Le vaisseau se posa avec une grondement des moteurs. Le capitaine hélait son équipage alors que les passagers attendaient à la porte que le pont soit baissé. Debout à quelques pas de là, Van attendait que ses invités viennent à lui. Il ne voulait pas s'imposer à eux dès leur arrivée à Fanélia. Après tout, ils venaient assister à l'anniversaire que Merle avait organisé malgré son avis. Et la présence de Hitomi pour appuyer les propos de la femme-chat ne l'avait pas aidée.

Tous les ans, l'anniversaire du roi est une occasion pour le peuple entier de faire la fête. Jamais il n'aurait gâché le plaisir populaire. Mais il aurait aimé que les festivités restent populaires et que le palais ne soit pas retourné pour une telle raison.

A ses côtés, trois généraux étaient debout, las de devoir attendre les invités royaux. Deux des généraux de Fanélia étaient aux côtés de Hitomi pour assurer sa protection. Après tout, la jeune femme avait un don inné pour s'attirer des ennuis et cela n'aidait pas le jeune roi à garde la tête froide.

Milerna et Dryden de Pallas mettaient enfin le pied à Fanélia. Leur dernière rencontre datait d'un conseil de guerre, lorsqu'un comté voisin avait tenté d'envahir le royaume de Fanélia qui se relevait à peine de la Grande Guerre. Cela avait été un vrai calvaire pour les citoyens qui reprenaient à peine goût à la paix. Heureusement, les affronts n'atteignirent jamais la cité royale et les troupes alliées repoussèrent rapidement l'ennemi qui n'était pas bien puissant, juste ambitieux.

-Van ! S'exclama Dryden en s'avançant, lui serrant la main d'un air ravi.

-Cela faisait longtemps, Dryden, Milerna, sourit celui ci en les invitant à le rejoindre à l'intérieur.

-Deux mois que des rumeurs circulent ! Vas-tu enfin nous dire si les ragots disent vrais, lança la reine de Pallas avec un sourire impatient.

Bien sur, le roi impulsif comprit vite de quoi elle parlait. Il était même irrité que la rumeur ait atteint Pallas, alors qu'il aurait aimé que les partisans de Zaibacher ne soient pas informés.

-Oui, il y a de cela deux mois, Hitomi a été trouvée dans la cour du palais en piteux état, soupira Van. Cette scène était marquée dans son esprit, comme celle du départ de son aimée, trois ans plus tôt.

-Et pourquoi ne pas nous avoir prévenus, accusa Dryden avec malice.

-A cause de l'esclavagiste qui sévit dans la capitale et qui a frappé trop souvent en deux mois, expliqua Van alors qu'ils traversaient les jardins pour rejoindre le salon où le général Din et le général Jiyu tenaient compagnie à Hitomi.

- Quel est le lien entre ce malfaiteur et nôtre amie, sourcilla Milerna . Et puis, pourquoi diantre était-elle en piteux état ? Elle se porte bien au moins ?

Van sourit légèrement en décelant une pointe d'inquiétude dans la voix de son amie et alliée. Il dit :

-Nous parlerons de l'affaire de l'esclavagiste lors de la réunion du conseil. Il y a bien des choses que vous devez savoir.

-Bien, sinon, explique nous pourquoi Hitomi se serait retrouvée dans la cour du palais dans un état tel que tous à Pallas la croyaient revenue d'un pays en guerre, lança Dryden, ignorant les regards noirs de son épouse.

-Sur la Lune des Illusions, Hitomi avait un travail risqué.

-Plus risqué que celui des chevaliers, lança Milerna, curieuse.

-Tout autant. L'État voulait la voir tomber, et pour ce faire a envoyé des assassins la pourchasser et l'éliminer, expliqua Van. Son ton s'assombrissant tout au long de son explication.

-Ne me dis pas que, souffla Milerna, une main sur sa bouche.

-Si, lorsque le pilier de lumière l'a envoyée à Fanélia, il a aussi emmené ses assassins qui étaient sur le point de l'achever. Elle a gagné assez de temps pour que j'arrive et que moi et mes généraux immobilisions ces hommes.

-Elle s'est remise de ses blessures au moins, demanda la reine blonde, ses instincts de médecins prenant le dessus.

-Oui, bien sûr, j'y ai veillé, sourit Van alors que les trois personnalités royales arrivaient à un salon.

Assise à une table, un livre sous les yeux, ses sourcils froncés à cause des deux généraux qui s'étaient installés à ses côtés, une jeune femme à la chevelure de miel portant une légère robe blanche sans manche, disait :

-Général Din, je vous somme de ne pas faire ce genre de remarques alors que je lis.

-Il ne s'agit là que de la vérité pourtant, fit le dit-général avec une mine sombre.

-Or j'ai raison et le sais alors cessez de me contre-dire.

Elle avait levé les yeux de son ouvrage, nul dans le salon n'avait remarqué l'arrivée des trois personnalités royales.

-Ma chère lady, en tant que l'un des Cinq Généraux de Fanélia, protecteurs de la famille royale, je ne puis vous laisser tenir de tels propos, qu'importe que vous pensiez ou non avoir raison, la reprit-il.

-Où sont les vérités dans vos dires ? Je suis indigne et je suis remplaçable ! Alors ne me faites pas espérer inutilement !

-Oh ! Vous espérez donc vous tromper ! Et vous vous trompez ! Vôtre espoir est une réalité ! Et je jure de trancher le premier roturier qui dira du mal de vous, milady.

-Cessez de jouer la comédie, je ne serai pas l'amie proche du roi éternellement et bientôt vous oublierez mon nom.

-Encore une erreur ! Car en trois ans seul votre nom a fait brillé le regard de notre monarque et seul votre pendentif lui rappelait qu'il devait aller de l'avant !

-Comment... Comment pouvez-vous savoir pour ce pendentif ? S'exclama la jeune femme, ses joues colorées.

-Oh, je sais bien des choses, milady. Comme le fait que vous parlez dans votre sommeil et relatez des fais intéressants.

-Non ! Vous avez osé m'entendre parler dans mon sommeil ? Comment avez-vous pu ?

-Je ne suis pas le seul, voyons.

-Les Cinq Généraux ont fait cela ? Nom de Dieu ! Comment avez-vous osé ?

-Voyons, veiller sur vous implique que nous sommes présent lorsque vous êtes la plus vulnérable possible. Et lorsque vous ne dormez pas dans les bras de sa Majesté, il faut bien que vous restiez en sûreté...

-Taisez-vous ou je vous fait avaler cet ouvrage, siffla Hitomi, sentant la gêne lui colorer encore plus les joues.

-Bien, ma dame, sourit le général Din en inclinant la tête.

Alors, ils remarquèrent les trois nouveaux arrivés dans la pièce. Hitomi adressa un regard lourd de reproches aux généraux Din et Jiyu qui avaient sûrement remarqué son amant mais l'avaient laissé poursuivre dans sa lancée.

-Vos Altesses, salua le général Jiyu en se levant et en s'inclinant face aux souverain de Pallas.

-Vous pouvez disposer, généraux, vous saurez quand elle se retrouvera seule, soupira Van, ayant entendu ces propos des la bouche de sa bien aimée trop souvent. Ils s'en allèrent donc, jurant à Hitomi qu'ils ne la laisseraient pas seule, lui faisant lever les yeux au ciel.

Milerna sa hâta de serrer son amie dans ses bras, ravie d la revoir après trois longues années d'absence. Elle effleura du bout des doigts la cicatrice à l'épaule droite de son amie, étonnée de voir des traces de brûlure autour de la plaie, ne sachant pas que les armes de la Lune des Illusions étaient bien plus sophistiquées et violentes que les leurs.

Dryden serra chaleureusement la main de la jeune femme, soulagé de la revoir, las de voir Van rejeter toutes les prétendantes qui lui couraient après depuis un an et demi déjà. Ils s'installèrent tous autour de la table pour discuter.

-Que faites-vous à Fanélia, Hitomi ? Je vous croyais attachée à vôtre planète, lança-t-il avec tact, ignorant le regard assassin que Van lui lançait et le soupir agacé de son épouse.

Hitomi eut un triste sourire. Elle dit :

- Hmm... J'avais cru que je serai à ma place aux côtés des miens. Finalement, ils sont ceux qui m'ont abandonnée lorsque le monde s'est retourné contre moi. J'ai, sur ma planète, écrit des articles mettant en avant les réalités politiques et sociales que l'État tait. Ces actions n'ont pas plu à plusieurs dirigeants du monde de l' illégal ou du légal. Bref, ma tête a rapidement été mise à prix sur le marché noir et de nombreux assassins et gangs ont tenté de me tuer.

- Donc, vous ne comptez pas retourner là bas, conclut le roi de Pallas.

- Non, j'aimerai rester sur Gaia et je resterai tant que cela ne sera pas une gêne, fit-elle en souriant.

- Si Fanélia ne veut plus t'accueillir, tu seras la bienvenue à Pallas, s'amusa Milerna avec un large sourire innocent.

- Comme si Fanélia pouvait lui refuser hospitalité, grogna Van avec humeur.

- Tu sais bien, Van, que je finirai par devoir quitter ton palais, soupira la jeune femme.

- Personne ne te chassera de Fanélia, sois en certaine. Le conseil reste sous les ordres du roi et que je sache, je suis le roi. Alors ils ne feront rien qui ne me conviendrai pas.

- Qu'a encore fait ce conseil de vieux croulants, gronda Dryden qui ne supportait pas ces vieux hommes se croyant tout permis.