Remus, les sourcils froncés, mettait le point final à sa lettre lorsque l'eau de la douche s'éteignit. Nymphadora sortit de la salle de bain à l'instant où il ouvrait la fenêtre au hibou gris sombre de Kingsley.
— Un souci ? demanda la jeune femme.
Vêtue d'un large tee-shirt orange qui cachait le léger arrondi de son ventre, elle essuyait ses courts cheveux roses encore mouillés. Un pli d'inquiétude barrait son front.
— Rien d'important, éluda Remus. Du café ?
Elle posa la serviette humide sur le dossier de sa chaise et hocha le menton d'un air distrait, les yeux plissés par la suspicion. Remus évita son regard inquisiteur et lui servit une grande tasse de café qu'il agrémenta d'une dose de lait, avant de pousser dans sa direction une assiette de toast à la marmelade.
— Que te voulait Kingsley ? insista-t-elle.
Elle se mit à grignoter un toast en affichant un étonnement poli. Remus laissa échapper un soupir amusé et secoua légèrement la tête. Il la connaissait, et elle ne lâcherait pas le morceau de sitôt.
— Il me demandait mon aide, répondit-il. Pour une mission de surveillance.
Nymphadora se raidit aussitôt sur son siège, inquiète, et reposa son toast à peine entamé.
— Quand dois-tu partir ? Ce soir ?
Remus posa sur elle un regard impénétrable, et hésita quelques secondes avant de parler.
— J'ai refusé, dit-il laconiquement.
— Quoi ? s'étonna-t-elle, incrédule. Mais pourquoi ?
— J'ai pris la décision de ne plus accepter de missions de la part de l'Ordre tant que tu serais enceinte. Tu veux des œufs brouillés ?
Son ton ferme indiquait clairement qu'il ne souhaitait pas poursuivre sur le sujet. Mais Nymphadora l'ignora.
— Je ne suis pas en sucre, Remus, protesta-t-elle. Si l'Ordre a besoin de toi…
— Je t'ai promis que je resterais à tes côtés quoi qu'il advienne, la coupa-t-il calmement. Kingsley comprendra.
Enfin, il l'espérait. Ce n'était pas la décision d'un lâche, mais celle d'un père, et il priait pour que les autres le comprennent.
— Tu ne devrais pas t'occuper de moi alors qu'il y a temps à faire dehors, chuchota Nymphadora.
Il leva les yeux de son café pour les porter sur elle. Un toast à la main, elle le regardait d'un œil morne, et elle se mâchouillait les lèvres d'un air inquiet. Remus posa sa main sur la sienne, emmêlant leurs doigts. Il savait ce qui la tracassait, mais il ne pouvait pas y faire grand-chose.
— Tout se passera bien pour ton père, murmura-t-il.
Elle lui offrit un pauvre sourire, peu convaincue, et reposa son toast, l'appétit coupé.
— Il refuse de s'enregistrer à la commission des Nés-Moldus. Les Mangemorts ne vont pas tarder à lui tomber dessus.
Son regard se perdit à travers le carreau recouvert de buée. A l'extérieur, la neige s'accumulait sur le cadre de la fenêtre. Remus, qui ne savait pas comment la rassurer, préféra changer de sujet.
— A propos de ça, commença-t-il, hésitant. Je pense que nous allons devoir déménager.
Nymphadora reporta aussitôt ses yeux sur lui, plus alerte. Elle fronça les sourcils et ouvrit la bouche, prête à protester, mais Remus la coupa dans son élan avant même qu'elle n'ait pu commencer.
— Nous sommes trop exposés ici. Je serais totalement incapable de te défendre si nous nous faisions attaquer. Je pense que nous devrions habiter chez tes parents, au moins pour quelques temps. Le temps que… ça se tasse.
Il acheva sa phrase sur un ton gêné, et attendit les contre-arguments avec appréhension. Mais Nymphadora ne répliqua pas. Elle se contenta de pousser un lourd soupir.
— Tu as peut-être raison, marmonna-t-elle. La maison de mes parents est mieux protégée, et je pourrais être là pour eux. Ma mère est si inquiète.
Elle embrassa leur petit appartement du regard, une moue boudeuse sur les lèvres.
— C'est juste que… j'aime tellement cet endroit. C'est notre petit cocon à nous. Je ne veux pas le perdre.
— Et nous ne le perdrons pas, affirma Remus. Lorsque tout sera fini, lorsque cette guerre stérile sera terminée et que Voldemort et ses Mangemorts seront soit six pieds sous terre soit en train de pourrir à Azkaban, nous reviendrons ici. Avec le bébé. Et nous serons heureux.
A cette idée, Nymphadora laissa un sourire lent s'étaler sur son visage. Elle glissa de nouveau ses doigts dans les siens et hocha le menton. Puis elle saisit de nouveau son toast et en prit une bouchée.
En face d'elle, Remus l'observait avec attention. Il voulait graver dans son esprit chaque minuscule détail de ce petit-déjeuner. C'était sûrement le dernier qu'ils prendraient seuls tous les deux avant longtemps.
La prochaine fois qu'ils s'assiéraient à cette table, ils auraient un petit enfant brailleur à s'occuper. Cette vision lui arracha un sourire heureux. Malgré la peur, malgré les quelques doutes qui subsistaient encore, malgré la guerre, il mourait d'impatience.
Il avait déjà hâte d'y être.
Note de fin : Et voilà, j'espère que ça vous a plu, merci d'avoir lu ! :) Oubliez pas qu'une petite review fait toujours plaisir. Et on se retrouve lundi pour la suite, passez un très bon week-end ! :D
