A nouveau cette chambre. Tout en gémissant, Hitomi se releva et eut un petit sourire à la vue de Merle, endormie à son chevet.
Elle lança un coups d'œil à l'extérieur, l'aube n'était pas encore là. La jeune femme s'étira et quitta ses draps sans réveiller son amie. Elle avait oublié comment elle était arrivée là, se souvenant brièvement de sa sortie en ville. En rejoignant le balcon, elle constata que des gardes se tenaient non loin, alors qu'il n'y avait aucune porte à surveiller... Juste son balcon souvent ouvert. Hitomi soupira en s'accoudant à la fenêtre. Elle se demandait ce qui avait poussé Van à devenir sur-protecteur.
Puis des bribes de mémoires la frappèrent. C'était comme si son subconscient avait souhaité effacer ce passage de son existence.
Comme si le simple fait d'y penser laisserait son esprit dans un état second.
Alors, elle se souvint. Ses jambes cédèrent sous elle, la laissant s'affaler sur le sol froid. Elle posa son regard sur ses mains tremblantes, tentant de les rappeler à l'ordre. Des larmes ruisselèrent sur ses joues, au souvenir de ce qui avait fait son quotidien à Tokyo. Même sur Gaia, elle avait la malchance d'être poursuive de plusieurs...
- Hitomi !
Merle accourut, inquiète de trouver son amie dans cet état.
- Oh Merle, souffla Hitomi d'une voix tremblante. Merle, j'ai eut si peur, ils ont failli... Je...
Elle éclata en sanglots, la jeune femme-chat la serrant contre elle, compatissante et attristée. Elle caressait son dos afin de la calmer, disant :
- Je t'en ai voulu de m'avoir laissée. Mais c'est vrai que si nous étions restées ensemble, je ne serai pas là pour en parler.
Hitomi ne commenta pas cette annonce, parfaitement consciente que la femme-chat aurait pu être tuée par simple caprice. Toujours tremblante, elle demanda :
- Van est en colère ?
- Tu ne peux pas savoir à quel point, soupira Merles, ses oreilles sa plaquant soudain contre sa chevelure rose.
- Où est-il ? Tu l'as vu ?
- Pas depuis qu'il t'a déposée ici. Il est sûrement à la salle du trône avec ses généraux.
Hitomi se leva, décidée à rejoindre son amant aux côtés duquel elle se sentait en sécurité. Merles déclina l'invitation de la jeune fille et rejoignit sa chambre pour y dormir encore un peu.
Hitomi remarqua deux gardes à sa porte, ils la fixèrent alors qu'elle fermait la porte de la chambre puis en silence la suivirent à travers les corridors.
Elle soupira intérieurement, pour ne pas les blesser. Ainsi, finalement, Van lui avait affecté des gardes du corps. Elle comprenait son inquiétude. Mais elle aurait aimé ne pas être suivie ainsi par deux hommes qu'elle ne connaissait pas.
Lorsque les deux gardes comprirent qu'elle se dirigeait vers la salle du trône où le roi menait un interrogatoire avec ses généraux, ils paniquèrent, disant :
- Milady, sa Majesté mène un interrogatoire, vous ne devriez pas le rejoindre !
- Mais je... Elle s'arrêta, fixant les gardes qui étaient à ses côtés.
- Les individus qui vous ont agressée seront tous présent, ne vous torturez pas là bas et attendez le roi à votre chambre. Vous y serez mieux.
- Cette grande chambre vide m'angoisse...
- Alors regagnez les jardins, vous les trouverez sûrement apaisants.
- Je ne me sens pas en sécurité. Je veux rester à ses côtés.
Elle savait qu'elle avait l'air d'une enfant capricieuse en disant cela, mais elle tremblait encore à l'idée de finir tuée par un quelconque individu. Et le fait de savoir que la capitale logeait un groupe d'assassins esclavagistes ne l'aidait pas à calmer ses peurs.
- Mais vous ne serez pas en sécurité dans la salle du trône, lady Hitomi, lui dit l'un des gardes avec tristesse, comme s'il n'avait pas voulu lui dire ces mots.
Hitomi lui adressa un sourire aimable, reconnaissante qu'il ait dit la vérité. Elle reprit sa marche vers la salle du trône.
- Que comptez-vous faire, milady, demanda l'autre garde.
- Attendre qu'il ait finit sans le déranger.
- Comment... sourcilla le garde.
Hitomi arrivait déjà aux portes de la salle du trône. Des voix s'élevaient de la pièce fermée. La jeune fille reconnut celle de Van et des généraux qu'elle avait rencontrés. Elle s'assit près des grandes portes, attendant simplement la fin de l'interrogatoire. Les deux gardes se lancèrent un regard entendu et restèrent postés à ses côtés sans commenter.
Hitomi se rendit alors compte qu'elle pouvait entendre ce qui était dit. Au moins, si Van lui mentait, elle serait au courant de tout.
Dans la salle du trône, sans se douter que l'amour de sa vie était assise à terre dans le corridor, Van était assis , las de la résistance inutile de ces hommes. Lui et ses généraux avaient vite compris qu'ils n'avaient pas affaire à de simples malfrats. Ces hommes avaient gardé le silence malgré tout jusque là. Ils semblaient entraînés à subir tout interrogatoire.
Cela faisait plus d'une heure qu'ils étaient là et Van perdait patience, désirant être aux côtés de son amante lorsque celle ci se réveillerait.
- Où se trouve vôtre leader, le prénommé Feru, lança le général Kaze avec patience. Cette question avait résonné dans la pièce des centaines de fois.
- Nous n'avons rien à vous dire, cracha l'homme dont la mâchoire avait été cassée et au visage souillé de sang.
- Si vous collaborez, vous ne connaîtrez peut être que l'exil des Terres Alliées. Mais si vous venez à conserver ce comportement, je vous condamnerai tous à mort, annonça Van d'une voix sombre, sourcils froncés.
- Même le roi ne peut condamner des hommes sans preuves, sourit l'accusé.
- J'obtiendrai ta mort, sois en certain, que ce soit aujourd'hui ou d'ici peu, siffla Van en se redressant sur son trône.
- Oh ! Le roi est en colère ! Pourquoi ? Parce que nos amis font de ta capitale un lieu malfamé ?
Il avoue être de mèche avec les criminels. Ce simple fait les condamne qu'importe qu'ils n'y ait pas de preuves de leur implication.pensait Van.
Les généraux se retenaient de dégainer, leurs poings serrés. Van avait toujours le regard posé sur l'arrogant qui le provoquait. Il savait ce que l'individu attendait : une perte de contrôle. Il ne comptait pas lui accorder ce plaisir. Il voulait mettre un terme à cet interrogatoire afin de rejoindre sa bien-aimée.
- Ou alors sa Majesté m'en veut-elle à cause de cette fille-là...
Les généraux lancèrent un regard agacé au prisonnier, des gardes lui intimèrent le silence. Enchaîné, il souriait, n'obéissant pas, ravi de voir une soudaine lueur éclairer le regard de ce roi qui avait coincé son cousin.
- Oh... J'ai compris. J'aurai dû comprendre un peu plus tôt, cela aurait été tellement... amusant !
- Tais-toi si tu ne veux pas voir voler ta tête, s'exclama le général Kaze, la main sur la garde de son épée.
Le prisonnier l'ignora, poursuivant :
- Ainsi donc, elle est la compagne du roi ! Qui l'eût cru ? Si j'avais su...
Les poings de Van se serraient, ses phalanges blanchissaient. Il sentait une colère profonde le gagner mais il voulait se contenir, ne pas céder...
- On s'amusait bien pourtant ! Nous en veux-tu, roi de Fanélia, d'avoir joué à chat toute la nuit, la faisant courir sans relâche, lui mettant tant de pressions qu'elle est tombée d'épuisement ? Ou es-tu fou de rage car tu aurais pu ne pas arriver à temps pour la sauver. Trop tard pour qu'elle soit indemne, assez tôt pour qu'elle ne soit pas vendue ou sur la liste d'une vente prochaine.
Le général Din, sourcils froncés, se demandait comment son roi pouvait garder son calme alors que tous le savaient impatient et impulsif.
Visiblement, l'influence de la lady sur leur roi n'avait que du bon, cela le fit sourire.
Derrière les portes, assise sur le carrelage, Hitomi serrait ses jambes contre son corps, consciente qu'il avait raison et qu'elle aurait pu ne pas s'en sortir sans l'aide du tavernier et sans l'intervention de son amant... Cette simple idée d'être sur un podium, assistant à sa propre mise en vente lors d'enchères, la fit tressaillir. Ses gardes du corps la comprenaient, attristés qu'elle ait subi une telle épreuve.
- Assez de ton insolence, chien ! tonna le général Hak.
- La séance est levée, demain ils seront jugés et condamnés, déclara Van en se levant et se dirigeant vers les grandes portes. Il passa près des prisonniers comme s'ils n'existaient pas. Le prisonnier à la mâchoire en piteux état lança alors que le roi venait de le dépasser :
- Sais-tu ce qu'elle a dit lorsqu'elle a compris qu'elle ne pouvait plus fuir, bras liés et épuisée ?
Van s'arrêta. Il ne se tourna pas, les généraux ordonnaient déjà aux gardes d'embarquer le reste de la petite bande, irrités que le roi perde finalement patience.
- Sais-tu ce qu'elle a dit se sachant condamnée à être utilisée pour le bon plaisir d'autres ?
Van se retournait lentement vers le prisonnier insolent et arrogant. Il n'avait pas besoin de porter la main à son épée. Il savait bien maîtriser un idiot par le force de ses poings.
Le général Kaze était debout près de son monarque.
Hitomi, toujours derrière, se mordit la lèvre, irritée que cet homme ressorte ainsi ses mots, sachant que son amant allait perdre son contrôle de soi, sachant qu'il avait fait preuve d'une patience immense jusque là.
- Elle a dit, ses yeux émeraude magnifiquement emplis de larmes : « Pardon, Van ... » .
L'entendant prononcer ses mots et les commenter, Hitomi sentit une larme perler sur sa joue. Oui, elle avait failli le perdre et le briser en étant piégée de la sorte et elle s'était excusée...
Sans même avoir le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait, un sourire mauvais illuminant encore ses lèvres couvertes de sang sec, le prisonnier sentit , qu'on l'avait frappé à la tête. Puis ce fut le noir complet pour lui.
Van avait enfoncé son poing droit entre les orbites de cet homme, l'envoyant voler plusieurs mètres plus loin avant qu'il ne s'écrase sur le dos avec un bruit sourd.
Le général Din leva les yeux au ciel, ennuyé de ce qui s'était joué sous ses yeux. Le général Hak sourit de contentement, sachant que si son roi ne l'avait pas fait, il aurait frappé cet homme à la langue bien pendue.
Van remua son poing , ses sourcils froncés par la rage, ses yeux luisants de ressentiment. Il écarta ses mèches noires au reflet brunâtre de ses yeux et tourna le dos au prisonnier inconscient, gisant à même le sol, nul ne se préoccupant de son état de santé. Deux gardes le firent sortir, soupirant en voyant la flaque de sang qui tâchait le sol de la salle du trône.
- Majesté, vous auriez pu le tuer, intervint le général Din, alors que lui , le général Hak et le général Kaze suivaient Van qui marchait vers les immenses portes.
- J'aurai dû le tuer un peu plus tôt dans la soirée, lorsqu'il a tenté d'embrocher Lady Hitomi, lui rappela froidement Van.
- Tuer un prisonnier lors d'un interrogatoire ne nous aidera pas, grogna le général Din.
- Ces prisonniers ne nous aideront pas,ils sont entraînés à se taire.
- Était-ce un raison pour lui mettre un tel coups de poing, soupira la général Din alors que les gardes ouvraient les portes.
Van s'arrêta alors que le général s'engageait dans le corridor. Il adressa au général un regard noir et siffla d'un ton cynique :
- Vous m' excuserez de ne pas laisser un va-nu-pied insulter ma lady et de défendre ainsi son honneur, général.
- Ce n'était pas là ma pensée, soupira le général en inclinant respectueusement la tête. Vous avez agit comme il fallait pour défendre l'honneur de Lady Hitomi mais ce prisonnier nous est vital pour l'avenir de nos recherches.
Le général Kaze s'exclama, joyeux :
- Si sa Majesté n'avait pas agi, je l'aurai fait ! Au moins, cet homme ne fera plus preuve d'arrogance à nôtre égard ou d'impolitesses à l'égard de nôtre Lady Hitomi. Le général Hak sourit à cette remarque.
Alors les regards des quatre homme convergèrent vers un léger mouvement à leur gauche. Ils aperçurent, plus loin, debout , encadrée de deux gardes, la lady dont ils parlaient. Le général Din se demanda vivement si elle l'avait entendu et si elle nourrissait un faux jugement à son égard. Les généraux Hak et Kaze, sentant le malaise de leur compagnon, souriaient légèrement. Van maudissait le prisonnier qui lui avait fait perdre son temps.
- Comment vous sentez-vous, lady Hitomi, demanda le général Kaze en s'avançant, ignorant le regard meurtrier de son roi qui ne voulait pas qu'on parle de son attaque à la jeune fille.
- Bien, j'avais oublié ma nuit agitée à mon réveil, sourit Hitomi.
- Oh ! Pas de traumatisme ! C'est superbe ! Et notre roi qui se faisait du souci, sourit le général Kaze ravi mais sachant qu'elle lui mentait.
Les mains de la jeune fille tremblaient, ses yeux étaient rouges, ses joues humides. Elle ne voulait pas inquiéter son amant plus qu'elle ne l'avait déjà fait. Le général voulut poursuivre dans sa lancée mais le général Hak demanda :
- Comment vont vos côtes ? Le guérisseur n'a pas encore pu vous examiner par peur de faire face à une réaction post-traumatique.
- Elle guériront, assura-t-elle en souriant. Ses deux gardes se lancèrent un bref coups d'œil. Ils avaient remarqué que leur protégée avait gémit en se tenant la hanche lorsqu'elle s'était levée.
Ce bref échange n'échappa à personne sinon Hitomi.
- Mieux vaut vous laisser, Majesté, Milady, conclut le général Din en s'inclinant avec respect et en se retirant, emmenant ses compagnons avec lui. Les deux gardes du corps se retirèrent, sachant que leur présence était dispensable vue que la jeune fille était avec le roi.
Van raccompagna son aimée à sa chambre dans l'aile royale. Il fut ravi d'y trouver un guérisseur sûrement envoyé par le général Din qui regrettait ses mots.
- Hitomi, dit-il avec douceur alors qu'elle s'asseyait sur son lit. Je sais que ce sera dur de laisser quelqu'un te toucher, si tôt après ces événements, mais je t'en prie, laisse au moins cet homme t'ausculter.
Hitomi posa son regard sur le guérisseur. Il ne s'agissait pas d'un inconnu. C'était le vieil homme qui faisait des commentaires inutiles. Elle sourit, hocha la tête, certaine de ne pas mal réagir si cet homme la soignait.
Van se retira près du balcon, gardant un œil attentif sur sa bien-aimée.
D'abord, son menton éraflé fut couvert de baume. Puis, sous le corset à moitié dégrafé, il tâta les côtes abîmées. Il eut le temps de les dénombrer, de les repérer avant que le corps de la jeune fille ne réagisse...
Marqué par la peur qu'elle aurait pu finir sur le marché humain de ce monde, son corps vendu au premier riche venu, l'esprit de la jeune fille réagissait à la crainte et aux souvenirs avec plus de ferveur, ainsi donc les réaction étaient plus vives et insensées.
Lorsqu'une main inconnue tâta son côté, son corps se crispa, son esprit, dicté par la peur et donc à l'imaginaire plus élaboré, fit défiler dans sa tête des images crées de toutes pièces pour l'inciter à s'éloigner.
Le résultat fut horrible pour Hitomi et Van. Elle hurla soudain, se levant d'un bond et se réfugiant dans un coin,ses mains sur sa tête, prête à fuir, poussée par son adrénaline et son instinct.
Le guérisseur posa un triste regard sur Hitomi puis adressa un regard désolé à son roi. Il posa sur la table de chevet un pot de baume, disant :
- Elle a trois côtes cassées mais sans déplacement, essayez d'étaler cela sur la zone mauve de sa peau, cela soulagera la douleur et aidera à la guérison.
Il s'en alla rapidement afin de laisser le roi seul avec son amante, soupirant en reconnaissant les cinq généraux de Fanélia debout près de la porte.
- Que faites vous là, siffla-t-il tout bas.
- Nous aidons nôtre roi. Si le traumatisme est si important qu'elle finit pas fuir son propre amant, nous serons là pour l'empêcher de quitter le château, intervint Hak avec raison, un large sourire aux lèvres.
- Le roi sera fou de rage s'il vous trouve.
Il est trop occupé pour sortir, soupira le général Kaze, une oreille contre la porte.
Ainsi s'achève ce long passage. Finalement, il y a un traumatisme, reste à voir s'il sera surmontable.
Bonne journée, merci d'avoir lu.
Sofia.
