C'est la chose la plus stupide qu'il ait jamais faite.
Enfin, peut-être pas, mais pas loin.
Quelle idée de craquer pour un type vaniteux, roublard et qui habite dans une autre préfecture ?
Quelque part, il sait bien que ce n'est pas que lui. Que Kuroo lui a dit plusieurs fois -et très clairement- qu'il flirtait. Son attitude n'était ni discrète, ni subtile.
Ça n'empêche pas Tsukishima de se trouver stupide : c'est une préoccupation qu'il préfèrerait ne pas avoir. Maintenant il ne lui reste plus qu'à attendre que ça passe.


'Tu n'es pas en ligne, Tsukki ?'
'A votre avis ?'
'Tu as peut-être changé de pseudo ?'
'Non. Je bosse un peu mes cours.'
'... ok. Si tu veux te faire une partie ce soir je suis en ligne en tout cas.'
'Peut-être, je suis pas sûr que j'aurai le temps.'

En reposant son portable à côté de lui, Tsukishima est bien certain qu'il ne se connectera pas ce soir.


Quand son téléphone sonne au milieu de la pause-déjeuner et que le contact de Kuroo s'affiche à l'écran, Tsukishima est un peu perturbé.
Il peut encore compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où Kuroo l'a appelé, et maintenant que c'est le-garçon-qu'il-aime qui appelle, c'est encore pire qu'avant.
Il enlève son casque et décroche tout de même.

"Oui ?
- Tsukki ! Pardon !
- Pardon pour quoi ?", demande Tsukishima, qui s'attendait à beaucoup de choses mais pas à des excuses.
"Parce que j'ai dû merder quelque part, vu que tu fais la gueule.
- Je vois même pas de quoi vous voulez parler.
- Je sais pas, ces derniers jours, tu es un peu distant...", explique Kuroo.

Tsukishima sait que c'est vrai, mais il a fait de son mieux pour ne pas éviter totalement la discussion avec Kuroo. Il a joué l'une ou l'autre fois avec lui en ligne, discuter d'un bouquin par mail... enfin, le genre de choses qu'ils faisaient avant, même si peut-être avec moins d'enthousiasme.

"Distant, blasé et condescendant, je pense qu'on s'était mis d'accord sur le fait que c'était mon caractère de base.
- ... donc j'ai rien fait ?
- Pas que je sache.
- ... c'est parce que vous avez encore perdus la dernière fois qu'on s'est vus ?
- Il n'y a rien. J'étais un peu pris ces derniers temps.", tente d'expliquer Tsukishima.
"... ok. Tu te connectes ce soir ?
- ... si vous voulez.
- Bon ben à ce soir, alors, et ne sèche pas l'entraînement !
- A ce soir."

Tsukishima raccroche et pose sa tête sur ses bras sur sa table.
Sa situation est inextricable. S'il ignore Kuroo, celui-ci va plus le contacter. Et plus il le contacte, et plus ça deviendra douloureux.

Le soir-même, ne voulant pas d'un nouvel appel, Tsukishima se connecte à leur habituel jeu de shôgi.

'Je dois avouer que j'ai pas très envie de jouer.", tape-t-il dans le chat de l'application juste après que la partie soit lancée.
'Pas de souci.
On peut faire autre chose, aussi.'
'Si vous aviez envie de jouer, ne vous privez pas pour moi.'

Le téléphone de Tsukishima vibre sur son bureau.
Kuroo rappelle.
Bon, il a encore raté son coup, faut croire.

"Allô ?
- Tu vas bien ?", demande Kuroo.
"Oui, pas de souci.
- Y a vraiment quelque chose qui cloche, hein.
- Je suis peut-être juste pas dans mon assiette.
- ... en fait depuis la dernière fois qu'on s'est vus, tu m'as pas rabroué une seule fois.
- Ça vous manque ?
- C'est bizarre, en tout cas.
- Je suis peut-être juste en panne d'inspiration.
- Tu sonnes plus déprimé qu'autre chose.
- C'est vrai que je suis quelqu'un de particulièrement enthousiaste et que d'habitude, j'ai toujours une voix enjouée.", remarque Tsukishima.
"Bon... je vais pas t'embêter à ce sujet, hein, mais s'il y a quelque chose, n'hésite pas.
- Ne pas hésiter à quoi ?
- A te confier à ton sempai préféré.
- ... vous croyez vraiment que ça intéressera Sawamura ?", demande Tsukishima, qui ne peut tout de même pas s'empêcher de remettre Kuroo à sa place.
"Non, ne lui fais pas confiance, il est fourbe. Moi je t'écouterai. Confie-moi tes problèmes, Tsukki.
- Bon... je dois avouer... j'ai un sempai d'une autre école qui me harcèle."

Kuroo se met à rire à l'autre bout du fil.

"Quel genre de harcèlement ?
- Surtout en ligne. Et maintenant il m'appelle. Plusieurs fois dans la même journée. Je ne sais plus quoi faire.", dit Tsukishima dans un ton faussement mélodramatique et Kuroo rigole plus fort.
"Ça te dérange ?
- Quoi ?
- Les coups de fils.
- Bah. C'est pas mon truc.
- Je m'en doute. Ce midi je voulais être sûr que tu n'avais pas un problème avec moi, mais ce soir je voulais juste savoir si tu n'avais pas un problème tout court.
- A part mon manque flagrant de sociabilité, je suis un garçon tout ce qu'il y a de plus équilibré, je vous assure.
- ... ce n'est pas ce que je sous-entendais.", dit Kuroo sur un ton amusé et agacé en même temps.
"Je n'ai pas de problème. Enfin, à part le fait de devoir supporter Kageyama et Hinata quotidiennement.
- Bon, tu me rassures. J'ai dû me monter la tête tout seul. Je suis quand même content de t'avoir eu au bout du fil. Bonne nuit.
- Bonne soirée."

Quand Tsukishima repose son téléphone, il a un sourire aux lèvres.
Bon, OK, converser avec Kuroo lui retourne les entrailles et se fait serrer son cœur, mais c'est aussi la seule chose intéressante qui lui arrive en règle générale.
Même s'il ne le reverra quasiment plus, et que le jour où ce sera fini ça lui fera du mal... peut-être qu'il ferait mieux de profiter des moments qui peuvent leur rester.

Sur le jeu de shôgi en ligne où leur partie non-entamée est encore ouverte, Tsukishima se contente de taper :
'En fait ça me dit bien une petite partie, si vous avez rien contre le fait de vous faire rétamer.'
'Essaie pour voir.'


Jouer en ligne jusqu'à 3 heures du matin était l'idée la plus saugrenue qu'il ait jamais eue (après être tombé amoureux d'un type que ça intéresse de jouer au shôgi au milieu de la nuit avec lui, il doit avouer).
Le lendemain il est fatigué, peu concentré en classe et a très envie de sécher le club.

'Mon royaume pour un oreiller.', écrit Kuroo vers 13 heures et Tsukishima voit qu'il n'est pas le seul à souffrir de cette bêtise.
'C'est quoi votre royaume ? La benne à ordures à côté du club de volley-ball de Nekoma ?'
'... je l'échange volontiers contre un oreiller, en tout cas.'
'Même en étant capitaine du club, je ne suis pas sûr que vous soyez en droit de faire cet échange.'
'De toute façon, je doute que quelqu'un en veuille.'


Quand arrive le tournoi de printemps, Tsukishima sait que ce sera plus que probablement la dernière fois qu'il le verra. Quelque part cette perspective est un soulagement, mais ça lui met tout de même un peu le cafard. Ces derniers temps, le courant passait mieux que jamais entre eux.

Avec le reste de Karasuno, Tsukishima assiste à la défaite de Nekoma puis rejoint l'équipe de Kuroo. Hinata est à deux doigts de pleurer alors que ce n'est même pas lui qui a perdu. Les mains se serrent, les compliments pleuvent et Tsukishima se décide à aller parler -une dernière fois- au capitaine de Nekoma.

"Kuroo-san.
- Hey, Tsukki.", répond Kuroo, et malgré son sourire aux lèvres, Tsukishima peut bien lire la tristesse de la défaite dans ses yeux. "Ce n'est même pas à moi de venir te chercher, pour une fois ?
- Vous avez une minute ?
- Ça dépend, tu as une arme ?
- Vous inquiétez pas, vous avez rien fait de mal.
- Ah ? Ce serait bien la première fois.", répond Kuroo dans un sourire tout en suivant Tsukishima, qui se met à marcher légèrement à l'écart du groupe formé par les membres de Karasuno et Nekoma.

"Pas trop déçu ?", demande Tsukishima, ne sachant pas vraiment ce qu'il a envie de dire à Kuroo.
"Je te trouve dur, on est arrivés super loin, quand même. Je suis plutôt fier de notre résultat.
- Hm.
- Et donc, tu voulais me dire ?
- ... rien en particulier.
- Elle est bien bonne, celle-là.
- ... je me suis dit que comme c'était votre dernier tournoi de votre dernière année de lycée, on ne se croiserait sûrement plus. J'ai cherché une bonne vanne pour l'occasion mais désolé, j'ai séché.
- ... tu sais, un jour, j'ai dit à Kenma que tu étais chou, et ça aura pris le temps, mais tu viens de me prouver que j'avais raison.
- ... je commence à me demander pourquoi je suis venu vous parler, je trouve même pas une petite remarque blessante à vous sortir.
- Tu aurais aimé qu'on se quitte sur une répartie bien cinglante ?
- Avouez que ça aurait été un beau terme à cette relation.
- On arrive au terme ?
- Je crois, oui. Ou alors vous redoublez ?
- Désolé de te décevoir, mais je suis plutôt une tête, je vais à la fac.
- Hm.
- Déçu ?
- Pas vraiment.
- Je peux plus t'écrire, alors ?
- ... j'ai pas dit ça.
- Tu fais une de ces têtes.", remarque Kuroo et Tsukishima doit bien s'avouer que cette conversation le déprime un peu.
"C'est que... j'ai pas eu assez d'amis dans ma vie pour savoir gérer ce que ça fait quand on les quitte.
- Tu m'étonnes, avec ton caractère.
- Je suis sérieux.
- Moi aussi.
- Vous croyez que c'est facile pour moi de dire à quelqu'un que je le considère comme un ami alors que j'ai un caractère de merde ?
- Non, mais j'apprécie le geste.
- Vous êtes vraiment insupportable.
- Moins que toi.
- J'en serais pas si sûr à votre place.", conclut Tsukishima en se disant que c'était peut-être une mauvaise idée de venir lui parler, vu que Kuroo est incapable d'un tant soit peu de sérieux.
"... Eh, Tsukki ?
- Hm ?
- Quitte à ce que tu décides que ce soit la dernière fois qu'on se voit, est-ce que je peux faire quelque chose que tu me reprocheras à tout jamais ?
- Non.
- Allez, sois cool.
- Vous allez crier un truc embarrassant, c'est ça ?
- Non, non, j'ai dit que tu me le reprocherais, pas que tu n'apprécierais pas.
- ... je vous suis de moins en moins."

Tsukishima s'arrête quand il sent la main de Kuroo retenir son poignet. Il se retourne vers lui et voit que son sourire fait toute la largeur de son visage.
Kuroo lui enlève ses lunettes, juste avant que ses lèvres ne se posent sur les siennes.
Quand Tsukishima s'écarte, le visage de Kuroo est toujours paré de son éternel sourire goguenard, mais ses joues sont un peu rougies (enfin, de ce que Tsukishima distingue sans ses lunettes).

"Oh mon Dieu, le capitaine de Nekoma a embrassé Tsukishima !", beugle Hinata depuis l'autre côté du gymnase et Tsukishima sent ses joues s'empourprer.
"Ah ah, grillés.", rigole Kuroo et Tsukishima ne sait pas où se mettre.
"Je vous déteste.
- Je sais. On recommence quand tu veux.
- Rendez-moi mes lunettes.
- Rends-moi mes lunettes "s'il te plaît, Tetsurô".", corrige Kuroo, et Tsukishima se contente de lui reprendre des mains et de s'éloigner d'un pas furieux.

Il prend le premier couloir qui vient et passe à l'extérieur par une sortie de secours entrouverte pour respirer un peu, mais sait très bien qu'il est suivi.

"Vous êtes vraiment insupportable.", déclare Tsukishima avant même que Kuroo ait pu dire quoi que ce soit. "Et fier de l'être, avec ça.

Kuroo attrape sa main et Tsukishima sait qu'il devrait la récupérer, mais n'arrive pas à s'y résoudre.

"Insupportable, narquois, désagréable, incapable de vous coiffer... je me demande vraiment pourquoi je vais vous regretter !
- Moi je pense que tu sais...
- Bien sûr que je sais. Et ça me rend juste furieux contre moi, en plus d'être furieux contre vous.", dit Tsukishima en se renfrognant.
"Ro, c'est bon, va, je dirai que c'était une vanne. Vu comme t'es parti personne va croire que t'étais consentant...
- Vous croyez que je m'énerve parce que vous m'avez embrassé tout à l'heure ?
- ... en même temps t'es parti juste après.
- Dire qu'en plus j'essayais de vous dire un truc un peu sympa, j'en reviens pas !
- C'est bon, j'suis désolé d'être un connard, ne t'énerve pas pour ça, ça n'en vaut pas la peine.
- Je m'énerve parce que je suis amoureux d'un imbécile qui habite à 300 bornes de chez moi dont je comprends pas la moindre des intentions. Voilà pourquoi je m'énerve."

Voilà, il l'a dit.
Bon, c'est la honte, mais comme il ne le reverra jamais, au moins il n'en souffrira pas trop longtemps.
Il devrait récupérer sa main qui est toujours dans celle de Kuroo, mais il n'en a pas le courage.

"... c'est fou ça ! Moi aussi je suis amoureux d'un mec insupportable qui vit à 300 km de chez moi ! On fait la paire, hein."

Tsukishima se contente de regarder Kuroo d'un air énervé.

"En même temps je sais pas pourquoi tu t'es mis dans la tête qu'on ne pourrait plus jamais se voir, hein.", continue Kuroo en levant les sourcils. "C'est pas la fin du monde, 300 bornes.

- J'les ferai, si y a que ça pour te faire plaisir.

- Tu es drôlement silencieux.
- ... je sais pas comment réagir, c'est tout.", dit Tsukishima en récupérant sa main.
"Tu pourrais te réjouir de t'être dégoté un petit ami canon comme ça, non ?
- Si au moins je te trouvais beau, mais non, le pire c'est que je t'aime pour ton caractère."

Kuroo explose de rire et Tsukishima sent la pression se relâcher un peu, même si son cœur bat encore à cent à l'heure.
Une des mains de Kuroo se pose sur sa joue et, non, il vaut mieux rectifier : mille à l'heure. Il sera mort dans très peu de temps, en fait.

"Je peux t'embrasser ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Punition pour l'avoir fait sans me demander.
- ... Kei."

Tsukishima se met à rire dans un reniflement tout sauf élégant et s'écarte de Kuroo.

"Appelle-moi une nouvelle fois par mon prénom et on ne retrouvera aucun morceau de ton cadavre.
- Ouuuh, j'ai peur.", réplique Kuroo sur un ton blasé en levant les sourcils d'un air moqueur.
"... c'est une très mauvaise idée, quand même, non ?
- Quoi ça ? Nous ?
- Hm.
- Pourquoi, t'es un mauvais coup ?
- J'ai SEIZE ans. T'essaie de me foutre la pression histoire que je me dise encore plus que c'est une mauvaise idée, c'est ça ?
- J'avais oublié que t'étais de la cambrousse.
- C'est mieux que d'avoir des maladies vénériennes."

Oui, voilà.
Tant qu'ils peuvent se sortir des horreurs, ça va beaucoup mieux.
Il se sent rougissant, son cœur bat vite, mais au moins, comme ça, il n'est pas trop dépaysé.

"Tsukki, j'ai quelque chose à te dire.
- ... j'espère que tu n'es pas réellement atteint d'une maladie vénérienne."

Kuroo se met à rire en niant de la tête.

"Non. Rien à voir. Je sais que tu m'aimes pour ma joie de vivre, mon intellect et mon caractère jovial, mais je dois t'avouer... de mon côté c'est juste physique, tu as vraiment trop un caractère de cochon.
- On peut pas tous avoir un corps d'Appo...", commence Tsukishima avant de se faire interrompre par un "Hey hey hey" retentissant qui signale très clairement l'arrivée de Bokuto.

"Kuroo ! Tsukki ! En train de faire des cachotteries ?", demande Bokuto, accourant, le visage en sueur (son équipe n'est pas encore éliminée, il vient probablement de finir un match).

"Tsukki était en train de me faire sa déclaration, viens pas tout gâcher !", répond Kuroo avant de se prendre un coup de coude dans le ventre qui lui fait plier les genoux. "Ouch. Ça y est, on passe à la violence physique en plus de verbale, maintenant ?", demande Kuroo en relevant les yeux vers Tsukishima.
"S'il n'y a que ça pour que tu la boucles...
- C'est bon, je voulais juste partager mon bonheur avec un ami...", soupire Kuroo en se redressant. "Alors j'imagine que tu as gagné ?", demande-t-il en se tournant vers Bokuto.
"Nan, ça y est, on vient de perdre !", répond l'intéressé tout en gardant le sourire.
"T'as l'air bien heureux pour quelqu'un qui vient de perdre.
- Oui, je sais, ça me surprend moi-même, mais je n'ai pas encore réalisé, je crois ! Mais comme ça tu te sens moins seul, hein, Kuroo ?"

Sugawara apparaît dans l'encadrure de la porte d'où est sorti Bokuto.

"Tsukishima ! La pause est finie !", appelle-t-il et Tsukishima sent son estomac descendre dans ses chaussettes.
"Kuroo-san, Bokuto-san...", salue-t-il en se disant que quitte à n'avoir que 5 minutes avec Kuroo, elles auraient probablement pu être mieux utilisées.
"A la prochaine, Tsukki !", répond Bokuto, toujours jovial, alors que Kuroo se contente d'un sourire.

Quand une fois à la porte il se retourne vers les deux capitaines, ceux-ci sont déjà en grande discussion et ne regardent plus dans sa direction.

"On a essayé de calmer Hinata, mais on n'a pas vraiment réussi...", prévient Sugawara quand Tsukishima arrive à son niveau.
"J'imagine.
- ... Tsukishima, tout va bien ?
- Oui."

Sugawara et Tsukishima marchent côte à côte en silence pendant une dizaine de mètres avant que Sugawara ne reprenne la parole.

"On décolle pas tout de suite, tu sais. Tu pourras le revoir après, si tu veux."

Tsukishima baisse son regard vers Sugawara. Il fixe le sol et a les joues légèrement rouges.
En même temps, pas facile de trouver les mots à dire dans un cas pareil.

Tsukishima se demande ce que Sugawara est en train de penser.
Qu'est-ce qu'il croit savoir (ou ne pas savoir) à son sujet.

"Hm.", se contente-t-il de répondre, alors qu'ils rejoignent le reste de l'équipe.

En même temps il se fiche bien de ce que peuvent penser les autres.


Quand il arrive aux vestiaires et qu'il retrouve son téléphone, un unique mail de Kuroo apparaît à l'écran.

'Vous êtes déjà partis ?'

Le message date d'il y a plus d'une heure. C'est probablement Kuroo qui est déjà parti.
Tsukishima referme son casier avec toutes ses affaires et ressort du vestiaire en tenue de volley avec son téléphone à la main.

"Oui, c'est bien ton petit ami préféré au bout du fil !
- Je suis encore là. On monte dans le bus dans moins d'une demi-heure.
- Je suis à l'entrée B. Tu peux m'y retrouver ?
- Je sais pas si j'aurai le temps, je ne suis pas encore changé.
- ... je peux aussi te retrouver sur le parking, mais quelque chose me dit que si je reviens te parler devant toute ton équipe je vais me faire étriper.
- Essayez juste de ne rien dire de trop compromettant.
- Tu avais arrêté de me vouvoyer, tout à l'heure.
- Je sais.
- C'est fini ? J'aimais bien.
- Je ne sais pas. Je raccroche sinon je ne serai jamais changé.
- Ça maaaarche."

Tsukishima rentre à nouveau dans les vestiaires.

"Tu as passé un coup de fil ?", demande Yamaguchi.
"Oui, et c'est déjà très compliqué à gérer, donc je t'en parlerai plus tard.
- Tsukki ?
- Hm ?
- Tout va bien ?
- Je ne sais pas. Mais ne t'en préoccupe pas."


Quand Tsukishima arrive au niveau du bus de Karasuno, il est le premier arrivé, mis à part Kuroo, appuyé contre le pare-chocs avant.
Le capitaine de Nekoma est déjà changé et porte son uniforme scolaire. Tsukishima ne se souvient pas l'avoir déjà vu dans cette tenue.

"Ça va pas ?", demande Kuroo.
"Je crois que je suis en train de réviser mon jugement sur le fait que tu sois beau."

L'éternel sourire de Kuroo quitte ses lèvres et Tsukishima se demande s'il a bien fait de dire ça.

"Pardon, mais je m'attendais pas à ça.", reprend Kuroo en lui souriant à nouveau, mais ce sourire semble beaucoup moins confiant que celui qu'il arbore en règle générale.
"J'avais dit que c'était pas une bonne idée.
- Si, si, c'est une bonne idée. Je t'assure, je ferai en sorte que ça marche."

Nishinoya, Tanaka et Ennoshita arrivent ensemble à ce moment, et même si c'est évident qu'ils essaient de laisser de la distance entre eux et Tsukishima en restant sur le côté du bus, c'est aussi évident qu'ils écoutent tout ce qui se dit.

"C'est les vacances, bientôt.", reprend Kuroo. "Je pourrais venir à Miyagi et... enfin, si tu as envie que je vienne...
- ... ça va être bizarre. Vous voir en vrai et faire autre chose que jouer au volley.
- On peut aussi faire du volley, hein.
- Non, c'est bon, j'ai eu ma dose, là."

Kuroo regarde ses baskets et Tsukishima se demande à quoi bon l'avoir retrouvé ici quitte à se faire épier par tous les membres du club si c'est pour en arriver là.
Le coach Ukai arrive, ouvre la porte et les premiers arrivés montent dans le minibus. Les troisième année suivent Ukai de près, mais prennent le temps de faire un signe d'au revoir en direction de Kuroo avant de monter à bord.

"Tsukishima !"

C'est Hinata qui arrive, accompagné de Kageyama et Yachi.

"Alors tu... tu... enfin, tu... tu sors avec Kuroo-san ?", demande Hinata qui semble à la fois énervé, excité, dégoûté et enchanté par cette perspective.
"Non, il est venu me parler juste pour que tu te fasses des idées.
- Hein ? C'est vrai ?", demande Hinata et Kuroo se met à rire doucement.
"Monte dans le bus, imbécile.", dit Kageyama en tapant Hinata sur la tête.

Celui-ci s'exécute, vite suivi par Yachi et Kageyama.
Kuroo et Tsukishima sont à nouveau seuls devant le bus.

"Bon ben comme toute ton équipe te regarde depuis l'intérieur, je vais pas t'embarrasser plus...", reprend Kuroo.
"Merci.
- Kei ?
- ... hm ?
- ... tu me reprends pas ?
- Non, pas cette fois. Je vais y aller parce que plus je reste, plus j'ai le moral dans les chaussettes.
- ... je comprends. Tu m'appelles ce soir, une fois rentré ?"

Tsukishima pousse un long soupir.
Appeler Kuroo sera sûrement encore plus douloureux que ce qu'il vit là. Ce n'est pas une perspective qui le réjouit.

"J'essaierai.
- Merci. A plus, Tsukki.", dit Kuroo en s'écartant du minibus, se contentant d'un signe de tête en guise d'au revoir.

Tsukishima met son casque sur ses oreilles, monte dans le bus et va s'asseoir dans le fond en prenant soin d'éviter le regard de tous ses coéquipiers. Quelques instants plus tard, Yamaguchi prend place à côté de lui et Tsukishima ose regarder par la fenêtre.
Kuroo est déjà un peu plus loin, son téléphone à la main.

Dans sa poche, son téléphone vibre.
Il préfère ne pas regarder.


"Tsukki, attends !"

Alors qu'il espérait de tout cœur que Yamaguchi ait compris qu'il avait envie de rentrer seul ce soir, Tsukishima est bien obligé de se rendre compte que ce n'est pas le cas.

"On fait un bout de chemin ensemble ?", demande Yamaguchi.
"... si tu veux."

Un silence s'installe, mais ce silence est tellement habituel entre Yamaguchi et lui que Tsukishima n'est pas particulièrement mal à l'aise.
Si ça se trouve, Yamaguchi ne veut /que/ marcher avec lui.
Ça l'arrangerait bien.

"... tu vas me dire ce qu'il en est ou je ne mérite pas d'être dans la confidence ?", finit par demander Yamaguchi au bout de deux cents mètres.
"Je pense que tu as bien compris ce qu'il en était.
- Je... je me permettrai pas d'émettre des suppositions mal venues sur mon meilleur ami sans avoir sa version.
- Mal venues ?", répète Tsukishima sur un ton peut-être plus désobligeant que ce qu'il voulait.
"Désolé, je voulais pas dire que... enfin... je voudrais juste que tu te confies un peu à moi. Tu... tu sais que tu peux, hein."

Oui, il sait.
Et Yamaguchi a probablement le droit de savoir.

"Je suis gay.", finit par lâcher Tsukishima.
"Ça je m'en doutais.
- ... ah bon ?
- Hm.
- Depuis quand ?", demande Tsukishima, qui se demande bien comment Yamaguchi aurait pu imaginer ça alors qu'il n'en était même pas tout à fait certain lui-même.
"Je sais pas... l'an dernier ? Ça fait longtemps que j'ai compris que les filles t'intéressaient pas, mais j'ai mis plus de temps à me dire que c'était parce que tu préférais les garçons.
- Bon, ben tu vois, tu savais déjà tout. Pas besoin d'avoir une discussion.
- C'est pas ça, la discussion que je voulais avoir.
- Ah ?"

Yamaguchi semble se creuser les méninges avant de reprendre la parole.

"Tsukki, je fais pas ça pour t'ennuyer, hein. Je voudrais juste que tu saches que je suis présent si tu as besoin d'en parler. Si j'aimerais savoir ce qui se passe, c'est pour pouvoir t'être utile."

Tsukishima soupire.
Yamaguchi a probablement raison. Ça irait peut-être mieux s'il en parlait avec quelqu'un.
Quelque part, le simple fait que Yamaguchi continue à lui parler alors qu'il lui a fait son coming-out officiel le fait se sentir un peu mieux, déjà.

"Je sors avec le capitaine de Nekoma. Depuis aujourd'hui. Enfin, je crois.
- Tu crois ?
- On n'a pas vraiment eu le temps de bien fixer les choses, mais il s'appelle déjà lui-même mon petit ami, donc je pense qu'on peut dire qu'on sort ensemble.
- ... tu n'as pas l'air super heureux.
- J'ai rarement l'air autre chose que blasé.
- ... pas faux.
- ... ça s'est fait vite, il est loin, et je pense que c'est une mauvaise idée, donc bon.
- Une mauvaise idée ? Pourquoi ?", demande Yamaguchi.
"Parce que je peux pas le blairer.", répond Tsukishima dans un soupir peut-être un peu exagéré.
"Alors pourquoi tu sors avec lui ?"

Imbécile de Yamaguchi.
Il avait besoin de poser cette question ?

"... parce que je suis amoureux de lui.
- Et tu peux pas le blairer ?
- Voilà, à peu près. En même temps, toi, tu m'apprécies beaucoup, mais tu admettras que je suis imbuvable.", commence à expliquer Tsukishima. "C'est un peu pareil, mais en pire."

Yamaguchi se met à rire doucement.

"OK, je vois. N'empêche, ça arrive un peu comme un cheveu sur la soupe... enfin, j'ai rien vu venir, je veux dire. Tu le connais bien ?
- Oui... enfin, j'ai l'impression que oui, parce qu'on s'est beaucoup écrit, et en même temps, j'ai l'impression que non, vu le peu qu'on s'est rencontrés.
- ... ça doit pas être facile.
- Je sais pas.
- Je serai probablement pas de bon conseil si tu en as besoin, mais si tu veux en parler, tu sais que je suis là, hein."

Ce n'est qu'à l'endroit où leurs chemins se séparent que Tsukishima finit par reprendre la parole.

"Tu crois que c'est une mauvaise idée ?
- Je ne sais pas, je le connais pas. Tant qu'il ne te fait pas de mal...
- Non, pas le style. Quelque part il est même plutôt mielleux, avec moi.
- ... et ça ne te plaît pas.
- ... aussi bizarre que ça puisse paraître, je m'y fais."

Yamaguchi lui fait un léger sourire, traîne ses baskets et Tsukishima se dit qu'il est grand temps de le libérer.

"On verra bien ce que ça donne.
- Hm. La nuit porte conseil. Demain tu y verras peut-être plus clair.
- Peut-être. Bonne soirée.
- Bonne soirée, Tsukki."


Une fois être rentré chez lui, avoir mangé, pris un bain, parlé avec sa mère et s'être enfermé dans sa chambre, Tsukishima se décide à regarder son téléphone. Il approche de 23 heures.

'OK, c'était super bizarre, j'admets.
C'est con, j'ai presque fini le lycée, et tu vas me faire regretter l'uniforme.
J'espère que tu m'appelleras ce soir.
Toujours pas arrivé ?
Je comprends si tu veux pas appeler mais envoie-moi au moins un mail que je sache si t'es en vie.
S'il te plaît.'

Le dernier message date d'il y a plus d'une heure.

'Ça y est, je suis chez moi.'
'Bien rentré ?', reçoit-il seulement quelques secondes après avoir envoyé son message.
'Oui. Le trajet était long.
Je peux encore appeler ou il est trop tard ?'

Son téléphone vibre dans ses mains pour toute réponse et Tsukishima décroche, son cœur tambourinant un peu trop fort à son goût dans sa poitrine.

"Le son de ma voix te manque déjà ?
- C'est vous qui m'avez demandé d'appeler.
- Tu vas bien ?
- Hm. Fatigué.", dit-il tout en se laissant tomber à la renverse sur son lit.
"Je peux te demander un truc un peu sérieux ?
- ... bien sûr.
- Tu as dit plusieurs fois que c'était une mauvaise idée qu'on... qu'on se mette ensemble. Je veux pas te forcer la main, hein. Si c'est non, c'est non, je ne le prendrai pas mal. Enfin, si, je le prendrai mal, mais c'est mon problème, pas le tien.
- ... je dis pas non. C'est juste que je suis sceptique.
- Envers quoi ?
- Sceptique à l'idée que je puisse avoir un petit copain, déjà.
- OK. D'autres craintes ?
- La distance, la différence d'âge, nos caractères pourris ?
- OK pour 1 et 3, mais sincèrement, 2 ans de différence, ça va.
- Hm, peut-être.
- Ça s'est pas trop mal passé avec ton équipe ? Je voulais m'excuser pour ce que j'ai fait, en fait. A y réfléchir, je connais pas assez les membres de Karasuno pour savoir si ça n'allait pas te mettre dans la merde. C'était vraiment con de ma part...
- Pas eu de souci pour le moment, mais je n'ai discuté qu'avec Yamaguchi.
- ... et ?
- ... et il se trouve que mon meilleur ami avait déjà deviné que j'étais gay et n'en a pas grand-chose à cirer tant qu'il n'a pas à m'arracher les vers du nez.
- C'est plutôt bien, ça.
- Hm.
- ... et les autres ?
- Je ne sais pas.
- Tu me diras ?
- Quoi, si je suis discrédité auprès de toute mon école parce que vous avez décidé de m'embrasser en public ?
- Tu étais obligé de le tourner comme ça alors que je viens de te dire que je culpabilise à ce sujet, hein ?
- Oui.
- OK, c'est bon, c'est mérité. Je suis pardonné ?
- Je vous préviens tout de suite : si je dois expliquer les choses de la vie à Hinata et Kageyama demain, je vous en tiendrai rigueur longtemps."

Kuroo rit doucement à l'autre bout du fil.
Tsukishima se sent bizarrement bien en entendant ce son.
Il est gravement atteint.

"Tu en rajoutes une pelle. Je suis sûr qu'ils ne peuvent pas être aussi bêtes que ce que tu en dis.
- Le portrait que j'en dresse est malheureusement en deçà de la réalité. Je veux dire, ils ne savent même pas s'exprimer correctement.
- Ouais, c'est pas comme toi qui dit "en deçà" à 23 heures passées. Il y a vraiment des gens qui disent "en deçà" ?
- Quand c'est le terme approprié, oui.", explique Tsukishima.
"Ça te dit qu'on se voit pendant les vacances, alors ?", reprend Kuroo.
"Hm. Ça m'angoisse légèrement mais bon, ça me semble un peu obligatoire si on veut... enfin... mettre les choses au clair.
- Je peux venir pour une journée. Ou un peu plus si tu penses pouvoir m'héberger. J'ai de quoi me payer le train, mais très clairement pas l'hôtel.
- ... prenez déjà un billet de train aller. Je vais demander à ma mère, mais la chambre de mon frère est libre depuis qu'il est à la fac, il n'y aura pas de souci de ce côté-là, je pense.
- Ça te dérange pas si je reste plusieurs jours ?
- Je sais pas. C'est pour ça qu'il vaut mieux que vous preniez juste un billet aller. Comme ça au moment où on se tapera dessus, vous pourrez rentrer chez vous."

Kuroo se met à rire à l'autre bout du fil.

"Il vaut mieux prendre ses précautions, c'est vrai. Le 24, ça t'irait ?
- Oui. Vous êtes libres jusqu'à quand ?
- J'ai une journée d'orientation le 2, donc j'ai de la marge. Je te laisserai tranquille avant, hein.
- ... je sais même pas où vous allez à la fac. Ni ce que vous allez étudier.
- Waseda, fac de maths.

- Ça t'en bouche un coin, hein ?
- C'est que vous avez pas tellement l'air d'un intellectuel, hein.
- T'inquiète, même moi j'y crois pas. J'ai juste eu un pot monstrueux sur l'examen d'entrée. J'ai raté des concours d'entrée d'universités vachement moins bien cotées, en fait.
- Vous rabaissez pas. Si vous avez réussi c'est que vous en étiez capable, c'est tout.", dit Tsukishima, un peu fier quand même d'avoir un petit ami qui va dans une université si connue.
"... merci.
- ... Kuroo-san ?
- Tu comptes garder les honorifiques ?
- Je ne sais pas, ça me va pour l'instant.
- ... qu'est-ce que tu voulais dire ?
- Il va être minuit.
- Et ?
- ... et j'ai cours demain.
- Moi aussi, mais bon, j'aime bien t'avoir au téléphone. Ça t'embête ?
- Pas vraiment. C'est juste... étrange.
- Pourquoi ?
- Parce qu'on parle sans se vanner, et ce n'est même pas trop désagréable.
- Je trouve ça aussi étrange que toi, si ça peut te rassurer.

- On est jeunes et amoureux, c'est normal...
- Evitez de déblatérer des âneries pareilles, ça va me donner envie de raccrocher.
- Ça y est, on arrive au maximum qu'on puisse tenir sans une petite pique, je crois.", répond Kuroo et Tsukishima entend le sourire dans sa voix.
" ... probablement."

Kuroo baille à l'autre bout du fil.

"Bon, je vais te laisser avant que ça ne s'envenime, alors. Et puis je suis vanné. C'est fou ce que ça fatigue un tournoi de volley.
- Hm. Bonne nuit.
- Bonne nuit, Tsukki."

Kuroo raccroche mais dans l'instant, Tsukishima reçoit un mail.

'Je peux te rappeler demain ?'
'Oui.
J'espère que vous avez un forfait correct par contre.
Bonne nuit.'
'J'ai l'illimité, désolé pour toi.
Bonne nuit'

Tsukishima pose son téléphone sur sa table de nuit, se glisse sous la couverture et s'endort plus vite qu'il ne l'aurait imaginé possible.


En voyant la banderole à l'entrée du lycée félicitant le club de volley pour sa performance au tournoi de printemps, Tsukishima a du mal à réaliser que les matchs n'étaient qu'hier.
Ses muscles s'en souviennent (malgré les étirements il a un mollet qui le fait souffrir à chaque pas), mais il s'est passé tellement de choses depuis que les matchs ne sont qu'un vague souvenir, un peu trop flou pour être vrai.

"Tsukishima."

Bon, la première personne qu'il croise ce matin se contente de le doubler avec un signe de tête, c'est déjà ça.

"Shimizu-sempai.", répond-il, enlevant son casque et s'inclinant un peu plus que son aînée. En quelques secondes la manager a rejoint un groupe de filles qui entrent par la porte principale.

Il s'arrête au niveau de la banderole, se demandant qui l'a installée si Shimizu vient d'arriver. Peut-être Yachi. Ou Takeda-sensei.
Probablement Takeda.
Quelqu'un s'arrête à côté de lui et Tsukishima n'a pas besoin de tourner la tête pour savoir que c'est Yamaguchi.

"La classe...
- Tu trouves ?
- Grave. Même si j'ai pas beaucoup participé, je suis super fier en voyant ça."

Au milieu de la musique qui continue d'être diffusée dans le casque qu'il a maintenant autour du cou, Tsukishima entend la notification d'un mail. Il sort son téléphone de sa poche, et retient un petit rire avant de montrer à Yamaguchi la photo envoyée par Kuroo : une banderole de félicitations au club de volley de Nekoma.

"Tu vois, même à la grande ville, ils font ça.", reprend Yamaguchi, un sourire aux lèvres.
"Hm.
- Je dois vite fait passer au bureau des professeurs avant les cours, tu m'accompagnes ?
- ... ça ne te ressemble pas d'être convoqué.
- Je vais voir Take-chan-sensei parce que j'aide à organiser la fête de ce soir pour le départ des troisième année.
- OK.
- ... tu ne lui envoies pas une photo de notre bannière ?
- Non, c'est bon. Il a plus de quoi être fier, c'est le capitaine de son équipe.
- Je ne suis pas d'accord avec toi mais fais comme tu veux."


Yamaguchi, Yachi et le coach Ukai sont en train de finir de mettre en place quelques tables à l'extérieur du vestiaire, sur l'herbe entre le bâtiment et le gymnase. Des sacs de boissons et de nourriture sont rangés contre le mur et le sourire aux lèvres des trois énergumènes en train de travailler lui met bizarrement du baume au cœur.
Plutôt que de rester dans son coin, Tsukishima retire son casque, pose son sac avec les autres et va aider son meilleur ami qui semble menacé par une chaise pliante.

La porte du gymnase est ouverte et on entend un ballon et le crissement des baskets de temps à autres. Tsukishima sait qu'il n'y a que Kageyama et Hinata pour encore vouloir jouer au volley le lendemain d'un tournoi pareil.
Tant mieux, ça évite de les avoir dans les pattes.

Les deuxième année arrivent alors que son téléphone sonne.

"Oui ?
- J'imagine que tu as fini les cours ?
- Hm. Je suis au club. On fête le départ des troisième année.
- Ah la chaaaaance. Moi j'ai eu le droit à rien ! Comme le coach Nekomata prend sa retraite, on fait une fête pour lui demain, et puis c'est tout. J'suis un peu deg.
- Ta vie est trop dure.
- Si tu savais... j'ai pensé à toi toute la journée.
- ... vraiment trop dure.", ajoute Tsukishima, se tournant vers un mur.
"Naaan, pas si dure que ça, j'ai pas pensé à des choses perverses, non plus.", répond Kuroo, et Tsukishima se sent plutôt blêmir à l'allusion, pour le coup.
"Si j'avais pas tout un public derrière moi, je te dirais bien ce que j'en pense, mais comme je ne peux pas te faire avaler ton téléphone à distance...
- Aaah, Tsukki. C'est justement parce que tu as un public que ça en devient drôle.
- C'est bizarre, je me souviens d'une conversation hier soir où tu t'excusais exactement pour ça.
- ... hm. Bon, quand j'en fais trop, engueule-moi, hein.
- Je fais que ça. A longueur de temps.
- Je peux te faire une magnifique déclaration ou tu as le haut-parleur ?
- Je ne l'ai pas mais c'est non quand même.", répond Tsukishima et Kuroo s'esclaffe de l'autre côté de la ligne.
"Tant pis. Tu m'écris quand tu as du temps pour que je te rappelle ?
- ... ok.
- A toute."

Quand Tsukishima remet son téléphone en poche et se retourne vers le reste du club, tous les regards sont tournés vers lui.

"Quelque chose ne va pas ?", demande-t-il à l'assemblée pour essayer de garder l'ascendant sur la situation.
"... tu souris.", explique Yamaguchi.
"Et c'est interdit ?
- Non, juste perturbant !", ajoute Tanaka.
"Moi je trouve que ça lui va bien !", crie Nishinoya, et Tsukishima aurait préféré n'en rien savoir.

Heureusement, c'est à ce moment qu'arrivent les troisième année avec Takeda-sensei et le centre de l'attention est reporté sur eux.


"Tu voudras faire quelque chose, pendant les vacances ?", demande Yamaguchi le dernier jour des cours, alors qu'ils vont vider leurs casiers des vestiaires du club (même s'ils sont de retour dans deux semaines, c'est apparemment la procédure).
"Pourquoi pas.", commence Tsukishima, tout en se disant que, peut-être, il serait temps de dire à Yamaguchi que sa deuxième semaine de vacances sera probablement prise.
Ou pas.
Tout dépend de combien de temps il tiendra avant de craquer et de remettre Kuroo dans un train.
"En fait, je...", reprend Tsukishima, et même si ce n'est pas son style de balbutier, ça l'est encore moins de parler de ses affaires de cœur, donc il ne sait pas comment tourner la chose. "Kuroo-san vient le 24. Pour quelques jours.
- OK. J'espère que ça se passera bien.
- Hm.
- On peut se voir avant. Ça te dit un ciné, lundi prochain ? Mon père a eu des réducs par son travail.
- OK.
- ... tu es content qu'il vienne, au moins ?
- En fait, plus les jours passent et moins je sais quoi en penser. Je suis content, hein... mais...", commence Tsukishima, mais il ne voit pas comment il pourrait dire à Yamaguchi qu'il est terrifié en ayant toujours la classe aux yeux de son meilleur ami.
"... mais ?
- ... c'est un peu... stressant ?
- Oh. Euh... en quoi ?
- En fait en ce moment ça se passe bien. Etonnamment bien. Genre on est au téléphone tous les jours et aussi bizarre que ça puisse paraître, c'est tout à fait plaisant. Alors je me dis qu'en vrai ça va forcément dégénérer."

Yamaguchi se met à rire.

"Merci de te moquer.
- Je me moque pas. En fait, je pensais que tu étais intimidé genre... à l'idée de dormir dans la même chambre, ou un truc comme ça, et j'aurais pas su quoi te répondre sur ce sujet... alors que ce soit juste ça... j'suis rassuré.
- Il dormira dans la chambre d'Akiteru.", répond Tsukishima, ne voulant pas, mais alors surtout pas, aborder un tel sujet avec Yamaguchi.
"C'est vrai qu'elle est trèèèès loin de la tienne."