III.
Les voluptés de fumée s'élevaient perdant de leur consistance au fil de leur ascension avant de se disloquer puis de s'évaporer sur la peinture écaillée du plafond. Remus était allongé sur un vieux lit grinçant qui semblait sur le point de s'effondrer à chaque fois qu'il se tordait pour déposer la cendre dans le cendrier. Stan Rocade ne pouvait pas être un Mangemort. Il revoyait le visage boutonneux du jeune homme. Un peu bavard, certes, mais il était impossible qu'il soit partisan du camp adverse. Soupirant, il jeta un coup d'œil au cadran de sa montre , un peu plus de cinq du matin. Malgré le fait qu'il n'ait dormi que quelques heures, il décida de se lever puisqu'il ne parviendrait pas à retrouver le sommeil. Il prit une douche rapide, puis il se saisit d'une chemise usée et d'un pantalon un peu trop large pour lui. Une veste sur les épaules, il descendit les trois étages de la résidence. Il fut étonné d'entendre des voix qui provenaient du salon. Vérifiant si sa chemise était bien rentrée dans son pantalon il pénétra dans la cuisine. Sirius et Maugrey étaient accompagnés de deux autres personnes.
« Lupin ! Tu connais déjà Shacklebolt ? » Remus reconnut le grand sorcier noir de par son unique boucle d'oreille. Il se hâta se lui serrer la main avant de saluer Fol œil et l'ancien maraudeur. Puis il se tourna vers la jeune femme … aux cheveux roses. Affichant un faible sourire il la salua en demandant comment un auror pouvait exercer ses fonctions avec une telle apparence.
« C'est ma cousine Lunard, la fille d'Andromeda. » Lupin se souvenait de la cousine de Sirius, il l'avait rencontré plusieurs fois lors de son adolescence, le seul membre de sa famille qu'il eût rencontré à dire vrai. Fol œil s'empressa d'affirmer que Kingsley avait parfaitement été apte à répondre ses tests. Remus éprouva de la compassion pour l'auror, deux heures dans les mains de fol œil correspondaient à une véritable torture psychologique.
« J'ai eu vent de ton affaire Remus. Dumbledore vient ce soir, l'ordre est exigé dans son intégralité » déclara Maugrey en se tourna vers Sirius. Ce dernier se leva pour envoyer des patronus et des missives aux différents membres. «Fletcher assure la surveillance des Avery et Vance de Malefoy. »Il se leva en boitillant et s'avança jusqu'au buffet pour se saisir de sa canne. «Je vais voir Diggle, il a déniché des éléments que je dois examiner. » Sirius revint précipitamment dans la pièce pour se placer devant Fol œil.
«Deux minutes Fol Œil, où va Harry ? » Remus prit conscience que les élèves avaient dû être renvoyés prématurément dans leur foyer. Maugrey fixa Sirius avant de déclarer :
« Dumbledore vient ce soir, il sera en mesure de t'expliquer pourquoi il doit rejoindre ces moldus. » Kingsley se suivit les pas de Maugrey , il devait retourner au ministère. Les saluant , il se tourna vers la nièce de Sirius.
« Rejoins le ministère que dans deux heures. » Maugrey émit un ricanement en tournant son œil bleu électrique vers la jeune femme :
« Cela ne présente pas une difficulté extrême, un retard de deux heures équivaut à un réveil matinal pour Nymphadora. »Les cheveux de la jeune femme prirent une couleur d'un rouge flamboyant. Une hallucination de cette sorte ne présageait rien de bon. Commençant à s'inquiéter pour sa santé mentale, Remus décréta qu'il avait un besoin urgent de se reposer.
« Tonks, Fol œil ! » siffla-t-elle. Maugrey rit de bon cœur avant de suivre Kingsley dans l'entrée. Sirius tout en continuant à envoyer les différentes missives, fixa Tonks d'un air stupéfait.
« Peu de gens ont osé s'adresser de la sorte à Maugrey. » Tonks se retourna en affichant un demi sourire , ses cheveux avaient repris leur couleur rose. Lupin fut en partie rassuré sur son état psychologique, elle devait être une métamorphomage.
« Fol œil est comme un père. Le genre bourru au cœur tendre. Je te laisse imaginer sa réaction lorsqu'il voit un type qui me tourne un peu trop autour. » Les deux maraudeurs éclatèrent de rire. Remus avait pour Maugrey une affection profonde, il l'avait toujours considéré comme une sorte de père spirituel. C'était le seul qui avait défendu sa cause à la commission des formations des aurors. L'un des seuls à être rester après la mort de ses amis et avoir conservé un contact avec lui pendant toutes ces années. Remus se sentit profondément honteux à son égard. Il aurait dû se douter qu'il était étrange que Fol œil ne réponde pas à ses lettres. Remus avait jugé qu'il refusait d'avoir un quelconque rapport avec lui depuis son affaire à Poudlard. « C'est aussi un très bon cuisinier. Il me gave littéralement en déplorant mon incapacité à manger convenablement… En réalité , il est aussi une sorte d'une mère étouffante » Sirius avala son café de travers sous les rires qui le secouaient. « Il m'oblige à ranger mon bureau et … » Elle finit de boire le contenu de sa tasse avant de reprendre. « C'est lui qui me réveille le matin. Si j'ai le malheur de ne pas répondre à son patronus dans les minutes qui suivent, il transplane directement chez moi… Ce qui est gênant lorsque que tu trouves en charmante compagnie. » Remus sourit à l'anecdote puis jeta un regard sur le cadran de sa montre.
« Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à travailler dans cet endroit. » déclara Sirius lorsqu'il vit son ami se lever et enfiler sa veste. Le maraudeur lui avait à de maintes reprises proposé de lui donner la moitié de son héritage , pour ainsi dire assez de gallions pour assurer toutes ses dépenses sur plusieurs années. Mais ce dernier avait toujours refusé sa fierté étant, il devait l'admettre, poussée à l'extrême. Et puis il était redevable de Sirius. Celui-ci lui avait fourni une aide matérielle importante. En réalité, l'aide de son ami était incalculable et Remus en était affreusement gêné.
« Cela m'assure une couverture en cas de contrôle. » Cette affirmation était vraie, bien qu'elle fût renforcée par le désir moins avouable de revoir la femme avec qui il avait partagé une discussion littéraire. « Je sais que tu peux difficilement de passer de mon humour ravageur Patmol, mais la séparation est nécessaire dans notre cas. » continua Remus en afficha un sourire goguenard auquel la jeune femme répondit par un grand éclat de rire. Sa main frappa sa tasse qui s'écrasa sur le sol.
« Un peu de respect pour la femme de ménage ! » s'écria Sirius dans une expression faussement outrée.
Remus marchait d'un pas tranquille dans les rues de Londres. Son patron l'avait libéré plus tôt au vu de la clientèle peu nombreuse. Une cigarette aux lèvres, Remus sortit de sa poche le petit papier que son collègue lui avait remis avec un rictus à la commissure des lèvres. Il le déplia et relut une nouvelle fois le message qui y était inscrit : « en espérant poursuivre notre débat, Lauren ». Au verso était inscrit une succession de chiffres que Remus avait supposé être un numéro de téléphone. Affichant un sourire satisfait, il remit le petit papier dans sa poche avant de traverser la rue.
La barbe argentée était soigneusement entretenue, comme dans ses premiers souvenirs de l'homme. Remus croisa le regard d'Albus Dumbledore à travers ses lunettes en demi-lune. Il était apparu quelques instants auparavant suivi de près par Maugrey et McGonagall. Le salon de l'ordre était littéralement bondé. Les membres étaient disposés autour de la table sur laquelle l'armoirie des Black avait été rageusement effacée par un Sirius en pleine crise de ménage. Les Mangemorts connus de l'ordre étaient surveillés par des elfes de Poudlard entièrement dévoués au directeur.
«Chers amis, je tenais à vous remercier pour votre confiance et pour votre investissement dans cette lutte. Je dois vous avouer que je ne m'attendais guère à voir tant de personnes répondre à mon appel. Et de fait, je tenais à vous présenter ma gratitude à l'égard de votre présence ce soir. » Le directeur semblait accablé par le poids de la vieillesse, les événements tragiques avaient ôté la lueur vive qui animait habituellement le regard du vieil homme. « Ma gratitude envers les anciens mais aussi envers les nouveaux membres dont la présence est essentielle en ces temps troubles. Il conviendrait que vous vous présentiez tous afin que chacun ait connaissance de l'autre. » Maugrey poussa un soupire d'exaspération :
« Nous ne sommes pas dans une réunion des alcooliques anonymes Albus ! ». Le directeur sourit à Fol Œil avant de se tourner vers les autres membres. Il fixa une jeune femme brune qui se situait juste en bout de table et l'encouragea d'un signe de tête. Hestia Jones, une médicomage qui travaillait à Saint Mangouste Florian Rolin l'ami de Remus , libraire sur le chemin de traverse Sturgis Podmore huissier au département de la justice magique Arthur Weasley , service du détournement de l'artisanat moldu ainsi que sa femme Molly, Bill Weasley un conjureur de sort au service de Gringotts et son frère Charlie, un dragonologiste qui travaillait en Roumanie et enfin Tonks et Kingsley. Remus prit conscience de la réalité des propos du vieil homme, il était étonnant que l'ordre ait réussi à réunir une trentaine de membres en l'espace de quelques jours. Dumbledore reprit la parole pour aborder la situation du ministère. La non coopération du ministre conjuguée à l'infiltration des partisans du Mage Noir au sein de l'institution laissaient envisager la chute éminente du ministère. Au-delà du cas de la sphère hiérarchique, l'opinion publique était peu encline à croire au retour du Seigneur des Ténèbres. L'image d'un adolescent dont le passé trouble avait favorisé l'émergence de fortes tendances schizoïdes avait fait le titre de nombreux journaux. De même pour Dumbledore présenté tel un vieillard à la limite de l'incontinence qui n'était plus en mesure d'assurer son poste de directeur. Il fallait avouer que Rita Skeeter avait la faculté de trouver des titres à sensation dignes de portés ce nom. Remus en avait fait l'amère expérience lorsqu'il avait lu sur la première page de la Gazette du Sorcier: « Un professeur presque au poil ». Outre la révélation de sa condition de loup garou, Remus avait failli s'étrangler en découvrant sa « relation passionnelle avec le professeur Sybille Trelawney ». L'article dévoilait par ailleurs son désir infaillible d'être reconnu pour « son talent d'artiste-peintre et de chanteur lyrique » malgré son addiction destructrice pour la « tisane hallucinogène » pour laquelle il dépensait des fortunes preuve étant la vétusté de son apparence vestimentaire. Les jurons suraigus de la mère de Sirius le sortirent brutalement de ses pensées. La porte du salon s'ouvrit violemment pour laisser apparaître un homme totalement revêtu de noir.
« Venez Severus, nous attendions plus que vous » .Dumbledore fit apparaître une nouvelle chaise et invita Rogue à s'asseoir au bout de la table. Remus mit un certain temps à prendre conscience que Sirius se tenait debout la main crispée sur baguette. Il leva précipitamment en dégainant sa propre baguette. Remus se positionna de telle sorte qu'il pouvait aisément jeter un sort qui expédierait Rogue six pieds sous terre tout en demeurant assez proche de Sirius pour le retenir au cas où ce dernier déciderait d'étrangler le maître des potions.
« Messieurs ! » s'exclama la voix choquée Pomona Chourave. Lupin songea que le professeur de botanique ne pouvait concevoir le fait que deux anciens collègues puissent se tenir en position de duel l'un contre l'autre. McGonagall quant à elle avait parfaitement connaissance de la vieille rancœur qu'avaient les trois hommes. Elle s'était elle-même saisit de sa baguette en les dévisageant d'un regard furieux .
« N'avez-vous pas honte de vous conduire ainsi ? Si nous commençons à nous monter les uns contre les autres nous laissons la voix libre au camp adverse ! »Mais Remus ne l'entendait pas. La vague de haine qui déferlait dans son sang avait eu raison de son flegmatisme habituel. Il ne voulait qu'enfoncer son poing dans le rictus qu'affichait Rogue.
« Deux contre un … Belle preuve de courage. » Le ton doucereux de sa voix ne faisait que de renforcer son dégoût. Cette voix qui avait « malencontreusement » dévoilé sa nature de loup-garou.
« Tu es un bel exemple de bravoure Snivellus ,ton adhésion soudaine est due au fait que tes petits camarades n'ont pas apprécié ton retournement de veste ? » répondit Sirius d'une voix étonnamment calme.
« En parlant de retournement de veste, j'espère que tu t'accommodes de ta nouvelle fonction au sein de l'ordre Black. Les produits d'entretien sont terriblement irritants pour les mains. » Le visage de Sirius perdit toute couleur , sa main se mit à trembler dangereusement.
« Tes propos m'étonnent particulièrement Severus. L'entretien semble t'être un sujet méconnu au vu de ta chevelure. » Remus affichait un sourire forcé. Malgré la facilité de sa réplique, il ne put s'empêcher d'en éprouver une satisfaction en voyant les joues de Rogue prendre une couleur cramoisie. Ce dernier retroussa ses lèvres avant de répliquer d'une voix distincte.
« Parlons de pilosité Lupin, il me semble que la prochaine lune est dans deux semaines … » le maître des potions n'eut pas le temps de finir sa phrase .Remus tendit son bras d'un geste vif mais sa baguette lui échappa immédiatement des mains. Dumbledore tenait les baguettes des trois hommes. L'air profondément las, il se tenait debout et intima le silence d'une voix ferme.
« Les haines personnelles n'ont aucune consistance au sein d'une guerre. Seule votre appartenance à un camp détermine la distinction entre vos amis et vos ennemis. » Remus éprouva un léger remord sous le regard perçant du vieil homme. « Je vous prie seulement de prendre conscience de cette réalité car elle pourra se révéler vitale au sein de la situation la plus sombre. Messieurs je vous prie de mettre un terme définitif à ces rancœurs collégiennes . » Devant l'immobilité des trois hommes , Dumbledore dit d'une voix quasiment suppliante : « Messieurs, je vous en prie, faites acte de fraternisation. »Remus éprouvait un profond respect pour l'homme qu'il lui avait accordé l'espoir de vivre une vie normale. Il s'avança donc vers Rogue. Parvenu devant lui, il tendit un bras raide que le maitre des potions serra rapidement. Sirius fit de même ,malgré le profond dégoût qu'il affichait sur son visage. Retournés à leur place respective, le débat repris rapidement malgré l'atmosphère pesante qui s'était imposée. Ils en vinrent au rapport qu'avaient fait Emmeline et Remus.
« L'avantage du nombre ne signifie pas seulement qu'ils cherchent à obtenir de nouveaux partisans. Si je puis me permettre Professeur, votre image est suffisamment salie pour que la grande majorité ne vous soutienne pas. » Tonks venez d'intervenir pour s'opposer aux propos de Podmore. « Ils ont besoin de chair à canon , je veux dire de corps à sacrifier. » précisa t-elle devant l'incompréhension qu'affichait la plupart des membres du groupe à l'entente de l'expression. « Je pense qu'ils vont chercher des soutiens actifs parmi les minorités dédaignées ou rejetées par le monde des sorciers. »
Bill Weasley intervint : « Veux-tu parler des Gobelins ? De manière générale ils se tiennent en dehors des conflits. Mais il se peut qu'ils y participent s'ils y trouvent un intérêt. »
« Je ne parle pas seulement des Gobelins, mais de toutes les êtres qui sont restés jusqu'à aujourd'hui dans l'ombre. » Cette jeune femme était surprenante tant par son allure que par sa perspicacité. Remus comprenait la raison pour laquelle Maugrey l'avait qualifié de très bon élément.
« Il est probable que les Géants penchent en la faveur de Vous-Savez-Qui. C'est même certain.» Hagrid avait réussi à trouver assez d'espace pour le contenir au fond de la salle. Le fauteuil dans lequel il était assis s'était affaissé d'une trentaine de centimètres malgré le sortilège de renforcement que Sirius avait pratiqué. Dumbledore leva les yeux sur Hagrid avant de lui demander.
« Rubeus accepteriez-vous d'infiltrer la communauté en tentant de les convaincre que leur intérêt ne se situe nullement dans le soutien de Voldemort ? » Hagrid balbutia, troublé par la demande du vieil homme. Il parvint à répondre de manière affirmative au bout de plusieurs tentatives. La réunion se conclut sur la répartition des divers tâches et autres missions d'infiltration. Il était un peu plus de minuit lorsque Molly et Arthur Weasley sortirent de la maison après avoir longuement remercié Remus pour son année d'enseignement. Il avait rougi aux propos de la petite femme : « quel plaisir de vous rencontrer , les enfants m'ont dit le plus grand bien de vous ! » « Il est si rare d'avoir un si bon professeur dans ce domaine » « Les jumeaux ont faits des progrès incroyables , ils ont eu un Effort Exceptionnel pour le buse de Défense Contre les Forces du Mal. » Lorsqu'il revint dans le salon, Remus vit qu'il restait quelques personnes. Florian parlait à Fol Œil et à Tonks pendant que Diggle aidait Sirius à remettre de l'ordre dans le salon. Ce dernier lança à la cantonade :
« Vous rester dîner ? »
