...

Tokyo, sans neige, plongée dans la claire nuit, illuminée de maintes lueurs... Hitomi, affalée sur le trottoir, se relevait en gémissant, se disant qu'elle avait connu plus délicat comme atterrissages. Elle eut un sourire contrit à la vue de ce qui l'entourait. Des hommes en costard, pointant sur elle un automatique, prêts à tirer.

- Me revoilà à peine à Tokyo et une dizaine d'hommes me veulent déjà morte, sourit-elle, amusée.

- Bienvenue à Tokyo, mademoiselle Kanzaki, lança un parrain, une cigarette presque achevée dans la bouche, souriant.

- Oh ! Vous vous êtes donné la peine de m'inviter, cher très cher Makoto ! Vous n'auriez pas dû ! Je suis émue par tant d'affection !

- L'État vous veut morte mais moi je vous veut pour être ma diplomate. Beau marché, non ?

- Hmmm... La cage ou la tombe ? La cage ou la tombe... La cage ou la tombe... Je dirai, aucun des deux !

Elle bondit sur le parrain, lui volant l'arme qu'il avait à se ceinture, la plaquant contre la tempe du vieil impérialiste.

- A présent, finit de jouer les gars, j'ai à faire à Tokyo avant de rentrer d'où je viens, fit-elle, sérieuse, son regard luisant de sombres promesses.

- Tu n'oseras pas tirer, souffla le parrain, étouffé par le bras qu'elle avait sous sa gorge pour l'immobiliser.

- Un pied de moins, ça vous tente, siffla-t-elle, armant le pistolet, prête à faire feu.

- C'est bon ! C'est...

Il n'acheva pas sa phrase. Une moto arriva en dérapant, fauchant quelques uns des hommes du parrain. Hitomi sourit, amusée et ravie. Elle dit :

- Il est temps que je vous quitte. Merci pour cette belle invitation et ce beau pistolet rechaussé d'argent !

Elle bondit sur le siège passager de la moto qui démarra en dérapant, frappant tous ceux qui tentaient d'approcher avant de filer à travers un boulevard, brûlant tous les feux et dépassant la limite de vitesse de quelques milles.

-Ravi de te revoir à Tokyo, Hito ! Lança le motard en lui tendant un casque.

- Comment as-tu sut que je serai là, Ken, lança Hitomi en enfilant son casque.

- Voilà une semaine que je surveilles la famille Makoto, ils étaient louches et avaient assiégé ton appartement.

- Hmm... Je m'en doutais. Quoi de neuf dans la métropole ?

- Quoi ? Depuis six mois ? Oh ! Pas mal de nouveautés ma chère ! Tous te croient morte : presse, radios, toile. Aucun signe de toi sinon une flaque de sang à quelque mètres de ton poste de travail.

- Ah oui. Dommage que d'autres n'aient pas cru les infos, soupira-t-elle.

- Tu es retournée là bas ?

- Oui... Roules ! Nous en parlerons dans la planque. Comment vont les autres ?

- Tout le monde va bien, ils attendent avant de lancer un article, nous avons peur que nôtre planque ne soit plus sure.

- Normal, elle n'est pas sure. Il vous faut quitter la métropole, idiots.

- Pour aller où ?

- Pied du mont Fuji, on en avait déjà parlé.

La moto ralentit, ils arrivaient à un petit squatte dans les bas-fonds de Tokyo. Hitomi sauta à terre lorsque l'engin s'arrêta, ôtant son casque et sa cape d'hiver. Elle soupira en songeant à son amant sans doute mort d'inquiétude et suivit son camarade d'écriture à l'intérieur de l'immeuble désert, grimpant au neuvième étage où se trouvait tout leur matériel et leurs comparses. Solidaires par nécessité, ils acceptaient la mort de chacun, la disparition d'un autre ou la fuite de l'un. Hitomi entra, ôtant sa chemise et son pantalon dans la salle de bain pour enfiler un de ses T-shirt et un jeans à elle qui traînait. Elle croisa ses camarades, nez sur leurs claviers, un sujet fâchant leur demandant toute leur concentration, disant juste :

- Oh ! Hito, tu es en vie. Ravi de te revoir...

Hitomi leur adressa un vague signe de la main, regagnant le salon placardé d'écrans où le Ken se trouvait. Il avait ôté son caque, sa chevelure rouge sans nouée en une queue de cheval arrivant à peine au bas de sa nuque. Il lança une cannette à Hitomi et dit :

- Qu'est ce qui t'amène à Tokyo ? Je te croyais bien là bas...

- J'y étais bien, soupira-t-elle en s'asseyant, ouvrant sa cannette. Mais ils m'ont ramenée à cause de leur foutue machine.

- Ah oui, cette saloperie... Nous tentons de l'avoir depuis des semaines.

- Je dois l'avoir, la détruire, pour retourner à Gaia.

- Ce sera dangereux. Tu as enfin retrouvé ton promis, ne gâches pas tout, Hito. Ta vie ne t'appartiens plus si simplement. Et je ne suis pas prêt à affronter ton roi.

- Je le sais. Si j'y vais, c'est pour en survivre, non pas pour mourir là bas. Je ne pourrai pas vivre en paix sachant que des connards ici peuvent me tuer ou le tuer.

- Ahaha ! Ils le toucheront pas à ton beau roi !

- La ferme, Ken ! Je ne prendrai aucuns risques ! Verrouilles les passages magnétiques, s'il te plaît.

- Si je le fais, il ne pourra pas ouvrir de passages, tu le sais.

- Justement, Ken, fit Hitomi, son regard brillant d'inquiétude. Je sais qu'il tentera de venir et cela me rend folle d'inquiétude. Il en sait rien de la vie ici. Il se fera tuer aussi facilement qu'un aigle en vol !

Keniji, capitaine du mouvement polémique de Tokyo, tira vers lui un clavier. Il pianota rapidement quelques séries de codes, disant à son bras droit, Hitomi, surnommée Hito :

- Je ne peux le garder verrouillé que deux semaines. Toute entrée sera impossible. Mais je t'ai laissé la sortie, au cas où tu serais dans une mauvaise passe.

- Merci, Ken ! Je partirai dès que possible, il me faudrait une moto et quelques armes.

- Je t'accompagnerai et j'emmène Yu et San. Ils étaient militaires, ils sont très doués, que ce soit à l'écrit ou sur le terrain.

- Aussi doués que toi et moi ?

- Pas à ce point là, sourit Ken en se levant.

Hitomi sourit à cette remarque et dit :

- Bon, je vais dormir un peu, nous partirons dès que possible de toute façon.

- Ok !

Hitomi sortit du « salon », pianotant sur l'écran de son androïde qu'elle avait trouvé que la table du « salon », sûrement récupéré en mission, se renseignant sur tout ce qu'elle avait manqué en six mois. Elle se fichait de l'avenir du pays, de la pollution, de la couche d'ozone, se centralisant sur les découvertes de corps et nouveaux groupes contre-mondialiste ou hackers qui avaient renforcé leurs positions. Elle sourit, constatant que ses vieux alliés, compagnons de terrain, n'avaient pas cédé et gardaient leurs positions. Elle leur envoya à tous le même mail, disant :

« Dans 58h, minuit, feu d'artifice à L'IPPG, (International Protection Particuliar Gouvernements) , soyez nombreux, motos, fléchettes et bien sur, pistolets à eau ! #HitoHito »

En quelques secondes, elle reçut plusieurs accords et messages de bienvenue, certains disaient qu'elle avait été plaquée par son roi, d'autres qu'elle s'était perdu en route, d'autres que Tokyo et ses écrans lui avaient manqué...

Entendant sans cesse biper son androïde, Ken lança en riant :

- Ahahaha ! Bon retour à Tokyo, Hito !

- Ce n'est pas un retour espéré, Ken, soupira Hitomi en regagnant la petit coin où plusieurs couchettes étaient disposées et quelques hamacs étaient accrochés. Elle grimpa sur le hamac qui était face à l'immense fenêtre où une vue panoramique de la ville dite « Basse » s'offrait à elle. La jeune fille leva les yeux vers la lune et la planète qui était invisible à ses côtés. Elle soupira, songeant à son amant, laissant le sommeil l'emporter lentement, un automatique dans sa main droite.

Van était calme. Il n'avait pas fait de sautes d'humeurs depuis la veille, ce qui inquiétait Merle. Elle partageait sa peine. Mais elle avait vu, comme lui, le message étrange qui avait illuminé le ciel lorsqu'il avait tenté de créer un pilier de lumière, quelques heures après l'annonce de la disparition de sa fiancée. Il avait été retenu par son Conseil et ses vassaux n'avaient pu l'informer que lorsque les portes furent ouvertes car les hommes de main du Conseil leurs avaient barré le passage. Irrité Van avait entendu ses vassaux annoncer, calmement que sa fiancée avait été arrachée de Gaia par un ennemi de la Lune des Illusions qui maîtrisait une étrange machin permettant par X et Y de téléporter quelqu'un qu'importe la distance ou la dimension spatiale ( pas temporelle, ceux de la Lune des Illusion ne sont pas encore assez fous pour espérer changer l'histoire ).

Van, en suppliant un pilier de lumière, fut plus que déçu et irrité de voir un petit message illuminer le ciel sombre, disant :

« Nous avons des choses à régler entre fous, merci de rester chez vous. Hito reviendra quand son travail sera accompli ou en cours d'accomplissement. Cordialement, Keniji, capitaine de l'agent Hito. »

Ainsi donc, il décida d'avoir foi en sa fiancée, bien qu'il n'ait peur pour sa vie. Il décida de mener à terme tous ces dilemmes que lui entassait le Conseil, se demandant si ceux ci ne devraient pas songer à une retraite en montagne, loin des affaires politiques qu'ils envenimaient au lieu de les arranger.

Dix motos, trois voitures et deux planeurs furtifs équipés de propulseurs et de mitrailleuses. Deux pistolets à sa ceinture, une longue lame en acier unique à son dos, quelques grenades à sa ceinture équipée de quelques autres astuces, Hitomi pilotait sa propre moto, une superbe moto de sport d'un noir opaque, accompagnée de Ken aux commandes de sa motos d'un rouge flamboyant. Elle savait que plusieurs alliés allaient encore rappliquer. Elle devait juste détruire le seul exemplaire qui existait de cet engin irritant. Elle se demanda un bref instant s'il avait un nom mais oublia rapidement cette idée, concentrée sur sa mission.

Les trois voitures étaient de gros 4x4 blindés équipés d'anti-missile et renforcées d'un métal par-balle. Elles foncèrent vers la cible : une villa en plein terrain bétonné et jardiné. Cette villa est la demeure principale de l'inventeur de la machine. Il la conservait dans son laboratoire, un grand hangar faisant a moins vingt terrains de foot. Les murs furent fracassés, les voitures grondèrent en poursuivant leur course, détruisant le mur opposé et pénétrant l'immense hangar, leurs phares illuminant la place. Les motos passaient par le chemin tracé par les véhicules, se dispersant un fois dans le hangar alors que les planeurs tiraient sur les murs pour que les pilotes ne soient pas piégés entre quatre murs.

Hitomi remarqua alors une énorme chose. Elle ressemblait à une immense sphère de chair et de sang alimentée par de nombreux câbles et tuyaux. Hitomi tressaillit d'horreur en voyant cela. Elle lança, sa voix étant transmise par le micro qui était équipé dans tous les casques de pilotes ( moto, voiture ou planeurs )

- Bon, la cible est prioritaire. Une fois celle-ci explosée, tout le monde se repli par ses propres moyens là où il le souhaite.

- Tu vas nous quitter, HitoHito, la taquina l'un de ses alliés qui arrivait seulement avec ses camarades, investissant le flanc droit du hangar.

- Tokyo n'est plus ma ville, tu le sais, sourit la jeune fille.

- Moui. Si tu es mieux là bas, c'est au mieux pour nous, nous ne devrons plus veiller à ta survie, ria un autre leader, arrivant sur le flanc gauche.

- On prendra vite ma place dans ce monde désuni, n'ayez crainte, le futur bras droit de Keniji sera bien plus compétent et moins égoïste, fit-elle avec un clin d'œil.

- Pas faux, s'amusa Ken en faisant gronder son moteur.

Face aux adeptes de la polémique, une rangée de motos blanches, montées d'hommes sans conscience, des prototypes de combat pourvus d'une interface portant les ordres, et de gardes était apparue.

- Dansons, les amis ! S'exclama Hitomi en fonçant.

Et les motos, fantassins sur le champs de bataille, entrèrent en collision.

Et le métal, dans un bruit strident, se déchira.

Et le sang, avec un infime délicatesse, coula.

Et la « chose », remuant comme un cœur battant à la chamade, ses nervures violacées se démarquant sur sa peau rosâtre, fut frappée par trois grenades. Une de Hitomi, Une de Keniji, une du Leader du Nord de Tokyo.

Et la chair se répandit, et la chose sembla mourir et l'inventeur hurla.

Et il hurla ! Hurla ! Hurla ! Sa peine, sa douleur, son travail perdu !

Et son cœur ne supporta pas le choc. Il tomba, les yeux exorbités, son âme déserta.

Hitomi,et Keniji ordonnèrent le repli, la mission étant accomplie.

Les leaders se dispersèrent. Les motards s'éparpillèrent, les voitures filèrent et l'ennemi tenta de suivre.

Le meneur, l'ennemi, la recherchée...

Nom de code : Hito. Tendance à la polémique et aux scandales médiatiques. Activiste pour le mouvement polémique de Tokyo, bras droit du criminel international dénommé Ken.

Ils devaient l'avoir. Ils suivaient son véhicule. Hitomi pesta en remarquant cinq motos à ses trousses. Elle se demandait si Van avait tenté de forcer le passage. Si Keniji avait expliqué la raison du verrouillage ou s'il avait joué les mystiques. Elle sourit à cette idée. Il aimait agir ainsi.

Elle était sur la voie rapide, liant Tokyo à se périphérie si peuplée... Elle avait beau foncer, ils la suivaient et cela la lassait.

Étant donné les injures qu'elle entendait dans son casque, Ken aussi avait été coursé. Elle soupira, elle n'aurait pas d'aides venant de...

Elle dérapa, prise au dépourvu par ce qui lui faisait face. La vitesse... La distance de freinage... Trop tard. Avec un juron, elle et son véhicule furent engloutis par le pilier de lumière bleu qui avait frappé la voie rapide. Les cinq motos la coursant y entrèrent à toute vitesse.

- Ken , le passage, hurla Hitomi, furieuse alors que sa moto s'envolait.

- Bye, HitoHito, lancèrent plusieurs voix, amusées.

- Idiots ! Des motos sur Gaia !?

Elle s'envolait vers le ciel , tenant fermement son guidon, prête à foncer dès que ses pneus effleureraient le sol. Ses poursuivants étaient à présent trop près... Mais où arriverait-elle ? Et si elle finissait en forêt ? Les arbres l'empêcheraient de fuir ! Elle pestait, cette situation, elle ne l'avait pas prévue.

- Ça t'aidera à voyager ! Lança narcissique la Leader du Nord dans son casque.

Elle ne répliqua pas, le pilier avait disparu.

...

...