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Assis à un table bien garnie qu'ils ne comptaient pas payer, une vingtaine d'hommes déjà ivres hurlaient à qui voulait l'entendre qu'il étaient au service du plus grand ennemi d'un roi, une vraie tête couronnée ! Leurs esprits embrumés par l'alcool, leurs armes à portée de main, il ne faisaient plus attention aux supplications du gérant qui leur demandait de partir depuis des heures.

La présence d'ivrognes violents n'aidait pas ses affaires. La majorité des voyageurs qui s'arrêtaient là se faisaient détrousser et partaient en rampant pour leurs vies.

Bien sur, si les ivrognes comptaient payer, cela l'aiderait. Mais s'ils partaient sans payer, le gérant serait ruiné... De plus, sa seule servante avait quitté une heure plus tôt lorsque des ivrognes l'avaient harcelée et que son patron n'avait pas voulu l'aider, ne voulant être impoli avec ses clients. A ce moment là, il ne savait pas que ces clients ne comptaient pas déposer un sous...

La porte de l'auberge s'ouvrit, une voix argentine disait :

-Oui ! Oui ! Je vais juste commander de la viande, nul besoin de m'accompagner...

Elle tourna son visage vers la pièce principale de l'auberge où mangeaient les clients. Elle battit des paupières à plusieurs reprises, comme pour se demander pourquoi un silence de plomb était tombé. Sans se laisser distraire plus longtemps, elle se faufila jusqu'au bar où elle annonça :

-Bonjour ! Mes amis et moi campons non loin, la nuit va bientôt tomber. Pourriez-vous nous porter trois veaux en broches que nous cuirons nous même sur le feu et...

Elle s'interrompit. Une main faisant la taille d'un ananas avait emprisonnée la sienne. Elle leva les yeux vers celui qui s'était levé, son regard glacial. Il était costaud, brun et ses yeux bleu étaient rougis. Il était ivre et sous l'effet de stupéfiants, elle le voyait bien. Elle lança :

- Lâchez ce bras.

- Tiens nous donc compagnie, petite !

La prise se raffermit. La jeune voyageuse saisit alors la poêle brûlante et pleine d'huile dans laquelle le gérant cuisait des tranches de lards et frappa de toutes ses forces l'homme à la tête, éclaboussant tout le monde d'huile brûlante.

A son grand étonnement, il n'émit pas un son, gardant son regard braqué sur elle. Son autre main fut saisie par un autre ivrogne. La jeune fille grogna de colère face à sa situation.

Elle se retrouva de manière inconnue affalée sur la table, les débris de vaisselle qui n'étaient pas tombés au sol lui écorchaient la peau. Elle se débattait contre ses agresseurs, estomaquée de voir le gérant inactif !

- LÂCHEZ MOI ! Hurlait-elle en remuant comme une forcenée. Elle réussit à asséner un coups de pied dans la mâchoire de celui qu'elle avait brûlé avec l'huile. Cela le rendit encore plus irritable.

Les portes de l'auberge s'ouvrirent avec fracas. Six hommes firent leur entrée, sourcils froncés, sabres au clair, leurs sombres capes de voyage flottant derrière eux. Le grand brun de tête s'arrêta face à la table. Il ordonna avec une autorité remarquable :

- Ôtez vos sales pattes d'elle. TOUT DE SUITE !

Effrayés par ce cri si puissant venant d'un homme si jeune, les ivrognes sursautèrent, s'écartant d'un même geste de la table.

La jeune voyageuse se posta près de son compagnon de route, retirant les débris de verre qui étaient dans sa peau avec des mains tremblantes.

- Milady, allez-vous bien, demanda l'un des hommes.

- Oui, allons dîner, ces hommes ne valent pas la peine que vous coûtera un combat, fit-elle en prenant le bras du jeune homme à la chevelure sombre, tentant de le tirer vers la sortie.

Deux des hommes armés prirent ce que la jeune fille avait commandé au gérant alors que celui-ci comprenait lentement qu'il n'avait pas à faire à de simples voyageurs.

Il tenta le tout pour le tout, voulant faire payer plus que raisonnable à ces hommes armés qui avaient déboulé comme un homme pour aider cette gamine.

- Pour les deux veaux, je vous demande 50 pièces d'or !

Le prix était exorbitant. Jamais on ne trouverait de veaux si chers, même dans une capitale. L'un des deux hommes au bar lança :

- C'est bien trop cher pour la qualité de cette marchandise. Ne tente pas de te jouer de nous, aubergiste.

- Vous arrivez ! Mettez une pagaille impossible sans parler de cette souillon qui agresse mes clients et vous osez me dire ça, hurla l'homme.

- Qui est la souillon, explosa la jeune fille qui avait lâché son compagnon pour s'avancer vers le bar à grands pas. Je me suis défendue contre ces brutes alors que VOUS n'avez pas remué un cil pour me sauver !

- Je savais qu'ils ne feraient rien , alors ne te plains pas, gamine !

- Ils en auraient finit avec moi sans l'intervention de mes amis, aboya la jeune fille en frappant son poing contre la table. Les grand brun autoritaire tressaillit d'horreur à cette idée.

- Et ils auraient du ! Cela t'aurait appris à rester à ta place et à la fermer !

La main de la jeune fille claqua bruyamment contre la joue du gérant qui dressa le poing pour la corriger mais qui fut immobilisé par l'homme qui avait refusé de payer.

- Je ne ferai pas cela à vôtre place, siffla l'homme, sa main retenant le poing prêt à partir. Le grand jeune homme brun avait son épée bien en main, soudain bien proche du gérant.

- Qui m'en voudrait de corriger une peste insolente, gronda le gérant sans prêter attention au regard noir que l'insulte avait allumé chez la jeune fille en question.

- Quand on ne sait pas à qui on s'adresse, il vaut mieux garder ses impolitesses en poche, lui conseilla le même homme.

La jeune fille posa sur le comptoir deux pièce d'or et se dirigea vers la sortie en compagnie des deux hommes, prenant soin de traîner avec elle son compagnon qui n'avait pas lâché des yeux les ivrognes et le gérant, une expression meurtrière sur le visage.

- C'est pas assez ! Aboya le gérant alors que sortaient les clients.

A leur retour au campement, le petit groupe fut ravi de voir le feu allumé. Ils y installèrent les deux broches de veau, laissant la viande cuire. Les soldats qui étaient restés au campement poussèrent un soupir de soulagement à la vue de la lady saine ( ou presque) et sauve.

- Général Blue, que s'est-il passé, demandait un soldat alors que le Général Din bandait les mains de la jeune fille après avoir bien vérifié qu'il n'y avait plus d'éclats de verre dans les plaies. Celle-ci le remercia en souriant lorsqu'il eut finit et rejoignit son amant qui s'était assis près du feu, son regard perdu dans les braises.

Elle le trouva en colère, soupira, ennuyée d'avoir encore été sujet d'inquiétudes. Elle ne dit rien, se contentant de glisser sa main dans la sienne , rassurée qu'il la presse doucement , et resta près de lui.

Le Général Blue qui desserrait les sangles de la selle de sa monture, expliqua :

- Il y avait quelques ivrognes trop confiants à l'auberge.

- Mais nous l'avons entendue hurler, d'où vôtre intervention pourquoi ?

- Ils avaient agressée Lady Hitomi. Et le gérant ne semblait pas prêt à intervenir.

- Il avait peur ?

- Plutôt envie de ne pas perdre ses clients, grogna le Général avec une pointe de dégoût dans la voix. Les soldats froncèrent des sourcils, leurs miens sombres, certains qu'ils auraient du accompagner la protégée du roi dans ce lieu.

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