Le Patronus de Kingsley disparut dans un filet de fumée, laissant derrière lui un lourd silence. D'un geste instinctif, Nymphadora avait resserré son étreinte sur le petit Teddy, qui buvait son biberon dans un silence religieux. Remus était sonné. Ce qu'il avait tant redouté ces dernières semaines devenait soudain bien trop réel.

— Que se passe-t-il ? demanda Andromeda. J'ai entendu une voix.

Debout sur le seuil, les traits tirés par la fatigue, l'inquiétude et l'angoisse, elle paraissait épuisée. Remus la trouva plus fragile que jamais. Sa belle-mère avait toujours été une femme forte et déterminée, mais son masque se fissurait peu à peu depuis la mort de son mari. Elle avait du mal à encaisser le contrecoup de sa perte.

— C'était Kingsley, dit Nymphadora d'une voix étranglée. Tu-Sais-Qui est en ce moment même en train de marcher sur Poudlard pour se débarrasser de Harry une bonne fois pour toute.

— Il nous demande de nous rendre le plus vite possible à la Tête du Sanglier, poursuivit Remus. Il existe là-bas un passage secret pour rejoindre le château.

Andromeda devint plus pâle encore si cela était possible.

— Nous ? chuchota-t-elle.

Elle semblait terrifiée à la simple idée de voir sa fille partir au combat.

— Je vais y aller, la coupa Remus. Dora, tu restes ici.

— Pardon ? s'étonna l'intéressée.

Dans ses bras, Teddy avait fini son biberon et papillonnait déjà des yeux.

— Tu penses vraiment que je me contenterais de rester ici alors que tu pars te battre ? s'insurgea-t-elle. Il en est hors de question !

— Dora…, soupira-t-il.

Il avait déjà enfilé sa cape et saisit sa baguette, prêt à partir et le cœur étreint par l'angoisse.

— Tu n'as pas ton mot à dire, répliqua sa femme. Je suis une grande fille, et je ne compte pas rester les bras croisés alors que vous vous battez pour notre futur. Je ne le supporterais pas.

— Tu n'es plus seulement une Auror, maintenant, la coupa doucement Remus. Tu es aussi une mère. Que deviendra Teddy s'il nous arrive quelque chose ? Nous ne pouvons pas le laisser orphelin.

— Tu veux dire que s'il ne perd que son père tout ira mieux ? rétorqua Tonks, le visage crispé.

— Je veux dire qu'un de nous doit rester auprès de lui. Et il est hors de question que je te laisse y aller. Tu n'as pas combattu depuis des mois. Le manque d'entraînement pourrait t'être fatal.

— Je peux te retourner l'argument. Depuis quand n'as-tu pas disputé de duel ?

— Moins longtemps que toi.

Nymphadora pinça les lèvres, ne pouvant pas le contredire sur ce point. Elle baissa les yeux sur le petit bébé qui dormait dans ses bras. Il semblait si paisible. Elle avait l'air déchiré. Elle était tiraillée entre son désir de se rendre utile, de combattre Voldemort et ses partisans, et ce besoin primal de rester auprès de son enfant.

— Tu sais que c'est la bonne décision, Dora, insista Remus d'une voix douce.

Il se pencha et embrassa son fils sur le front. D'un geste tendre, il écarta quelques mèches de cheveux bleu électrique, et le contempla avec amour de longues secondes. Jusqu'à quelques mois plus tôt, il n'aurait jamais cru pouvoir être à ce point comblé de bonheur. A présent qu'il avait tout, il avait cette peur horrible de tout perdre. Il ferait n'importe quoi pour le protéger, pour empêcher Voldemort de prendre le pouvoir et de faire de sa vie un enfer. Il voulait agir pour préserver son futur. Leur futur, à tous les trois.

Il planta ensuite son regard dans celui de Dora, qui semblait au bord des larmes. Discrète, Andromeda s'avança et tendit ses mains vers le petit bébé endormi.

— Je vais le coucher, proposa-t-elle.

Elle s'éclipsa avec Teddy, désireuse de leur laisser un peu d'intimité. Remus jeta un discret coup d'œil à la pendule. Kingsley l'attendait depuis bien trop longtemps. Il devait y aller. Mais pas sans avoir dit au revoir correctement. Prenant le visage de Tonks en coupe entre ses mains, il planta ses yeux dans les siens et pria pour trouver la force de partir. Il avait l'impression de l'abandonner encore une fois.

— Merci d'avoir illuminé ma vie ces derniers mois, chuchota-t-il. Merci d'avoir toujours été là pour moi et de ne pas avoir abandonné une seule fois malgré mon entêtement à être malheureux. Je t'aime Dora, et je t'aimerais toujours.

Il l'embrassa avec passion, avec férocité, le goût salé des larmes se mêlant à leur baiser. Il l'embrassa comme si c'était la dernière fois. Lorsqu'ils se détachèrent, Tonks garda ses yeux fermés.

— Ca ressemble beaucoup trop à un adieu, murmura-t-elle.

Remus n'eut pas le cœur de la contredire. Il ne voulait pas avoir de faux espoirs en une situation aussi incertaine.

— Prend soin de Teddy.

Il l'embrassa une dernière fois sur le front, longuement. Puis il partit. Il aurait voulu lui promettre qu'il reviendrait, qu'ils auraient une vie heureuse tous les trois, mais il ne le pouvait pas. Il aurait eu trop peur de briser cette promesse. Le cœur lourd, il sortit de la maison des Tonks. Il sentit le regard de Nymphadora sur son dos, à travers la fenêtre du salon, alors qu'il traversait le jardin désert.

Il se retourna une fois qu'il eut franchi le mur de protections magiques. Il croisa son regard avant de disparaître. Ce fut comme s'il avait laissé la moitié de son cœur derrière lui.

Il partait au combat déjà à moitié mort.