La nuit ne tarda pas à couvrir le campement d'un manteau opaque. Quelques soldats montaient la garde. Hitomi dormait, enroulée dans une couverture, près du feu. Van s'était assoupi près d'elle, son épée bien en main. Les Cinq Généraux dormaient d'un sommeil léger non loin, de l'autre côté du feu. Aucune tente n'avait été dressée, la perspective qu'on puisse les enflammer avait poussé la jeune fille à dormir à même le sol.
Plusieurs soldats, appuyés par Van et les Généraux, avaient insisté pour qu'elle prenne une chambre à l'auberge. Elle avait pesté qu'elle préférerait dormir sous le vent et la pluie plutôt que sous le toit de ce grossier gérant.
Vers deux heures du matin, peu avant l'aube, les ivrognes quittaient à peine l'auberge. Ils titubèrent sur la route, se lançant de vives bourrades et riant grossièrement. Il distinguèrent le feu du campement plus loin et, comme attirés par la lueur, se dirigèrent vers les voyageurs. La première sentinelle siffla doucement quand du haut de son arbre elle repéra le groupe armé et ivre. Les soldats montant la garde se tournèrent vers les arrivants, leurs mines sombres.
Profiter de votre feu, il fait si froid, ria un homme.
- Regagnez l'auberge si vous avez froid, nous ne pouvons vous laisser déranger nos compagnons endormis, annonça un autre soldat.
- Voilà qui est fâcheux... Le gérant a fermé boutique. Nous ne comptons pas réveiller sans raison vos compagnons.
- Eh bien, trouvez donc une autre auberge, les routes en grouillent. Vous y serez mieux installés.
- Nous voulons aller près de ce feu.
- Quelle volonté. Qu'a notre feu de si spécial ?
- Peu de feu réchauffent une jeune insolente endormie, sourit l'homme avec malice.
Le poing serré autour de la garde de leurs épée, les cinq soldats qui faisaient face aux ivrognes eurent malgré eux un frisson d'horreur en pensant à ce qui pourrait arriver à la protégée du roi.
- Assez de cette insolence, partez avant tout cela ne tourne mal, gronda un soldat.
- Si ça tourne mal, ce sera pour vous, pas pour nous, aboya l'ivrogne en dégainant une grande épée et en l'abattant sur le sol, où le soldat était un instant plus tôt. Tous les soldats avaient bondi en arrière, sabres au clair, prêts à combattre ce groupe de brigands.
Ceux ci avaient encerclé le campement, si bien que chaque soldat faisait face à au moins deux adversaire et donnait le dos à ses camarades endormis. Ils les alertèrent, poussant un cri, alors que les brigands chargeaient.
Animés par les années d'expérience et leur instinct, les soldats endormis bondirent sur leurs pieds pour parer un assaut. Bien sur, chaque garde ne pouvant retenir qu'un brigand, le campement fut rapidement envahi.
En entendant hurler, Van avait lui aussi bondit sur ses pieds, son regard vif embrassant la situation délicate dans laquelle se trouvaient ses soldats.
Hitomi, habituée à se réveiller au moindre bruit suspect ou cri, s'était redressée en sursauts, sa main se portant instinctivement à sa ceinture où elle ne trouva aucun pistolet puis au carquois qu'elle n'avait pas. Elle vit Van aux prises avec un des ivrognes de l'auberge. De l'autre côté du feu, les Généraux s'apprêtaient à se mêler aux combats. Ils s'abstinrent, leur devoir principale les rappelant à l'ordre.
D'une roulade, Hitomi avait évité de se faire embrocher par le brigand qui avait percé les défenses se son amant occupé pour l'atteindre. Elle lui envoya violemment une pierre contre la tempe, le faisant gronder de douleur. Il tendit le bras vers elle. Accroupie après sa roulade, la jeune fille bondit en arrière et fut aussitôt prise en charge par les Généraux qui de quelques coups judicieux, assommèrent le brigands ivres.
- Protégez la, ordonna Van à ses Généraux en allant aider quelques soldats pas très éveillés qui étaient en mauvaise posture.
- Voyons, l'ordre ne devrait même pas être lancé, soupira le Général Din avec un air blasé.
D'un coups sec dans les jambes, Hitomi tacla le brigand qui tentait de percer les défenses des Généraux qui formaient un cercle défensif autour d'elle. Pas armée, inutile au corps-à-corps, la jeune fille devait se contenter de regarder son amant combattre comme lors de la Grande Guerre et cela l'angoissait.
Dictée par son instinct, elle se laissa soudain tomber à terre. Les Généraux pivotèrent. Un poignard eut juste l'opportunité de lui érafler le front, elle l'avait évité de peu...
Repérant le lanceur, le Général Blue s'en chargea. Le reste des trouble-fêtes avait été ligoté à un arbre. Les soldats essuyaient leurs lames souillées et reprenaient leurs souffles. Van examina son équipe d'un œil critique, ravi de ne voir aucun soldat blessé. Alors, il se tourna vers les Généraux qui près du feu, s'étaient penchés au dessus de la jeune fille.
Alarmé, Van se hâta à ses côtés pour la découvrir à moitié affalée à terre, une main sur son front ruisselant de sang. La plaie était profonde, cela inquiétait le roi soucieux.
- Van ! Je t'en prie ! Ne me fais pas cette tête, soupira la jeune fille en essuyant le sang souillant sa figure de quelques gestes rudes.
Le jeune roi fronça des sourcils, remarquant qu'elle faisait n'importe quoi. Il grogna de colère en voyant les Généraux rire aux éclats. Le Général Kaze, essuyant une larme due à ses rire, tendit un morceau de tissu à l'amante du roi pour qu'elle nettoie convenablement sa blessure.
