qu'ils l'avaient vue, elle avait encore des difficultés à faire le deuil de Fol Œil. Mais la bonne nouvelle qu'elle venait de recevoir aujourd'hui ne pouvait être obscurcie par rien, elle était déterminée à s'en réjouir le plus possible, qu'importe les événements passés et les pincements de cœur qu'elle avait parfois en repensant à son mentor décédé.

Après avoir salué joyeusement sa mère, elle fit asseoir ses parents à la table de la cuisine. Elle bouillait d'impatience, et avait beaucoup de mal à cacher son excitation. Elle avait tellement hâte de voir leur réaction !

— Papa, maman, je sors tout juste de Sainte Mangouste, commença-t-elle.

— Tu es malade ? s'inquiéta immédiatement Andromeda.

— Depuis quand ? Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? renchérit son père.

— Calmez-vous, rit-elle. Je ne suis pas malade. C'est même tout le contraire.

Devant leurs mines perdues, elle sentit son sourire s'élargir plus encore si cela était possible.

— J'ai le plaisir de vous annoncer que vous allez être grands-parents !

Sa mère ouvrit légèrement la bouche, et les yeux de son père s'arrondirent de surprise. Son enthousiasme quelque peu douché par ce manque de réaction, Tonks ajouta :

— Je suis enceinte !

Ses parents échangèrent un regard tout sauf joyeux, faisant fondre sa bonne humeur comme neige au soleil.

— Vous ne vous réjouissez pas pour moi ?

— Si, bien sûr que si ma chérie, dit enfin sa mère. Nous sommes juste… surpris.

— Oui, poursuivit son père. Remus et toi n'êtes pas mariés depuis longtemps, et… enfin, nous sommes en pleine guerre, nous pensions que…

Il se tut, et un silence gêné emplit la petite cuisine à l'ambiance maintenant glaciale. Tonks croisa les bras et pinça les lèvres, blessée malgré elle par ces remarques.

— Vous pensez que je suis irresponsable, marmonna-t-elle.

— Non ! Ce n'est pas ce que nous avons dit, s'empressa de la contredire Andromeda. C'est juste que…

— Remus et moi n'avons pas décidé ceci, répliqua Tonks, lui coupant la parole. C'est arrivé, c'est tout. Il n'est même pas encore au courant à vrai dire. J'étais juste tellement excitée en sortant de chez le Médicomage que je devais partager cette nouvelle avec quelqu'un, et je me disais que mes parents étaient les mieux placés pour me comprendre.

Elle tenta de ravaler le goût amer qu'elle avait dans la bouche. Elle avait été si heureuse lorsqu'on lui avait annoncé la nouvelle, et Remus ayant des entretiens d'embauche toute la journée, elle s'était sentie incapable de tenir jusqu'au soir pour lui annoncer. Elle qui pensait que ses parents se réjouiraient pour elle, elle avait eu tort.

— Je pensais que vous appréciez Remus, finit-elle par marmonner, en tentant de ravaler sa rancœur.

— C'est le cas, acquiesça son père. Cela ne change pas le fait que nous sommes à l'aube d'une guerre, à une époque où il est dangereux d'avoir un enfant, et encore plus un enfant de loup-garou.

— Ce que ton père veut dire, intervint Andromeda en voyant sa fille prête à s'insurger, c'est que la condition de Remus rend la santé de ton bébé incertaine. Personne ne sait si la lycanthropie se transmet de manière génétique, et tenter de savoir ce genre de choses dans un tel contexte, alors que Voldemort devient de plus en plus puissant, n'est pas des plus sages.

— Si vous le voulez bien, grinça Tonks, j'aimerais d'abord me réjouir plutôt que songer aux problèmes que cet enfant pourrait avoir. Je vais avoir un bébé avec mon mari, avec l'homme que j'aime, et en tant que parents, vous êtes censés être heureux pour moi.

Sans attendre d'autres paroles de leur part, elle s'enfuit de la cuisine et sortit hors de la maison, sourde à leurs cris pour la retenir. Les larmes coulaient toujours sur ses joues lorsqu'elle arriva dans leur appartement vide. Ses parents n'avaient pas voulu mal faire, elle le savait, mais leur réaction la terrifiait à présent sur ce que pourrait être celle de Remus. Et s'il rejetait cet enfant ? Et si savoir qu'elle était enceinte réveillait ses anciens démons, ses anciennes peurs ?

La gorge nouée par l'angoisse, Tonks se roula en boule sur le canapé, le regard fixé sur son ventre plat.

Comment allait-elle trouver le courage pour annoncer la nouvelle à Remus ?