Des mois après son arrivée au palais, il peinait toujours à se faire aux strictes règles qui l'obligeaient à bien des choses. Messager par nécessité, il devait livrer tous les plis que le Conseil souhaitait transmettre au roi et ne parvenait à le faire rapidement car celui-ci était quelque part dans l'immensité du château. Il n'était là que pour le salaire et pour la sécurité.

Il savait bien qu'un homme comme lui ne trouverait pas sa place dans la ville ou les villages où il avait sévit. Il était satisfait que ses crimes n'aient pas encore été découverts même s'il soupçonnait le roi de tout savoir. Après tout, il volait des biens au palais pour les revendre et il avait tué tant de jeune filles qui s'étaient refusée à lui. Il ne le regrettait pas. Là était son quotidien et ce quotidien lui plaisait.

Parcourant les corridors au pas de course, il arriva à l'aile royale. Il savait bien que cette aile du palais logeait au moins six chambres, toutes réservées au roi et à son entourage. Récemment, l'invitée du roi avait été placée dans l'une de ces chambres. Cela le fit sourire.

Le messager ouvrit une porte au hasard, sans se demander qui serait là, étant sûr de tomber sur une chambre vide. Il découvrit un lit occupé, un balcon ouvert, laissant la brise matinale secouer les rideaux.

Fasciné par la chevelure particulière de la personne endormie, le messager entra sans faire de bruits, s'approchant du lit. Il découvrit une jeune fille qui devait approcher de la vingtaine, à peine plus jeune que son roi... Elle avait de longs cheveux cuivrés, des reflets d'or se dessinant sous le soleil. Elle portait une coupure à la joue, marquant son visage endormi d'un trait rose montrant que la guérison atteignait son terme.

Le messager voulut, inconsciemment, dicté par l'habitude, faire glisser la couverture pour voir s'il s'agissait là d'une femme ou d'une illusion. Avec un peu de chances, il pourrait achever la mission que lui avait confié son cousin sans rencontrer de difficultés. Ses doigts effleurèrent à peine la couverture d'un rouge royal qu'il fut interrompu :

- Écartes toi, messager. Tu risques de la réveiller.

La voix était calme, basse. Le voleur-messager lança un regard a canapé où le roi était assis, son regard sombre posé sur lui, guettant ses moindres faits et gestes. Il posa un genoux à terre, faisant face à Van sans pour autant se risquer à l'approcher.

- Majesté, navré de vous importuner, or le Conseil...

- Le Conseil ne t'a nullement demandé d'importuner mon invitée, le coupa Van, une nette note de colère tintant dans sa voix.

Le messager baissa plus bas la tête, le doute lui contractant le visage.

Le roi de Fanélia se leva, s'avançant vers le messager toujours à terre, front baissé.

Van tira de la poche arrière du messager le pli signé par le Conseil puis un autre papier. Le voleur-messager se crispa, sachant pertinemment ce que le roi avait trouvé dans sa poche. Posant le mot du Conseil sur le lit de Hitomi, Van ouvrit le second pli et lut :

« Cher cousin,

La vie au palais est un luxe ! Je n'ai jamais été entouré de telles richesses, ce qui n'est pas pour déplaire à mes affaires. Les filles de la capitale sont trop honteuses pour parler d'agressions, sois sans craintes . Je ne compte pas m'éterniser, j'ai bien peur que ce roi ait vu sous mon masque. Nous nous retrouvons sous le pont dit ce soir, j'aurai celle que tu veux.

Salutation, Legion. »

Van replia le message, un sourire mauvais étirant le coin de ses lèvres.

- Alors l'enflure qui depuis quelques mois vole l'argenterie en cuisine et agresse plusieurs servantes , c'est toi.

Le messager gardait la tête basse, réfléchissant à toute vitesse, se demandant comment il pouvait fuir le palais en sécurité.

- Tu sais que tous mes chevaliers aimeraient voir ta tête tomber, poursuivit-il avec dégoût.

- Pour de petits vols... Voyons, Majesté, je ne faisais cela que pour survivre ! Je devais...

La voix du voleur montait de plusieurs octaves. Il paniquait. Hitomi marmonna dans son sommeil, se retournant sous ses draps. Le voleur se redressa, osant enfin affronter le regard du monarque.

- Ne sois pas ridicule, le corrigea Van avec froideur. Voler un objet est une chose. Voler la vertu d'une innocente en est une autre.

- Je n'ai jamais...

- Assez de ces mensonges, ta lettre écrite à ton cousin te trahit. Ton entrée silencieuse dans cette chambre est une preuve.

Le messager se mordit les lèvres, s'en voulant d'avoir été subjugué par l'endormie à tel point qu'il n'avait pas remarqué le roi assis plus loin...

- Je vous cherchais, Majesté, reprit-il.

- Et tu as cru qu'en ôtant les draps de cette lady, tu m'aurais trouvé avec plus d'aisance ? Siffla Van.

La voix de celui ci n'avait plus rien à voir avec celle calme et basse qu'il avait tenté de conserver. A présent, la colère prenait le dessus.

- Je...

Van le saisit soudain par le col, rapprochant son visage du sien :

- Oses seulement dire ce que tu comptais lui faire et je jure de te faire voler par ce seulement imaginer que tu aurais pu la souiller, toi, et je te trancherai la gorge. EST CE CLAIR ?

Comme il hurla ces derniers mots, Hitomi se réveilla en sursauts. Elle fut d'abord déçue de constater qu'elle ne dormait plus dans les bras de son amant mais sa déception laissa vite place à la crainte quand elle vit cet inconnu debout près de son lit, tenu par Van. Instinctivement, elle se leva, mettant un maximum de distance entre cet homme et elle, restant dans l'ombre de son aimé.

On frappa à la porte. Van ne répondit pas, son regard dans celui du voleur. Il y lisait une certaine confiance qui le mettait hors de lui. Des gardes entrèrent, sabres au clair. Hitomi soupira, soulagée. Elle avait craint que son amant ne perde son sang froid.

- Majesté, tout va bien ? Nous vous avons entendu crier, nous avons craint une attaque !

Van repoussa le voleur qui s'affala à terre, aux pieds des gardes. Il déclara :

- Il s'agit du voleur et violeur qui sévit dans la capitale depuis deux mois. Enfermez le !

- Majesté, comment...

- Il a tenté de s'en prendre à Lady Hitomi qui dormait et porte une lettre de sa main dans laquelle il se dénonce ouvertement, dit froidement Van alors que deux gardes immobilisaient l'homme à terre pour lui lier les bras, irrités de ce qui aurait pu arriver à l'amante du roi.

Ils sortirent après avoir salué leur monarque et la Lady troublée.

Hitomi fixait Van avec des yeux ronds. Cet homme qu'il tenait fermement un peu plus tôt... Ce type avait tenté de s'en prendre à elle. Et il avait sauvé sa vertu. Il avait sauvé la jeune fille. Elle ne lâchait pas cet être cher des yeux, étonnée de ne pas avoir encore dit mot alors que lui même la fixait, soucieux de son silence.

- Hitomi ?

Elle cligna des yeux, prenant enfin conscience de son état léthargique. Elle sourit, rassurée. Il ne la laisserait jamais tomber...

- Merci, dit-elle en posant un baiser furtif sur ses lèvres.

Il la prit contre lui, ses bras enroulés autour de ses fines hanches et glissa, sourcils froncés :

- Tu n'as pas à me remercier, tu le sais...

- Si... Puisque tu es resté veiller sur ma fièvre, fit-elle en souriant toujours.

- Tu étais consciente, l'accusa-t-il avec une moue rieuse.

- Au début, et si tu es là maintenant, c'est que tu es resté jusqu'au bout, souffla-t-elle.

- J'en suis plus qu'heureux sinon je n'aurai pas coincé cette ordure, lui glissa-t-il dans le creux de l'oreille, la faisant soupirer malgré elle.

Ils finirent par se détacher l'un de l'autre, Van disant en jouant avec une de ses mèches de cheveux :

- Tu devrais te laver et te changer. Merle a prévu de te faire une garde robe dès ton réveil.

- Hmm... Je ne te verrai plus alors, fit-elle avec regret.

- Au repas, je serai là, sourit-il, ému que son absence la chagrine. Hitomi semblait peser le pour et le contre. Elle finit par céder :

- Je dois être convenable à vôtre table, Majesté. Je souffrirai donc de vôtre absence en silence et trouverai une tenue acceptable.

Il grimaça en l'entendant prononcer ses titre et lui parler avec tant de réserve. Hitomi sourit en voyant sa mine renfrognée et posa ses lèvres contre les siennes avant de le quitter pour aller à la salle de bain qui reliait sa chambre par une porte.

Le roi de Fanélia sourit légèrement et s'en alla, lisant le pli du Conseil qui disait que l'esclavagiste nommé Feru avait été aperçu à quelques miles de la capitale par des espions.

Des gardes étaient aux portes de la chambre, ce qui rassura l'amant inquiet et le poussa à rejoindre la réunion qui venait d'être organisée et qui n'attendait plus que lui.

Un chapitre bien plus long et plus ancré dans le corps de cette nouvelle histoire ! Enfin ! Les prochains chapitres vous éclaireront sur ce fameux « cousin » et ce cher inconnu nommé Feru !

Bonne lecture, merci de suivre !