Hitomi était de plus en plus irritée par le comportement du chevalier blond jadis si courtois.
- Et je suis bien au dessus d'un chevalier arrogant que pour le laisser me malmener, cracha-t-elle avec mépris, son regard luisant de colère.
Insulté, son ego entaché, il leva la main à son tour pour la laisser claquer contre ce visage marqué par la colère. Son geste à lui aussi fut suspendu.
Van tenait fermement la main du chevalier, ses prunelles écarlate brillant d'une lueur hostile.
- Chevalier Sheezar, écartez-vous avant que je ne dégaine.
Allen libéra enfin la jeune terrienne de sa prise, son regard accroché aux prunelles émeraudes alors que le roi de Fanélia ne le lâchait pas.
- Toujours aussi prévenant, Van, grogna le chevalier blond en s'arrachant à la fixation du regard émeraude pour poser ses yeux sur le roi.
- Toujours aussi insolent, Chevalier Sheezar.
- Je suis étonné de la trouver à vos côtés alors que cela fait trois ans qu'elle a fuit Gaia.
- Je suis étonné de vous découvrir encore à Pallas alors que vous n'avez plus rien d'un Chevalier.
- Ne m'insultez pas...
- Alors restez à votre place et oubliez le passé. Sinon je jure de dégainer et je ne suis plus le gamin qui ne savait pas frapper.
- Ha ha ! Croyez-vous pouvoir me vaincre moi ? Quelle blague !
- Ne me tentez pas, chevalier.
- Qui ne serait pas tenté ? Je le suis ! Même Hitomi serait un adversaire idéal pour que j'use un peu l'acier de mon sabre !
- Vous avez perdu l'esprit.
- Je suis conscient que si elle n'avait pas...
- Assez ! Je ne vais pas vous laisser l'accuser de ce crime !
- Elle est coupable ! Ma sœur avait enfin été libérée de Dilandu ! Elle vivait ! Et il a fallu que ce souvenir la hante ! Que le voix de cet oiseau de mauvaise augure heurte son esprit et éveille le malade qui en son sein mourrait ! Je l'aie perdue ! A nouveau ! J'ai perdu ma sœur !
Hitomi qui ne savait rien de cela, fronça des sourcils, se disant tout de même que l'empire était plus à blâmer qu'un souvenir. Si des expériences avaient été menées sur le corps de sa sœur, ce n'était pas sa faute. Il avait simplement besoin de blâmer quelqu'un et Hitomi, de retour, enfin heureuse alors qu'il ne l'était pas, était la personne la plus blâmable...
Allen dégaina. Van posa sa main sur la garde de son épée, un bras devant son amante pour l'écarter. Les Généraux de Fanélia s'étaient déployés derrière leur roi et Hitomi, prêt à réagir. Hitomi, son bras blessé serré contre elle, fixait son amant et son ancien ami avec horreur. Ils allaient se battre !
Allen attaqua. Van dégaina. Hitomi vit leurs lames se heurter avec violence et rage. L'étincelle qui avait irradié leur amitié de jadis brillait à chaque impact.
Elle fut forcée de reculer, Van se faisant repousser par la violence des assauts. Les Généraux la maintenaient car elle voulait les séparer. Personne ne voulait le faire ! Personne ne voulait se risquer à les séparer. Elle voyait les deux hommes à qui elle devait la vie se déchirer ! Elle voulait agir. Elle devait agir !
Les lames semblaient danser, valsant dans la douce mélodie de l'acier. Les éclats et tempêtes semblaient furtifs, le choc des coups n'étaient qu'un grain de sable dans l'arène du combat.
L'émeraude de ses yeux brillants de larmes de colère et d'incompréhension, elle voyait les lames manquer leurs cibles, les regards s'emplir de plus en plus de colère et l'hostilité grandir encore et encore.
Il y eut alors un croisement. Ce croisement fatal d'épée qui dans tout roman, tout film, tout drame finit par la mort des deux adversaires. Lorsque les deux balles se croisent et atteignent leur cible dans un western. Hitomi eut un hoquet de surprise. Cette vision, là, tout de suite ! Elle avait vu le futur proche ! Très proche ! Comme lorsque Van avait failli se faire tuer à maintes reprises. Et son instinct lui hurlait d'agir ! Agir pour ne pas pleurer sur son sort, pour ne pas regretter son inaction.
Elle se dégagea de la poigne des Généraux, hurla des mots qui ne quittèrent pas sa gorge nouée par l'angoisse et la tristesse, courant comme jamais elle n'avait courut.
Les lames se croisèrent. L'acier des deux épées fut teinté d'écarlate. Les adversaires ouvrirent des yeux ronds de y eut un cri de douleur, une chute. Des plumes blanches souillées de sang tombaient.
Entre les deux adversaires, ses mains ayant dévié le coups de Van pour qu'il se plante dans le sol, Hitomi laissait sa douleur perler sur son visage. Une profonde plaie lui déchirait le dos, tranchant chair et tissu.
Le dos à nu, la chair à vif, on pouvait discerner deux membres recroquevillés sous ses omoplates. Touchés par l'attaque, les membres aux plumes blanches se teintaient d'écarlate. Le coups d'épée avait frappé là où s'était trouvée la carotide du roi fanélien un peu plus tôt. Le hasard avait sauvé cette gorge. La vision l'avait fait...
Hitomi glissa à terre alors que Van la maintenait avec douceur, l'horreur de lisant sur ses traits.
Riant aux éclats, son épée toujours dans sa main, le chevalier qui avait faillit commettre un régicide ne comprenait pas. Il en comprenait pas pourquoi la gamine de la Grande Guerre avait protégé ce individu. Pourquoi cette fille qui détestait les combats s'en était mêlée ? Pourquoi avait-elle pris les commandes d'un melef d'entraînement ? Elle qui pourtant, pourtant, détestait les combat et pleurait la mort des adversaires qui tombaient sous ses yeux.
Des soldats de l'escorte de Fanélia eurent vite fait de plaquer à terre le chevalier fou, la haine au cœur.
Mylerna accourrait, ses jupon dans une main, sa trousse de soins dans l'autre, le visage livide d'horreur. Elle plongea à genoux aux côtés de son amie, se hâtant de désinfecter les larges plaies et de tenter de stopper l'hémorragie importante. Le moyen qu'elle craignait d'employer était la cautérisation. Elle devait avant tout recoudre. Cela ne serait pas sans douleur. Elle en était malheureusement certaine. La blessée fut portée en salle de soins alors que le chevalier était enfermé pour tentative de régicide.
