Un bruit fracassant frappa Fanélia. Van, dans la salle du trône avec ses vassaux et généraux, parlant de la nouvelle attaque des Kaizos à la frontière, se leva d'un bond.

- Que se passe-t-il encore, lança le roi, irrité.

Cela faisait deux semaines que la jeune fille avait disparu. Il se doutait que la tâche à accomplir sur la Lune des Illusions n'était pas simple. Il croyait en son retour prochain.

Au cœur de la capitale, il y eut de grands cris et un bruit étrange, comme un grondement. Van et ses vassaux et Généraux, du balcon de la salle du trône, fixaient la rue principale où les gens se dispersaient. Ils virent alors ce qui faisait paniquer la foule. Six engins étranges fonçaient à vives allures, évitant le peuple mais risquant de manger n'importe quelle façade...

- Majesté, voici le retour de vôtre fiancée, lança le seigneur Valki. En effet, l'engin de tête était manœuvré par une jeune femme portant une tenue de combat comparable à celle des ninjas des monts de l'Est. La visière de son casque était relevée, dévoilant son visage sérieux et ses yeux guettant le moindre obstacle.

- Ils se dirigent droit sur la cour principale du palais, souligna le Seigneur Law.

- Dangereux cet engin, lança le Seigneur Néra, sourcils froncés.

- Descendons plutôt, au cas où elle aurait besoin d'aide, fit Van en souriant malgré lui. Une vague de soulagement l'avait envahi lorsqu'il avait reconnu son visage.

Hitomi arriva à la cour du palais, manquant de faucher les gardes qui avaient voulu l'intercepter, la croyant incapable de maîtriser sa moto. Elle s'arrêta en un dérapage, son pneu arrière traçant des marques sur le sol de terre et de pierre, dressant un rideau de poussière furtif. Les cinq motos arrivaient juste. Hitomi sortit ses deux revolvers, les braquant sur ses poursuivants, visant la tête. Elle tira cinq fois, alors que lui tournaient autour les marionnettes de l'inventeur fou. Hitomi soupira, lasse, en ôtant son casque alors que les cinq motos tombaient, entraient en collision dépourvues de pilotes. Elle n'avait pas tué des hommes. Elle se le répéta un dixième de seconde. Elle avait tué des humanoïdes...

Elle coupa le contact de son bolide, espérant pouvoir l'entretenir à Fanélia avec les morceaux qu'elle récupérerait sur ceux de ses victimes.

Les gardes arrivaient, lances dressées, hurlant :

- Qui êtes vous pour attaquer le palais ?

Hitomi, les comprenant, avait posé son casque, ses armes, levé les mains, disant :

- Je suis navrée pour cette entrée. Je suis...

- Navrée ? Vous avez failli nous tuer ! Vous allez nous suivre en cellule !

Hitomi fronça des sourcils, disant d'une voix ferme, baissant les mains :

- Je suis Hitomi, fiancée du roi Van et je ne compte pas me faire enfermer !

- A d'autres !

Ils lui saisirent les bras alors qu'elle protestait haut et fort.

- Lâchez - la !

Van arrivait, suivi de ses vassaux et Généraux. Hitomi se dégagea vivement, elle sauta au cou de son amant, rassurée de le voir ! Elle avait craint qu'il ne soit parti pour Tokyo, se perdant dans cette ville corrompue et dangereuse.

- Hitomi, j'étais si inquiet, lui souffla-t-il en la serrant contre lui, humant son parfum comme pour se convaincre qu'il ne rêvait pas.

- Vôtre capitaine nous a confié, par le biais d'un étrange message, que vous aviez du travail, lança le Seigneur Néra.

- Oui... Une petite chose à régler. Cela prit plus de temps que prévu mais bon, au moins c'est fait, leur annonça Hitomi lorsqu'elle se résigna à se détacher de son fiancé.

- Quelle entrée !

La voix venait des portes principales du palais, par où Hitomi avait surgi. Elle eut un frisson d'horreur en entendant cette voix. Elle se dit qu'elle aurait dû l'emmener à Tokyo pour le livrer au Leader du Nord... Il aurait aimé détruire les barrières psychiques d'un prince narcissique...

Il était derrière la jeune fille, la fixant des pieds à la tête, encadré de six hommes en armes. Elle se résigna à se retourner, sursautant en le voyant si près d'elle...

Le Prince de Divi. Ce satyre qui l'avait tripotée... Elle lança :

- Ravie que mon entrée vous ait plu.

- Pas plus que vôtre tenue, milady !

Hitomi fronça les sourcils, Van sentait un élan de colère le gagner. Les vassaux soupiraient, songeant à l'inévitable.

- Vos jambes devraient être mises en valeur par vos tenues !

- Je ne suis pas une parvenue. A Gaia je m'habille de sorte à ne pas être sujette de médisance. Sur la Lune des Illusions, je fais pareil.

- Bah, une parvenue reste une parvenue.

- Osez seulement vous répéter, siffla Van.

- Une menace, mon roi ? s'enquit le prince.

La main de Hitomi partit d'elle même, giflant ce prince prétentieux avec tout ce qu'elle avait. La claque résonna un instant dans la cour. Les serviteurs s'étaient figés, bouche bée. Les servantes riaient, applaudissant leur reine.

Les réactions du groupe de protagonistes furent plus lentes. La lèvre fendue, saignant, le prince hurla un ordre dans un langue que nul ne comprit mais que Hitomi associa à un néerlandais très prononcé. Deux des gardes du corps immobilisèrent la fiancée royale, ses bras .

Van avait dégainé, sa lame sous la gorge de l'un des assaillants. Un troisième gardes pointait son arme sur le roi de Fanélia et de ce fait était menacé par deux Généraux. Le quatrième avait une arme sous la gorge de la coupable, menacé des pointes étincelantes ds Seigneurs Law et Néra. Le Seigneur Valki avait plaqué à terre le prince prétentieux, assis sur son dos, étudiant la situation. Le sixième garde avait les mains levées, se sachant incapable de vaincre la troupe restant.

- Une déclaration de guerre, peut être, fit Van sur le ton de l'hypothèse. Le prince, rouge de honte et le souffle court, à plat ventre sur le sol, s'exclama, du mieux qu'il put :

- Assez ! Asssssez ! Repli ! Repli !

Les gardes baissèrent leurs armes, lâchèrent Hitomi qui saisit d'un geste naturel ses deux pistolets pour les glisser à sa ceinture.

Van rengaina alors, disant :

- Bon vent, prince de Divi. N'étiez vous pas sensé partir au matin ?

- Si. Je m'en vais de suite ! Au revoir, roi de Fanélia !

Dans sa voix résonnait colère et humiliation. Il ajouta en partant :

- De cela, je me souviendrai, petite effrontée, lorsque je te ferai mienne.

Van esquissa un mouvement dans sa direction, le regard billant. Hitomi posa une main sur son épaule, secouant doucement la tête :

- Il n'en vaut pas la peine, Van. Rentrons avant que cela ne prenne une ampleur trop importante.

- Sage réflexion, confia le seigneur Law avec un sourire en coin.

Van soupira, rengaina et offrit son bras à sa fiancée pour l'escorter à l'intérieur.

...

...