Note d'auteur : Après un week-end chargé à parcourir les rues de Londres, je vous poste ce chapitre entre deux siestes, j'espère qu'il vous plaira. :)
Quelques gouttes de thé s'écrasèrent sur la table de bois brut lorsqu'Andromeda y posa la tasse d'une main tremblante. Tonks tendit le bras vers elle, dans un vain effort pour la réconforter, mais sa mère se détourna, cachant son visage crispé pour se recomposer une expression impassible, et revint avec le sucre.
Elle lâcha un carré dans chacune de leurs tasses puis s'assit face à elle en silence. Le bruit de sa cuillère contre les bords de porcelaine était le seul son qui brisait la quiétude de la cuisine. La vieille radio posée à côté d'elles était pour le moment éteinte, les fenêtres fermées, et le feu se mourait dans la cheminée.
— Tu n'aurais pas un élixir contre les nausées à glisser dans mon thé ? demanda Tonks.
Elle avait espéré la dérider, mais le sourire qu'esquissa Andromeda n'était qu'un fantôme de celui qu'il avait été.
— Je ne suis pas assez douée en potions pour ça.
Tonks passa une main distraite sur son ventre qui s'arrondissait de jour en jour. Elle avait été si réticente à quitter l'appartement qu'elle partageait avec Remus. La perspective de retourner vivre chez ses parents l'avait rendue grincheuse. Mais sa présence avait tant remonté le moral de sa famille qu'elle n'avait pas râlé longtemps. Sa mère ne cessait de lui prodiguer des conseils pour que sa grossesse se passe au mieux, et son père parlait sans arrêt de ce qu'il allait faire avec son petit-fils ou sa petite-fille. Tout le monde était aux petits soins pour elle. C'était comme retomber en enfance. Excepté que cette fois, ils n'étaient pas seulement tous les trois, il y avait aussi Remus.
Son mari n'avait jamais été aussi présent et attentif que ces derniers temps. Il ne l'avait quittée que quatre malheureux jours, mais sa culpabilité ne faisait que le rendre plus soigneux encore. A l'écoute du moindre de ses désirs, il la quittait rarement. Tonks devait admette que, même si elle se sentait vaguement honteuse de le retenir à ses côtés alors que le monde sorcier avait tant besoin des quelques membres restants de l'Ordre, elle était surtout heureuse qu'il soit là pour elle. A présent qu'il l'avait quittée une fois, elle ne pouvait empêcher cette peur irrationnelle de la réveiller la nuit. Et elle ne se sentait apaisée que lorsqu'elle le voyait étendu à ses côtés, la respiration paisible.
Mais leur petite bulle de bonheur, éloignée des malheurs de la guerre, avait brusquement éclatée quelques jours auparavant. Son père, qui sortait peu et faisait profil bas depuis la prise de pouvoir de Voldemort, était allé au village pour faire quelques courses. Il était revenu en affirmant avoir vu des Mangemorts traîner dans le coin. Il avait préféré prendre la fuite avant qu'ils ne lui tombent dessus.
« Tu sais qu'ils finiront par me tuer ou me jeter à Azkaban, Meda », avait-il dit à sa mère avant de l'embrasser.
Puis il était parti, avec pour seul bagage sa baguette magique et une détermination farouche. Andromeda n'avait pas pleuré. Elle était devenue taciturne, se renfermait souvent dans un silence morose, et refusait d'aborder le sujet. Tonks l'entendait parfois pleurer dans sa chambre le soir, lorsqu'elle était seule. Mais elle n'avait jamais osé entrer. Elle avait toujours été très proche de sa mère, mais elle savait qu'elle possédait une certaine fierté, et qu'elle n'aurait pas supporté que sa fille voie ses larmes.
Les seuls instants où elle laissait entrevoir une certaine vulnérabilité étaient lorsqu'elles s'asseyaient chaque soir à la table de la cuisine, leurs tasses de thé entre les mains et la radio à côté d'elles.
— Ca va commencer, chuchota Andromeda.
Elle alluma l'antique transistor, régla le bouton avec attention et agita sa baguette d'un geste vague.
— Sirius, chuchota-t-elle.
Quelques secondes plus tard, la voix de Lee Jordan se mit à grésiller à travers la cuisine.
Les mains d'Andromeda se crispèrent si fermement autour de sa tasse de thé que ses phalanges devinrent blanches. Tonks tendit un bras vers elle, glissa ses doigts entre les siens et serra aussi fort qu'elle le put pour lui apporter tout le soutien dont elle était capable.
A la radio, on énumérait les morts de la semaine. Une famille de quatre Moldus. Deux Nés-Moldus qui avaient tenté de résister. Un Elfe de Maison. Pas de Ted Tonks.
Lorsque Lee demanda une minute de silence pour ces pertes, la tension s'échappa de leurs corps et elles poussèrent toutes d'eux un soupir de soulagement. Chaque soir, cet instant était une véritable épreuve. Et pour l'instant, chaque soir, elles avaient vu leurs vœux exaucés.
Tandis que sa mère se levait pour mettre sa tasse vide dans l'évier, Tonks tendit de nouveau l'oreille lorsque la voix de Remus s'éleva. Le seul fait d'entendre son ton calme l'apaisait.
— Je vais me coucher, lui souffla Andromeda. Bonne nuit.
Elle hocha le menton d'un geste vague, les yeux toujours fixés sur la vieille radio crachotante. Elle allait attendre Remus ce soir. Depuis que son père s'était enfui, elle ne supportait plus de se coucher seule dans leur grand lit vide.
Tandis que Poterveille continuait de donner à ses auditeurs les différentes nouvelles, Tonks ferma les yeux et adressa une prière muette au ciel. Elle pria pour qu'on lui rende son père en un seul morceau. Pour revoir son sourire, son regard fier, entendre sa voix à la fois douce et ferme. Pour qu'il survive à cette guerre inutile et sans but, pour…
Elle finit par s'endormir sur la table, sa tasse de thé à moitié pleine refroidissant dans sa main inerte.
Note de fin : Merci d'avoir lu ! N'oubliez pas qu'une review fait toujours plaisir. Je vous dis à jeudi pour le prochain chapitre ! :D
