Hitomi avait oublié l'existence de ses ailes, ce qui étonnait Mylerna et Dryden. Mais elle n'avait pas oublié son incapacité à se défendre par ses propres moyens. Cela l'avait marquée.

Elle se mêla aux soldats qu'elle connaissait, ceux de l'escorte, les rassurants, leur priant de la laisser seulement essayer. Ils hésitaient, fatalement. Elle les comprenait, son amant savait se montrer effrayant quand il était en colère.

A force d'arguments et de persuasion, elle parvint à les convaincre qu'elle ne risquait rien si un Général de Fanélia pilotait le guymelef qui lui ferait face. Ils avaient peu confiance en la délicatesse des soldats de Pallas, les savants à bouts de nerfs à cause des nouvelles exigences militaires du roi suite à l'accroissement constant du nombre des troupes de l'ancien Zaibach. Il était impossible de localiser ces individus qui étaient éparpillés, attendant que l'ordre soit donné pour se rassembler.

Van était certain que les esclavagistes qu'ils cherchaient étaient liés à cela et tous ces liens l'irritaient.

Grimpant dans le cockpit du guymelef qu'on lui avait amené, Hitomi s'installa, passant ses bras dans les étranges tubes à cet effet, sentant les serres du guymelef lui entourer les jambes. Elle tressaillit en sentant cela, se disant qu'elle aurait dût mettre un pantalon plutôt qu'une jupe courte pour s'entraîner. Ses yeux examinant tout ce qui l'entourait, Hitomi sentit un petit vent l'effleurer lorsque le cockpit se referma. Elle bougea sa jambe droite, fut amusée de constater que la machine d'une taille disproportionnée avait fait un pas en avant. L'immense main d'acier et de cuir saisit l'épée qui était accrochée à son jointures semblaient vieilles, elle n'aurait pas autant de liberté de mouvement que Van aux commandes de Escaflowne, elle en était certaine et attristée.

- Milady, nous allons faire quelques mouvements de base pour que vous vous habituiez à vôtre melef, fit le Général Hak qui s'était porté volontaire pour répondre à ce caprice. Il est le Général le plus habile en pilotage aussi.

- Des katas ? Fit-elle, étonnée d'entendre sa voix être retransmise par le melef. Le Général hocha la tête. Ils se mirent en position, côte à côtes, exécutant quelques séries. Le Général corrigeait ses erreurs, sa posture, sa poigne sur l'épée. Elle fut rapidement plus précise, ses mouvements devenant plus fluides, moins contrôlés ou relâchés.

Rapidement, elle se lassa des katas répétitifs. Après une heure et demi à suivre tout ce que lui disait le Général, elle réclama un combat. Elle voulait se défouler. Elle voulait savoir si oui ou non elle serait capable de se maintenir en vie si jamais on s'en prenait à oui ou non elle serait un fardeau pour son aimé ! Car elle ne voulait pas endosser ce rôle de l'époque où elle se contentait de se ronger les sangs et de pleurer les morts et blessés ! Elle voulait être utile !

Le Général Hak hésita face à sa demande. Il avait bien sûr confiance aux réflexes de la jeune femme mais il craignait malgré tout bien peur de la voir se blesser ou être blessée. Sous les regards résignés de ses camarades, il céda à sa demande. Hitomi jubilait ! Elle pourrait avoir une idée claire de sa faiblesse et de ses portes de secours si jamais il lui arrivait malheur. Car elle ne voulait pas que son amant soit blessé en tentant de la protéger. Elle craignait que cela n'arrive et ne voulait surtout pas le vivre.

En position, face à face, alors que la moitié des soldats de Pallas les regardaient, que Dryden avait levé les yeux de sa traduction pour les poser sur le terrain d'entraînement, bouche bée et que Mylerna à la fenêtre de sa salle de classe hurlait maints jurons, les guymelefs attendaient, épée brandies.

Un seconde. Un battement de cils. Il frappa.

Elle para, sa lame se frottant à celle de son adversaire avec une pluie d'étincelles qui dans sa lancée ne s'était pas arrêté. Elle frappa de haut. Il roula sur le côté, envoyant du sable sur tous ceux qui assistaient au combat du sol. Les Généraux étaient debout sur le balcon de la salle de réunion, analysant les moindres actes. Ils en avaient oublié le fait que leur roi ne savait rien de cet entraînement. Ils sentirent un frisson leur parcourir l'échine lorsque le regard écarlate, teinté de marron de leur monarque leur transperça le dos. Ils eurent un sourire aimable, disant :

- Majesté ! Alors cette réunion ? Passionnante ? Fit le Général Din en riant.

- Assez... L'extérieur m'a tout autant passionné puisqu'il me semble, bien que je ne sois pas certain que cela soit possible et que je souhaite que ce soit impossible que dans ce melef argenté se trouve Hitomi, fit Van avec froideur.

- Elle s'entraîne, rien de plus, signala Allen avec amertume et ironie en rejoignant le balcon.

- Évitez de vous mêler de cela, chevalier, siffla Van qui était irrité de croiser là le sabreur blond. En trois ans, cet homme avait changé. Trop...

- Je comptais justement essayer Sherazad, fit le chevalier en s'éclipsant.

Les Généraux fixaient l'escalier où avait disparut le chevalier céleste. Ils fixèrent ensuite leur roi, soufflant avec horreur :

- Il n'oserait pas...

- Si, grogna Van en sautant sur le terrain d'entraînement où les deux melefs se livraient une rude bataille. Un guymelef vert sombre surgit de nulle part, plaquant à terre, avec rudesse, le melef argenté.

Hitomi se cogna la tête contre son cockpit, grognant de douleur. Elle ne savait pas qui l'avait plaquée ainsi à terre, mais il lui avait fait mal ! Et elle en avait assez d'être tiraillée de partout ! D'un mouvement circulaire des jambes, elle déstabilisa son assaillant, l'envoyant s'écraser contre la muraille. Elle n'eut même pas le temps de se retourner pour voir qui avait attaqué qu'elle sentit son bras être tiré avec violence. Elle paniqua, ayant besoin de quelques instants pour comprendre que c'était le bras de son melef qui avait été arraché. Son cœur battant à la chamade, ses pupilles dilatées par la panique, elle reprit lentement le contrôle de sa respiration...

Face à la violence soudaine de ce nouvel opposant, elle se sentait impuissante.Même le Général hésitait à agir...

Elle hurla, irritée que des idiots prennent toujours trop au sérieux les séances d'entraînement :

- Imbécile ! Ça a beau être le bras du melef, ça f ait mal !

Sa voix résonna à travers toute la place. Les Généraux soupiraient, las alors que le Général Hak s'était finalement posté entre Shérazade et le melef endommagé de la jeune femme qui ne bougeait plus, un genoux à terre, de l'air en pression se dégageant de plusieurs endroits détruits. La machine n'était plus en état... Même de l'intérieur, la jeune fille sentait que plus rien ne répondait, pas même pour la laisser sortir !

- Bon retour sur Gaia... Si la violence de ce monde vous effraie, que faites-vous là, fit le pilote du melef vert sombre.

Van arrivait à hauteur des guymelefs. Elle reconnut la voix du chevalier mais n'en fut tout de même pas rassurée. Il avait changé et son comportement hautain l'irritait. Elle gronda :

- Quand on ne sait rien de la violence des autres mondes, on évite de poser ce genre de questions, Chevalier.

- Vous me voyez navré de ne pas en savoir assez, milady.

D'un coups sec, Van tira sur le levier qui déclenchait l'expulsion du pilote. Hitomi sentit soudain ses bras être libérés, suivies de ses jambes et une puissante force l'éjecta hors du cockpit. Elle fut à moitié sonnée et finit son vol dans les bras de son amant qui l'avait réceptionnée.

Van la posa à terre, posant un bref regard sur le bras tremblant de douleur et d'angoisse de son amante puis sur celui du guymelef qui gisait sur le terrain, loin de l'engin .

Hitomi serrait contre elle son bras douloureux, ne lâchant pas des yeux le chevalier qui avait quitté son melef pour s'avancer, encadré par les Généraux.

- Une lady aux commandes d'un melef, qui l'eut crût, fit Allen en souriant d'un air amer.

- Un Chevalier Céleste faisant preuve de violence à l'égard d'une lady, qui l'eut pensé, rétorqua Hitomi froidement.

- Vous n'aviez rien à faire aux commandes d'un melef, milady.

- En quoi cela vous concerne, chevalier ?

- Vôtre imprudence nous a par le passé mis dans l'embarras. Je ne souhaiterai pas que vôtre retour se solde d'une catastrophe.

- Quel genre de catastrophes ?

- Une glissade et la destruction de la muraille intérieure.

Hitomi, le rouge aux joues, dépassée par le comportement de son vieil ami, frappa. Sa main fut stoppée par le chevalier à quelques cheveux de son visage. Sa poigne de fer écrasant la main de la jeune fille, il siffla :

- Je vous déconseille de faire cela.

- Lâchez cette main, ordonna-t-elle.

- Un Chevalier Céleste est au dessus d'un héros de guerre voyons. Je n'ai pas d'ordre à recevoir d'une gamine effrontée.

.

..

...

HA ! Un chevalier violent ? Non, ce n'est pas probable... UN DILEMME ! ... Bonne journée !