Note d'auteur : Les phrases en italique sont tirées de "Harry Potter et les Reliques de la Mort".
Remus se força une fois de plus à grimacer un sourire à ce qui lui semblait être au moins la centième blague de George. La décoration joyeuse du jardin des Weasley, l'expression radieuse sur le visage de Nymphadora, cette occasion spéciale qu'était l'anniversaire d'Harry, rien ne parvenait à le dérider. Et malgré tous ses efforts, il avait beaucoup de mal à ne pas montrer à quel point il se sentait malheureux et misérable en cet instant.
— Je crois que nous devrions commencer sans attendre Arthur, annonça soudain Molly à la cantonade. Il a dû être retenu… Oh !
Remus suivit des yeux la direction dans laquelle regardait Molly, et fut stupéfait de voir une traînée argentée voler à travers la cour, pour finalement atterrir sur la table non loin de lui et se transformer en belette. Le Patronus parla alors avec la voix d'Arthur, audible à travers tout le jardin.
— Le ministre de la Magie va venir avec moi.
Remus sentit son cœur se glacer. Il échangea un rapide regard avec Nymphadora, et ressentit une nouvelle pointe de culpabilité devant son air attristé.
— Il ne faut pas que nous restions ici, dit-il aussitôt. Harry, je suis désolé, je t'expliquerais plus tard…
Il saisit le poignet de sa femme, et sans attendre, ils remontèrent à grand pas l'allée du jardin des Weasley, pour transplaner à l'instant où ils traversèrent le cercle de protections magiques. Une fois dans le silence feutré de leur appartement, Nymphadora ne put retenir un léger soupir.
— C'est dommage, le gâteau de Molly avait l'air délicieux.
Remus serra violemment la mâchoire et détourna les yeux. Il ôta sa veste sans un mot et se dirigea vers la cuisine pour se servir un fond de whisky. Nymphadora le suivit en silence. Il sentait ses prunelles inquiètes fixées sur sa nuque.
— Tu sais que ce n'est pas de ta faute, dit-elle d'une voix douce.
Il laissa échapper un ricanement désabusé, puis se tourna enfin vers elle.
— Si, justement, répliqua-t-il d'un ton amer. Si je n'étais pas un loup-garou, si je ne t'avais pas épousé, on n'en serait pas là.
— Tu veux dire que tu regrettes de m'avoir épousé ?
Ses sourcils froncés et son air contrarié le fit se sentir plus coupable encore. Il l'aimait à la folie et la seule chose qu'il parvenait à faire, c'était la blesser. Il se dégoûtait.
— Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, soupira-t-il. Je regrette juste de devoir t'imposer ça.
— Tu ne m'imposes rien du tout enfin, rétorqua Nymphadora, un peu plus vivement. Le Ministre n'est qu'un idiot.
— Un idiot qui occupe une position haut placée et qui mène une campagne anti-loup-garou. Un idiot à cause duquel il m'est maintenant totalement impossible de trouver du travail, et qui nous empêche même d'assister à l'anniversaire d'Harry. Un idiot qui t'empêche d'avoir une vie normale, par ma faute.
— Tu es ridicule quand tu t'y mets.
Elle secoua la tête d'un air à la fois agacé et compatissant.
— Toujours en train de t'attribuer la faute de tous les maux du monde, de porter le fardeau tout seul.
— Je ne veux pas que tu aies des ennuis au Ministère à cause de moi, la coupa Remus. Il vaut mieux limiter nos sorties en public si tu ne veux pas te faire traiter en paria toi aussi.
— Pour le Ministère c'est trop tard, répliqua Nymphadora en haussant les épaules.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il s'était figé, son verre presque vide à quelques centimètres de ses lèvres.
— Rien d'important, dit-elle avec un geste négligent de la main. Quelques remarques, des regards sur ma bague, ce genre de choses. Rien que je ne puisse gérer.
Elle leva les yeux vers lui et avisa son teint pâle. Inquiète, elle s'approcha et posa une main sur son coude, mais il la coupa avant qu'elle n'ait pu poser la moindre question.
— Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ?
— Parce que ce n'est pas important.
Elle eut une fois de plus un léger mouvement d'épaules.
— Pas important ?
Il faillit s'étrangler. Alors maintenant elle subissait les résultats de ses erreurs même au travail ? Cette bague qu'il lui avait passé au doigt lui paraissait soudain si énorme, si voyante. Mais il y aurait bientôt autre chose de bien plus flagrant. Son regard horrifié glissa jusqu'à son ventre encore plat.
— Dora, tu ne peux pas continuer à travailler là-bas, dit-il sans réfléchir.
— Et pourquoi ça ? répliqua-t-elle, sur la défensive.
Ses yeux hantés se plantèrent dans les prunelles sombres face à lui. La panique s'élevait doucement en lui.
— S'ils te traitent déjà ainsi alors que nous ne sommes que mariés, qu'imagines-tu qu'ils feront en découvrant que tu es enceinte d'un loup-garou.
Nymphadora croisa les bras et pinça les lèvres, dans une attitude de défi.
— Que veux-tu qu'ils fassent ? C'est mon corps, ma vie, je fais ce que je veux.
— Dora, tu ne comprends pas, gémit-il. Tu seras traitée comme moi, comme une pestiférée. Tu…
— Je m'en fiche de l'opinion des autres, grogna-t-elle. Nous allons avoir un enfant, nous deux, et eux n'ont pas leurs mots à dire.
— C'est bien plus compliqué que ça, enfin ! s'emporta Remus
Il s'éloigna d'elle, passant et repassant ses mains dans ses cheveux. Il agrippait ses mèches grises avec désespoir, laissait son regard errer sur la cuisine propre sans parvenir à le poser nulle part. Il se sentait sale, honteux et coupable. C'était ce qu'il avait craint en l'épousant. Faire de sa femme une réprouvée, comme lui. Elle ne méritait pas ça, elle méritait d'avoir une belle vie, une vie heureuse, pleine de rire et de bonheur. Et non une existence emplie de rejet, de mépris et de jugements.
— Tu ne comprends pas, murmura-t-il, tu ne comprends pas ce que c'est. Le regard des autres, tout le temps, leurs préjugés crachés au visage, le dégoût, la peur, tu ne peux pas comprendre. Tu…
— Stop, ça suffit, l'interrompit Nymphadora d'une voix ferme. Je comprends que tu sois inquiet Remus, mais cesse donc de donner de l'importance aux jugements des autres. Le plus important, c'est qu'on soit bien ensemble. L'avis des autres compte autant qu'un excrément d'Hippogriffe pour moi, et ce devrait être pareil pour toi.
Le visage fatigué, elle poussa un long soupir.
— Nous devrions nous réjouir du moment présent au lieu de nous inquiéter pour l'avenir. Je compte sur toi pour être de meilleur humeur demain. Histoire de faire au moins bonne figure pour le mariage de Bill et Fleur. Ils le méritent.
Il refusa de croiser son regard avant qu'elle ne quitte la pièce. Lorsqu'il entendit la porte de l'appartement claquer, il ressentit une vague inquiétude mais ne bougea pas d'un centimètre.
Malgré ce que venait de dire Nymphadora, il ne pouvait empêcher son cerveau de le tourmenter de questions terribles et de scénarios catastrophes. Il ne parvenait pas à imaginer leurs vies futures sans avoir de frissons. A quoi ressemblerait leur enfant ? Serait-il atteint de sa lycanthropie ? Deviendrait-il violent ? Et s'il en venait à mordre Dora ? L'horreur qui le saisit le fit écarquiller les yeux.
Pris de désespoir, il plongea sa tête dans ses paumes. Il ne voyait aucune échappatoire, aucune solution à cette situation inextricable. En réalité, le mieux qu'il pourrait arriver à Dora serait qu'il disparaisse du paysage. Cette idée semblait à la fois attrayante et terrifiante. L'idée de la quitter le déchirait de l'intérieur. Mais peut-être était-ce la bonne solution. Il ne savait pas. Il était perdu.
Le cœur étreint par les doutes, il posa son verre vide dans l'évier. Il n'avait jamais autant souhaité qu'en cet instant pouvoir parler à James ou à Sirius. Il avait toujours été le sage conseiller du groupe, mais en ce moment, c'était lui qui avait besoin d'eux, et ils n'étaient plus là.
Il allait devoir se débrouiller seul pour prendre une décision.
