Van adressa un regard noir au nouvel arrivant en se mettant lentement en position assise. Hitomi, le feu aux joues, saisit la cape de son amant et la jeta pudiquement sur son corps.

Le nouvel arrivant était un soldat qu'elle n'avait jamais croisé. Il fut troublé et amusé de trouver le roi là, encore plus en découvrant que la dame du roi n'était pas vêtue !

- Oh ! Je... Vous...

- De-hors, gronda Van en détachant chaque syllabes.

Le soldat ne se fit pas répéter, sortant plus vite qu'il n'était entré.

Hitomi soupira, lasse et retira la cape de son amant pour la lui rendre.

Il sourit, la reprit et dit en posant un ultime baiser sur ses lèvres :

- Je 'attendrai devant ta chambre, change toi et nous irons déjeuner.

Lorsque dix minutes plus tard elle avait enfin enfilé une robe couleur crème et coiffé ses long cheveux, Hitomi sortit. Elle fut amusée de trouver Van adossé au mur, sa main instinctivement posée sur son épée. Il s'était changé, plus vite qu'elle...

- Désolée d'avoir traîné, fit-elle en le rejoignant.

- Oh, ne t'en fais pas, tu as fait vite.

Elle prit le bras qu'il lui tendait et bras-dessus, bras-dessous, ils allèrent déjeuner.

Milerna et Dryden étaient déjà installés aux côtés de Merle. Les cinq Généraux étaient postés près des sièges de Van et Hitomi. Ceux-ci s'installèrent et les discutions reprirent.

Après avoir annoncé qu'ils comptaient se rendre à Freid pour y tenir une réunion avec Cid au sujet des esclavagistes qui avaient frappé Fanélia après avoir sévit à Pallas, Dryden et Milerna se retirèrent.

Le soldat qui avait un peu plus tôt fait irruption dans la chambre de Hitomi arriva. Il n'osait pas croiser le regard noir du roi. Il planta ses yeux argentés dans l'émeraude des prunelles de la jeune femme aux joues soudain bien colorées et dit :

- Lady Hitomi, vous avez reçu une missive d'un anonyme que vous devriez lire au plus vite.

Elle fronça des sourcils. Nul ici n'avait de raisons de lui écrire, surtout pas anonymement. Il lui tendit une enveloppe assez épaisse.

Sous les regards de Merle, de Van et des Généraux, elle prit l'enveloppe, l'ouvrit.

Elle jeta un bref coups d'œil à l'intérieur et jeta aussitôt le paquet loin d'elle. Son regard luisant de colère et de crainte se posa sur le soldat. Elle siffla :

- Vous saviez ! Pourquoi m'avoir quand même donné ce paquet ?

- Parce que...

Le général Blue ramassa le colis, il le vida sur la table et le contenu s'y étala. Merle plaqua ses oreilles contre sa tête, feulant de colère.

Un petit colibri couleur miel éventré gisait sur la table, autour du cou pendait un petite pancarte portant les mots :

« Hitomi Kanzaki » .

Van qui s'était levé posa son regard flambant de colère sur le soldat qu'il n'avait jamais croisé. Travaillait-il seulement au palais ?

- Qui vous a ordonné d'envoyer ce cadavre d'oiseau éventré à la lady ici présente, demanda le général Kaze avec sang-froid en couvrant le petit corps d'un essuie.

- Sinon on m'aurait renvoyé... Je devais le faire... Et puis, cela ne l'a pas mise en danger alors...

- Pas mise en danger ? On lui envoie le cadavre d'un oiseau portant son nom et vous pensez qu'elle n'est pas en danger ! Tonna Van avec fureur.

- Qui t'a envoyé, demanda le général Din alors que ses quatre camarades encadraient le soldat.

- Ne le brusquez pas, il obéissait seulement aux ordres, commenta Hitomi qui craignait que le soldat sur le visage duquel se lisait une peur intense ne soit trop sévèrement puni.

- Ben voyons, et les esclavagistes n'agissent que pour subvenir à leurs besoins tant qu'on y est, soupira Merle en levant les yeux au ciel.

- Non, il pensent agir pour la continuité de l'Histoire, fit-elle avec un sourire innocent.

Pendant ce temps, le soldat essayait de s'éloigner des Généraux. Van était debout, les fixant, attendant une réponse, un nom.

- Je ne peux pas... Il..

- Un homme, c'est déjà ça de gagné, fit Hitomi en souriant.

Le soldat profita de cette inattention des Généraux et quitta la pièce en courant. Van leva les yeux au ciel, exaspéré alors que les Généraux juraient haut et fort en se lançant aux trousses du soldat.

- Hitomi, Merle, prenez garde à vous, le palais peut être infiltré, lança le roi en se lançant à la suite des Généraux.

Les deux amies restèrent un moment dans la pièce vide puis quittèrent chacune de son côté. Merle devait recevoir des missionnaires des clans des hommes-animaux. Hitomi se trouva rapidement un ouvrage en bibliothèques où elle s'installa.

Elle avait décidé d'en apprendre plus sur l'histoire de Fanélia. Elle ne savait rien sinon le passage de la Guerre de Destin, la Grande Guerre. Jamais elle n'avait trouvé de vraies informations sur Gaia chez elle à Tokyo. Les rares informations qu'elle avait collectées appartenaient à un service de renseignement au service d'une immense alliance de grands patrons. Des Parrains, des Pdg, des ministres se partageaient ces bribes d'informations sur cette planète mystérieuse nommée Gaia et abritant une technologie robotique impressionnante. Bien sur, Hitomi avait vite fait de détruire leurs données sur les Guymelefs, s'interdisant à laisser ces engins être utilisés pour les guerres terriennes. Les dégâts matériels et les pertes humaines n'en seraient que trop importants.

Les contes premiers de Fanélia parlaient de rois belliqueux ayant agrandis leurs territoires grâce à leur force et à leur diplomatie.

Jamais le peuple n'avait levé le poing contre son monarque. Jamais le monarque n'avait fait fi des besoins de son peuple. Et ce respect mutuel liait la famille royale de Fanélia à son peuple depuis la création du royaume. Ainsi donc, après les difficultés rencontrées par le royaume le peuple n'avait jamais perdu foi en son roi. La royauté de Fanélia avait quelque chose d'unique qui touchait Hitomi. Elle comprenait à présent la lueur de respect qui brillait dans les regards de ceux qui croisaient la route de Van.

Elle tomba sur un passage parlant de la composition de la famille royale. Elle lut alors que les reines de Fanélia avaient toujours bénéficié de cinq protecteurs surnommés les Cinq Généraux. Protecteurs de la reine en cas de danger, de la capitale si la reine leur ordonnait de quitter son sillage. Ils étaient le soutien du roi en cas de bataille, plus loyaux que tous les serviteurs, ils étaient parmi les plus puissants du royaume. Leur puissance dépassait celle des Chevaliers de Pallas.

Jamais on n'avait vu les Cinq Généraux se faire écraser ou faillir à leur tâche.

Une seule fois dans l'Histoire du royaume, la reine avait connu une mort atroce. Épouse de l'un des derniers rois Conquérants, avant la paix des Alliances, elle avait été enlevée par un seigneur de la guerre qui avait pensé détruire le roi belliqueux en lui arrachant son âme sœur avec violence.

La reine avait été ligotée à un piquet de bois, devant assister à la bataille qui faisait rage. Et lorsque son roi avait réussit à l'atteindre, son épée rougie et son armure souillée, une pluie de flèche eut frappé la reine, la tuant d'un coups au cœur. Fou de douleur, le roi fanélien avait ordonné à ses troupes d'écraser l'ennemi, ce qui fut fait à une vitesse prodigieuse, la douleur de la perte de la reine ayant ravivé leur volonté au lieu de l'anéantir.

Le seigneur de la guerre avait alors vu son échec. La mort de sa reine n'avait pas anéanti son ennemi : Elle avait condamné son armée . Décapité par le roi régent de Fanélia, il avait ri de sa défaite.

Hitomi voyait ses mains trembler. Elle n'avait jamais pensé que les ennemis de Fanélia puissent s'en prendre à l'entourage du roi pour l'atteindre. Même les samouraï de l'histoire de son pays, le Japon, ne se rabaissaient pas à de telles pratiques.

Elle acheva sa lecture sur l'histoire de la dernière reine qui avait des origines atlantes et du sang draconien dans les veines. Jamais la reine n'avait été l'objet de critiques même si son rang social n'était pas accepté par les conseillers qui à plusieurs reprises, d'après l'ouvrage, avaient tenté de la tuer avant le mariage.

Hitomi poursuivit, sourcils froncés.

Le Conseil n'avait jamais avoué, mais de nombreuses preuves les pointaient jadis du doigt. Ils auraient tenté de s'opposer au mariage de manière diplomate puis au fur et à mesure des refus d'ententes du roi, ils avaient trouvé une stratégie. Ils avaient tenté de tuer la futur-reine à plusieurs reprises et l'avaient rabaissée autant que possible, la traitant avec autant d'égard qu'un prisonnier. Le roi de l'époque, père de Van, avait failli les condamner à mort lorsqu'il avait découvert des marques sur les bras de sa promise...

Hitomi ferma le livre historique, trop secouée pour se concentrer dans le lecture d'un nouveau chapitre.