II.
Vers sept heures du matin. La quasi-totalité des anciens membres de l'ordre était réunie. Dedalus Diggle fut le premier à pénétrer dans la maison, les yeux rougis par une crise de larmes qui s'intensifia à la vue de Sirius.
« Je suis si honteux d'avoir cru que tu avais pu faire cela à Lily et à James … ». Pendant que l'ancien maraudeur tentait de rassurer maladroitement l'homme au chapeau haut de forme, Remus serra la main du vieil ami de Dumbledore, Elphias Doge. Lupin se félicita intérieurement que sa chevelure ait conservé quelles nuances de sa couleur originelle à la vue de la crinière blanche du vieil homme. Les membres se succédèrent, du moins ceux qui étaient encore en vie. L'arrivée de Minerva McGonagall conclut la réunion des anciens membres. Remus fut surpris de son étreinte. Il se souvint du jour où il lui avait appris sa démission. Elle l'avait enserré dans ses bras maigres et lui avait affirmé : « Poudlard perd un grand professeur ».
Mais l'étreinte fut très brève, fixant Remus, elle déclara :
« Merci de votre dévouement Lupin. » Puis redressant son chapeau, elle se retourna et intima d'une voix étonnamment rauque le silence. Chaque membre ayant trouvé une place dans le salon lugubre de la demeure des Black prêta attention aux propos de la directrice adjointe.
« Je ne possède que très peu de temps. Albus est demeuré au château auprès d'Harry et du ministre qui, comme vous le savez, se montre peu enclin à croire au retour de Vous-Savez-Qui. ».Elle fit une pause pour s'asseoir sur la première chaise venue. Posant ses mains crispées sur ses cuisses elle reprit.
« Nous ne possédons que très peu d'alliés dans ce moment de trouble, et je vous invite tous à vous montrer particulièrement prudent quant à votre propre sécurité, plus particulièrement aux membres qui sont déjà connus de notre ministère. » Elle balaya des yeux le fond de la pièce avant de poursuivre.
« Je veux bien sûr parler de vous Sirius, vous devez demeurer impérativement au sein de cette maison. Votre qualité d'animagus est malheureusement connue des Mangemorts. » La femme ne laissa pas le temps à Sirius de protester. « Il en va de la sécurité de Harry, je vous en conjure. ». Ignorant le froncement de sourcils de l'animagus, elle poursuivit.
« De même pour vous Alastor, le ministère sait votre proximité avec Dumbledore, ainsi que l'amitié qu'il partage avec vous Doge. Alastor, n'oubliez pas que vous êtes censé être dans un profond état de faiblesse. » Fol œil inclina brièvement la tête, puis devant l'air suspicieux de McGonagall, s'avança vers un fauteuil et s'y affala, la tête légèrement inclinée, le regard vide, poussant des gémissements plaintifs. Des rires timides remplirent la salle. La directrice adjointe eut un léger sourire avant de s'adresser à Lupin.
«Il en va de même pour vous Remus. Outre votre condition connue de tous, il va sans dire que vous êtes peu …apprécié de certains membres du ministère. Je présume que, vous connaissez Dolores Ombrage ? » Remus émit un ricanement. En effet, il la connaissait depuis de nombreuses années. C'était elle qui était intervenue pour refuser son dossier d'apprentissage chez les aurors malgré les excellents résultats qu'il avait obtenu à ses aspics.
« Il serait fort possible qu'elle contrôle les affaires de Poudlard de l'intérieur. Le ministre a décidé de placé Dumbledore sous surveillance de manière officielle en imposant une inspectrice dans le château. »Le visage de Remus pâlit sous ces déclarations. En effet, si Ombrage parvenait à obtenir du ministère un contrôle sur les affaires de Poudlard, le camp adverse avait une main mise immédiate sur Dumbledore.
« Je crains que vous soyez sur les premières listes de recherche active Remus. Si le ministère tombe, vous serez considéré comme l'un des ennemis publics principaux. » S'étant vu servir un verre, la directrice adjointe avala une gorgée avant de reprendre.
« En premier lieu il conviendrait que l'on assure la sécurité du quartier général par un sortilège de Fidelitas… »
« Moi ! »S'exclama Sirius en se levant de sa chaise. « Autant servir à quelque chose si je ne peux pas sortir, et puis je présume que ça renforcera d'autant plus la protection déjà présente. » Il avança vers Maugrey et lui tendit ses mains. « Je m'occuperai de la sécurité interne du quartier général. Et je tâcherai, vainement, de rendre ce lieu habitable. » Pendant que Fol œil procédait à l'incantation, Emmeline Vance prit la parole.
« Il conviendrait de songer aux tâches que nous pouvons effectuer en attendant le moment où Dumbledore pourra rentrer en contact avec nous. »Elle ouvrit son sac pour en extraire un parchemin et une plume.
« Je me charge du recrutement en ce qui concerne le ministère, Il faut les infiltrer avant qu'ils ne le fassent ces rats ! ». Le terme de rat évoqua le souvenir douloureux de ce traître, Queuedever. Diggle se proposa pour le recrutement du chemin de traverse. Malgré son émotivité, Diggle demeurait un excellent duelliste. Remus lui parla de son contact, Florian le libraire.
« Lupin, Vance ! Vous surveillez les Avery et Crabbe. » Fol œil continua la répartition des membres au sujet de la surveillance des Mangemorts connus .Sirius s'était retiré dans la cuisine pour y dénicher une autre bouteille. Remus savait que son ami ne pouvait pas accepter le fait de rester en dehors de l'action. Mais il fut reconnaissant à Doge de rejoindre son ami dans la cuisine pour lui demander de l'aide dans ses recherches sur les projets des Mangemorts. Après avoir établi avec Emmeline la surveillance des Avery, Remus commençait à ressentir le poids de la fatigue. Vers le milieu de la matinée, la totalité des membres était partie de la demeure des Black. Les deux maraudeurs étaient désormais seuls et terminaient de boire leur verre.
« Je t'indique ta chambre Lunard ? »
Le bruit était assourdissant mais pas désagréable pour autant. Ramassant la monnaie qui était déposée sur le comptoir, il prit les deux pintes destinées à la table du fond. Cet emploi était finalement un moindre mal et pour ainsi dire travailler dans un bar moldu présentait un avantage certain : on ignorait l'existence même de la lycanthropie, sauf dans des cas psychologiques peu courants.
« Voici Mesdames ! ». Remus leva les yeux sur la femme qui réceptionna les pintes, elle lui adressa un sourire avant de le remercier.
« John, peux-tu remplacer Micky au bar ? » Remus répondit affirmativement à son collègue puis se dirigea vers le susdit endroit. La soirée allait être longue, il devait la poursuivre devant la demeure des Avery dont l'activité semblait peu mouvante.
« Puis-je avoir une autre bière s'il vous plait, John ? » Lupin se retourna pour vers face à la femme de la table du fond. Il avait décidé de se faire connaître sous son deuxième nom, il fallait avouer que « Remus » n'était pas un nom très répandu. Les sorciers avaient une attirance suspecte pour les noms inusités depuis au moins le XIIIème siècle. La femme avait un beau sourire auquel il répondit avant d'aller remplir son verre. Il aperçut qu'elle avait déposé sur le bar une pile de livres. Voyant le regard de Remus, la femme lui demanda : « vous aimez la littérature ? ». Il sembla à l'ancien maraudeur que la soirée allait être, à l'inverse de ce qu'il avait envisagé, très agréable.
Cela faisait maintenant trois heures qu'il était tapi devant la demeure des Avery. Après avoir sorti son chien, Avery Senior était resté chez lui sans avoir montré la moindre activité suspecte. Lupin soupira, il jouait vraiment de malchance, la femme du bar avait en réalité un très beau sourire. Alastor lui avait formellement interdit de mener son enquête de manière active, il devait se contenter de surveiller et de prendre note de toute activité qui pouvait sembler étrange. Remus avait déjà fouillé leurs ordures et n'avait trouvé qu'un vieux magazine pornographique qui n'avait fait que de renforcer son dégoût pour les Avery. Il commençait à somnoler il avait peu dormi depuis ces trois derniers jours.
Un bruit familier le réveilla, celui d'un transplanage. Vérifiant qu'il était totalement dissimulé, il plissa les yeux pour discerner les ombres qui se précipitaient devant la maison. Trois ombres dont le visage était caché sous des capuches. L'un d'eux frappa à la porte pendant que les autres surveillaient la rue. Lorsque la porte s'ouvrit, le jet de lumière provenant de l'intérieur éclaira en partie le visage des visiteurs. Remus reconnut immédiatement Macnair, le bourreau de l'hippogriffe d'Hagrid. Le deuxième Mangemort était une femme, Alecto Carrow, il avait failli la tuer lors de la première guerre mais son frère s'était interposé. D'ailleurs, il était étrange que ce dernier ne soit pas présent. Le troisième devait être le fils Avery de par la manière dont il étreignait Avery senior. S'en était presque émouvant de voir cet amour filial. Dès qu'ils furent rentrés, Remus s'empressa d'envoyer un patronus au quartier général. L'absence du frère Carrow était de mauvais augure. Il n'était pas du genre à laisser sa sœur sans protection, pour preuve Remus conservait une cicatrice sur le flanc gauche. Son anxiété ne fut que renforcée lorsqu'il vit une ombre se mouvoir en bas de la rue. Avançant lentement le long des maisons, elle s'immobilisa et d'un geste vif tendit le bras devant soi. Il apparut la forme translucide d'un phénix qui s'évapora immédiatement .C'était un membre de l'ordre. Immédiatement Remus murmura une incantation et d'un léger moulinet du bras il agita sa baguette d'où sorti la marque distinctive du Phénix. C'était Hagrid qui avait découvert ce moyen de reconnaissance, une incantation à mi-chemin entre un patronus et un sortilège de dissimulation qui présentait l'avantage de n'être visible que pour les membres de l'ordre. Après avoir vu le signal, l'ombre transplana et réapparut quelques instants plus tard aux côtés de Lupin.
« Avery reçoit ce soir ? » demanda Emmeline. Elle s'accroupit, dissimulée dans l'ombre.
« Rien d'étonnant dans la réception, hormis l'absence du frère Carrow. »Vance fronça les sourcils, les mains crispées sur sa baguette. Remus se leva doucement, il fit signe à sa collègue de rester immobile. Assuré à ses arrières, il pouvait mener un espionnage plus actif sans pour autant désobéir à Fol œil. La baguette fermement tenue devant lui, il traversa rapidement le parc dans lequel ils étaient postés. Arrivé au bout, Il pouvait monter sur le toit de la maison la plus proche et progresser ainsi jusqu'à la demeure des Avery. L'ascension se révéla beaucoup plus difficile qu'il ne l'avait supposé, Il fallait avouer qu'il avait perdu en souplesse pendant ces quinze dernières années. Maudissant son attrait quasi obsessionnel pour le chocolat, il s'efforça de grimper le plus promptement possible. À bout de souffle, il commença à progresser de toit en toit en se promettant de limiter par la même occasion sa consommation de cigarettes.
« La ferme Macnair ! Ce n'est pas une question mais un ordre. » Remus était sur le toit de la demeure des Avery, il avait utilisé un sort de sonorité amplifiée, un sortilège qu'il avait souvent pratiqué avec les maraudeurs pour espionner les Serpentards. Lupin sourit au souvenir d'une incantation qu'il avait inventé en Troisième année, le sort de longue-vue, essentiel pour espionner le dortoir des filles.
« Tu iras dans ce foutu département et tu ouvriras le bec de ces langues de plomb. » Malgré sa dévotion au seigneur des ténèbres, Macnair semblait peu enclin à la pousser jusqu'à perdre son emploi à la commission d'examen des créatures dangereuses. «Il me semble inutile de spécifier que si tu ne le fais pas, je me chargerai personnellement de délier ta propre langue. » Le père Avery marqua une pause avant de reprendre. « Vous deux, vous savez ce que vous devez faire. Il est nécessaire d'avoir l'avantage du nombre à défaut d'avoir celui de la puissance. » Sentant des fourmillements dans ses jambes, Remus se déplaça légèrement en priant pour ne pas glisser du toit. « Amycus doit demeurer à son poste, il faut tenir à l'œil Malefoy ». Le cas de Lucius était donc confirmé. Une voix féminine s'éleva :
« Le seigneur des ténèbres t'a contacté ? ». Un bruissement de chaise laissa supposer que le père Avery s'agitait. La voix sifflante du fils répondit :
« On ne reçoit les ordres que par l'intermédiaire de son larbin, le Maître souhaite vérifier notre fidélité. On fera une mise au point la prochaine fois. » La réunion était close. L'agitation fut bientôt supplantée par le bruit de l'ouverture de la porte. Remus discerna les silhouettes des Mangemorts qui séparèrent en plusieurs groupes pour prendre des directions différentes.
La redescente fut encore plus difficile que l'ascension. Il fallut à Remus plus de dix minutes pour rejoindre sa collègue toujours tapie dans l'ombre du parc. Elle leva les yeux vers lui puis dans un souffle dit : « ce n'était pas le fils Avery qui était avec Carrow, c'était le jeune homme du Magicobus. » Puis elle se leva, saisit Remus par le bras et tous deux transplanèrent.
