Lorsque enfin la corde cessa de tirer sur ses poignets enflammés de douleur, elle s'effondra à terre, incapable de tenir sur ses jambes tremblantes de froid et de douleur. Ses ravisseurs riaient de son état, la jetant dans un coin de leur cabane. Trois hommes étaient chargés de la surveiller. Elle ne voyait pas pourquoi. Hitomi se sentait trop faible pour tenter quoi que ce soit. Elle entendit quelques mots à propos d'un rançon puis se laissa aller dans l'obscure inconscience qui l'accueillait à bras ouverts.

Traversant le ciel dégagé après le passage d'une tempête de neige qui avait traîné dans le coin pendant plusieurs jours, Escaflowne dans sa forme de dragon arrivait à la frontière. Les Généraux, chacun dans son guymelef , suivaient leur roi à travers les cieux. Les soldats qui les accompagnaient étaient chargés de fouiller la région pour trouver des indices du passage de l'escorte de Pallas. Van avait été informé du départ de Pallas trois jours plus tôt. Ne pas croiser l'escorte alors qu'ils étaient déjà à la frontière ne faisait que l'inquiéter davantage.

Escaflowne se posa à terre sans délicatesse, faisant tournoyer la neige qui se trouvait là. Van bondit à terre, quittant son cockpit sans informer ses Généraux. Il avança vers les restes d'une calèche qui s'était fracassée contre un arbre, à moitié engloutie par la neige. Conservé par la glace, la corps sans vie d'un cheval gisait plus loin.

Les Généraux avaient suivi leur roi à terre, armes à portée de mains. Ils étudièrent les environs et les six hommes finirent par poser les yeux sur les corps des soldats de Pallas.

Van s'avança vers ces hommes, le cœur serré, cherchant des yeux la silhouette familière de son amante. Il ne la trouva pas, cela le réconforta et l'angoissa. Où était-elle ?

Plus loin, sous le couvert des bois, un homme était adossé à un arbre. Il appuyait sa cape contre son flanc blessé, le gel ayant évité toute hémorragie et contamination. Il aboya :

- Ne dépouillez pas mes soldats, vous là !

Van posa les yeux sur l'homme qui avait parlé. Il le reconnut au premier regard, lançant :

- Que ferai-je à tes hommes, Capitaine Sol, sinon leur offrir funéraille ?

- Nous ne le méritons pas, roi de Fanélia, puisque nous avons failli à nôtre tâche, annonça avec un air navré le capitaine.

- Informes moi plutôt, fit Van en s'avançant. Qui a attaqué l'escorte et qu'est-il arrivé à Lady Hitomi ?

- Gen et sa bande, Majesté. Ils sont partis vers l'est, mais rien ne me dit qu'il y ont un repaire...

- S'il s'agit bien de l'exilé nommé Gen, nous ne tarderons pas à recevoir une missive de rançon, fit le général Jiyu.

- Ou la tête de lady Hitomi, connaissant la haine que cet homme nourrit envers nôtre roi, soupira le général Din.

- Il a peur des représailles, il n'osera pas la tuer, commenta le général Kaze.

Van ordonna, regagnant Escaflowne :

- En route pour Pallas. Que l'un d'entre vous emporte le Capitaine Sol et vole à basse altitude pour lui épargner plus de mal. Si Gen a orchestré cela, il sait déjà que je suis à la frontière et a sûrement déjà envoyé quelques mots à Pallas.

Les Généraux rejoignirent leurs guymelefs alors que Van s'envolait déjà, fonçant vers la capitale d'Astria où il était certain de trouver une missive qui lui mettrait les nerfs à vif.

...

A Pallas, Mylerna hurlait de colère. Elle tenait entre les mains une missive de cet odieux personnage qui s'en était pris à son escorte et à son amie ! Elle ne comprenait pas le besoin de ces hommes de montrer leur supériorité en s'en prenant à des innocents !

Au dehors, il y eut un grand bruit. Elle lança un regard à la fenêtre et vit Escaflowne, luisant sous le soleil hivernal. Elle ne fut pas étonnée de voir Van arriver à la salle du trône à grand pas, suivi de près par quelques uns de ses Généraux.

- Mylerna, l'heure est grave. Les Kaizos sévissent à nôtre frontière, l'escorte a été annihilée mais ton Capitaine est en vie, lui apprit le jeune roi.

- Lis cela, l'enjoignit la jeune femme avec amertume.

Il prit le papier, inspirant profondément pour s'accorder tout le calme nécessaire pour ne pas exploser... Le papier se déchira entre ses mains lorsqu'il eut finit. Le mot disait :

« Monarques de l'Alliance, Roi de Fanélia,

J'ai le plaisir de partager la compagnie d'une jeune femme d'une grande beauté mais peu loquace. Il se trouve que, réussissant à la faire parler par quelques moyens secrets, j'ai découvert une chose passionnante ! Elle te connaît, roi Dragon, et semble être précieuse, vue la troupe qui l'escortait... Qui est-ce ? Je me le demande... Elle e me répond pas... Bref, il va sans dire que les hivers sont rudes sur la route, j'aurai bien besoin de quelques sous. Je te propose donc un marché. La jolie lady à la peau douce qui me tient compagnie, je me résoudrai à te la restituer, cher roi, à condition que tu paies. Deux mille pièces d'or valent bien sa vie, non ? Et si Fanélia n'a pas les moyens... Eh bien tu pleureras sa perte non pas sa mort, car je ne gâche jamais la marchandise.

Ser Gen du Nord. »

- Je fournirai une part de cette rançon, annonça Mylerna qui comprenait la colère de son ami.

- Pourquoi cela ?

- La somme est folle et j'aurai dû envoyer Hitomi par vaisseau. Je suis en partie responsable. Laisse moi au moins aider à son retour.

Van sourit, amusé. Il dit :

- Si un malade rôde à nos frontières, tu n'es en rien fautive. Soit, nous partagerons la rançon en deux. Cela fera une perte moins importante.

- Il n'y aura pas de pertes puisque ce repaire sera détruit une fois Hitomi récupérée, annonça sombrement Dryden qui assis sur un divan avait assisté sans dire mot.

- Une fois Hitomi sauve, nous pourrons certes les prendre de revers, fit Van. Mes Généraux mèneront l'attaque, ils sauront se charger des machines de guerre qui nous irritent tant.

- Bien ! Amassons cette somme pour que Van s'en aille saluer son vieil ennemi ! Annonça Dryden en se levant, souriant d'un air sombre.

...

Avec un rugissement provenant de l'ardeur du cœur du dragon, Escaflowne se posa à quelques mètres de l'entrée de l'immense cabane qui logeait Gen et ses hommes. Dans les serres du dragon de fer, un coffret de taille moyenne était posé. Van sortit de son guymelef, son cockpit se refermant à sa simple pensée. Le jeune roi resta debout face à son armure, attendant que Gen daigne sortir de sa misérable planque. Il remarqua du coin de l'œil que tous les hommes avaient dressé leurs armes contre Escaflowne, craignant que l'armure de légende ne les écrase d'un simple mouvement...

Il aurait souri si la situation n'était pas si dramatique.

- Sa Majesté Dragon en personne ! S'enthousiasma le brigand en sortant de son nid de chaleur.

Van ne releva pas. Il n'avait toujours pas vu son aimée, sa priorité...

- As-tu, mon bon roi, apporté mon argent ?

Escaflowne qui avait repris sa forme d'armure à l'atterrissage, ouvrit sa main droite ,laissant bomber le coffre en face du brigand.

- Quelle amabilité ! Pour une simple, ravissante, femme !

- Où est-elle ? Demanda Van, autoritaire et glacial.

- Tu la verras, cher roi, n'aies crainte elle est presque en bon état !

- J'espère pour toi qu'elle va bien, siffla le jeune roi d'un air menaçant, son regard flamboyant de colère.

- Calmes toi, du roi ! Je n'hésiterai pas à ordonner à mes hommes d'attaquer.

- Essaie seulement et mes Généraux vous tomberont dessus.

- Bon... Bon... Amenez la !

...