Les sorts pleuvaient. La poussière saturait l'air. Le fracas de la bataille lui assourdissait les sens.

— Protego ! hurla Remus.

Il para ainsi au dernier moment le sortilège de Mort lancé par Mulciber. D'un geste, il le propulsa une dizaine de mètres plus loin. Le Mangemort heurta le mur de pierre et disparut hors de son champ de vision. Il profita de son bref manque d'adversaire pour jeter un œil autour de lui. Le parc de Poudlard était plongé dans le chaos.

Sur sa gauche, il pouvait apercevoir les cheveux roux d'Arthur, qui défendait le côté ouest avec son groupe de combattant. La façade est, sur sa droite, était défendue par le groupe de Kingsley. Le sorcier au crâne rasé se battait contre Rookwood, le front luisant de sueur. Près de la cabane d'Hagrid, Graup battait l'air de ses larges poings, piétinant le sol de ses énormes pieds. A l'opposé, des Acromentules grimpaient à la surface du château. Les combattants à l'intérieur semblaient les repousser de manière efficace. Pour l'instant.

Un sort lui rasa l'oreille, ce qui le ramena brutalement à la réalité. Il se tourna vers son adversaire avec détermination. Sa main se crispa sur sa baguette en voyant le visage tordu de Dolohov. Le Mangemort souriait d'un air malsain. Il semblait parfaitement détendu. Sûr de lui.

— Stupéfix ! cria Remus.

Le sort manqua son ennemi de plusieurs bons centimètres. Le sourire de Dolohov s'étira.

— Alors, sale vermine de loup, on est un peu rouillé ?

Sa voix railleuse était clairement audible malgré le tumulte de la bataille. Il répliqua d'un premier sortilège informulé, que Remus para en serrant des dents. Il savait que Dolohov était un duelliste redoutable. Presque aussi doué que Bellatrix ou Rookwood. Et c'était difficile à admettre, mais il devait avouer que ses propres compétences laissaient à désirer ces derniers mois. Depuis le début de la grossesse de Tonks, les seuls sorts qu'il avait jetés étaient des sortilèges de Camouflage ou de protection. Il avait réussi à se débrouiller jusque-là, contre des adversaires moyens. Mais se débarrasser de Dolohov allait être bien plus difficile.

Le sourire cruel de ce dernier s'accentua. Il effectua un large mouvement de bras en diagonal. Remus eut le réflexe d'invoquer un bouclier, mais il eut tout de même la sensation d'une lame émoussée contre sa gorge. Il déglutit. Il devait se ressaisir.

Sans attendre, il attaqua de nouveau, concentré sur sa cible. Moqueur, Dolohov évitait chacun de ses sorts avec insouciance. Cela ne semblait même pas lui demander d'effort.

— Au fait Lupin, lança-t-il d'un ton narquois, je n'ai pas vu ta femme. Où est la délicieuse Nymphadora Tonks ? Bellatrix se faisait un plaisir de mettre fin à ces jours.

La rage qui se mit à bouillir dans ses entrailles sembla lui redonner courage. Remus redoubla d'efforts et d'ingéniosité, plus rapide, plus féroce. Penser à sa femme l'emplissait d'énergie, de colère, et d'espoir. Il ne pouvait pas laisser vivre cette ordure s'il voulait que son fils vive dans un monde meilleur.

Il commença lentement à prendre l'avantage. Dolohov faiblissait. En tout cas c'est ce qu'il crut. Puis le Mangemort en eut subitement assez de ce petit jeu. Au lieu de se défendre en souriant, il attaqua, aussi rapide et féroce qu'un cobra. Ses sorts étaient si rapides que Remus avait de plus en plus de mal à les parer. Bientôt, il se retrouva essoufflé, incapable de répliquer. Son âge et son manque de pratique le trahissaient.

— Remus !

Il ne sut par quel miracle il put entendre sa voix à travers le vacarme de la bataille, mais il perçut distinctement son appel. Il en fut à la fois soulagé et effrayé.

Il se déplaça sur sa gauche, tout en continuant à se défendre contre l'offensive violente de Dolohov. Elle était là, à quelques mètres derrière le Mangemort, devant les portes du hall. Les flammes qui brûlaient ici et là illuminaient ses mèches roses de reflets dorés. Son visage était crispé par la détermination. Elle se battait contre sa tante, avec l'énergie du désespoir. Bellatrix, face à elle, riait comme une folle, sautillant de droite à gauche, sans être touchée par un seul sortilège.

— C'est tout ce que tu sais faire, ma mignonne ! hurlait-elle.

Remus se baissa au dernier moment, évitant ainsi le Doloris envoyé par Dolohov. Il ne pouvait pas se laisser distraire. Il tenta de se concentrer de nouveau sur son combat, mais c'était plus fort que lui, ses yeux ne cessaient de dériver vers Nymphadora.

Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il était mort de peur. Il avait peur pour elle, pour lui, pour leur avenir. Qu'est-ce qui lui avait pris de venir le rejoindre ici ? Pourquoi avait-elle laissé Teddy ? L'inquiétude le rongeait, puissante. Et d'un autre côté, il comprenait sa décision. Tonks n'avait jamais été le genre de femme à s'asseoir à l'arrière et regarder l'action les bras croisés. Il n'était pas étonné de la voir ici.

Un des sortilèges de Dolohov déchira sa robe. Il sentit son épaule saigner. Il serra les dents sous la douleur et continua à se battre. Il faiblissait de plus en plus, mais il refusait d'abandonner. Il ne pouvait pas se le permettre.

Soudain, un éclair vert attira son attention. Un éclat reconnaissable entre mille. Ce fut comme si son cœur s'arrêtait. Il ne s'entendit pas hurler, mais il sentit sa gorge le brûler. Il croisa son regard un instant avant que le sort ne la touche.

Ses yeux sombres se plantèrent dans les siens. Ils luisaient d'un mélange de détermination et de peur. Lorsqu'elle le vit, ils s'éclairèrent d'une étincelle d'amour qui lui blessa le cœur.

Puis son visage se figea. La scène se passa comme au ralenti sous ses yeux. Le corps de Nymphadora tomba dans la poussière avec une lenteur qui confinait à la torture. Le rire hystérique de Bellatrix lui emplissait l'esprit. Les yeux éteints de son épouse fixaient à présent le sol jonché de corps.

Quelque chose venait de mourir en lui. La moitié de lui-même. Mais il n'eut pas le temps d'être triste, ni de ressentir aucune douleur. Il ne vit pas l'éclair vert qui le frappa en pleine poitrine. Ni le sourire satisfait de Dolohov. Il avait le regard fixé sur le corps sans vie de la femme qu'il aimait.

Un instant plus tard, c'était le noir. Puis le vide.