Lorsque tomba la nuit, Hitomi regagna sa chambre, épuisée. Elle avait passé la journée à expliquer le pourquoi du comment de l'importance du stockage de ces « engins étranges » dans les hangars. Les Conseillers, ses bons amis, voulaient que les débris des motos et sa moto , de sport noire, soit détruits. Elle avait refusé ! Ils avaient argumenté. Le roi n'avait pas son mot à dire puisque cela ne le regardait pas. Cela l'irrita quelque peu...

Elle retira sa tenue de mission, se disant qu'elle lui serait utile lorsqu'elle voyagerait. Elle enfila une légère robe de chambre, se glissant ensuite sous ses draps pour s'autoriser à fermer les yeux, ses armes et chargeurs ( car elle avait pris quelques munitions avec elle ) sur son petit bureau, près de la fenêtre au balcon.

Il faisait sombre. Elle avait froid. Autour d'elle, une salle peu éclairée. Elle lança un regard circulaire, ses mains sus ses épaules pour les frotter et les réchauffer. Son regard émeraude s'arrêta sur une personne. Cette silhouette, elle la reconnaissait. Ce regard, elle avait espéré ne plus jamais le croiser. Elle retint le ri d'horreur que sa gorge avait failli laisser filer. Elle recula, horrifiée, se demandant comment cela était simplement concevable. Elle se souvint alors du comportement étrange de son ancien ami. Elle avait porté ses mains à sa bouche, d'horreur. Face à elle, sa vision la confrontant à une réalité qu'elle ignorait, Dilandau se tenait. Il souriait de ce sourire ivre de folie, face à l'expression perplexe et horrifiée de celle qui avait détruit ses plans. Détruit l'empire.

- Bon retour sur Gaia, jeune fille. Je me réjouis de vos fiançailles, vous serez encore plus vulnérables ! Dit-il.

- Nos liens vous ont déjà détruits. Cela ne changera pas aujourd'hui !

- Elle est devenue orgueilleuse avec le temps ! Ahaha ! Je vois bien pourquoi tu es encore en vie !

- Que faites-vous là ? Où est Serena ?

- Oh ! Celle la ? Je m'en suis défait. Trop faible, la gamine. Elle est rentrée chez elle je pense, il aurait été ennuyant de la tuer, elle n'est rien.

- Alors pourquoi Allen...

- Parce qu'il n'a pas encore fait un tour chez lui peut être. Assez parlé de lui. Je serai à Fanélia, pour vos épousailles.

- Ne crois pas pouvoir t'en prendre à Van si facilement, cracha la jeune fille, son regard noir braqué sur ce pauvre fou.

- J'aurai le roi de Fanélia ! J'aurai ta tête aussi ! Mais pas avant un moment Feru a quelques affaires à Fanélia, je le laisserai s'occuper de ton cas.

- Si tu crois que...

- Oh, je ne crois pas... Je suis à Fanélia !

Hitomi brisa la connexion, le souffle court, les yeux écarquillés d'horreur, assise sur son lit. Elle se donna un instant pour reprendre son souffle puis quitta ses draps d'un bond , saisit une arme et courut à la porte. Les derniers mots de Dilandau résonnaient encore en son esprit. Elle craignait le pire.

Elle débarqua dans le corridor en ouvrant ses portes à volées, faisant sursauter les Généraux qui montaient la garde, comme à leur habitude. La jeune fille ne prit pas la peine de leur dire un mot, elle fonçait vers la porte opposée, celle de la chambre royale, la chambre de Van.

Elle entra sans frapper, le cœur serré par l'inquiétude. Il était allongé sous ses draps, vaincu par l'épuisement. Il dormait profondément. Elle remarqua la lame qui filait du balcon, le visant. Elle hurla :

- VAN ! ATTENTION !

Le roi draconien ouvrit les yeux aussitôt la voix reconnue, tous ses muscles lui hurlant de réagir. Il décelait dans le cri de la panique, de la douleur... Il y eut un éclat, par réflexe, il s'écarta, la lame se planta dans son épaule, ratant son cœur par chance.

Hitomi n'attendit pas, brandit son automatique, visa l'ombre à la fenêtre et tira. L'arme pourvue d'un silencieux cracha ses balles sans bruit.

Il y eut un cri de douleur, un bruit de guymelef s'envolant puis un silence. Les Généraux qui avaient assisté à la scène avaient foncé à la fenêtre pour constater qu'un guymelef disparaissait sous une cape d'invisibilité et fonçait vers l'Est. Impossible de suivre l'invisible...

Hitomi était au chevet de son amant, son regard luisant d'inquiétude, les mains tremblantes n'osant pas toucher à l'arme plantée dans son bras. Il souriait, amusé de la voir si paniquée, assis sur son lit.

- Oh Van... J'aurai dû arriver plus vite. Désolée, tout est de ma faute...

- Tu rigoles ? Tu viens de me sauver la vie ? Si je n'avais pas bougé, il m'aurait eut au cœur, s'exclama le roi de Fanélia avec sérieux.

- Mais j'ai vu Dilandau ! Je savais ! J'aurai dû être plus rapide !

- Tu as vu... QUOI ?

Il la saisit soudain par les épaules, l'examinant des pieds à la tête, à la recherche d'une blessure quelconque. Elle eut un petit sourire, disant

- C'était une vision... J'ai failli arriver trop tard...

Van retira la lame qui était plantée dans son bras. Hitomi ouvrit la bouche pour exprimer son désaccord face à cette rudesse. Elle la garda ouverte, fascinée. Face à elle, la blessure se transformait déjà en une entaille rose de deux jours, le saignement ayant totalement cessé.

-Que... Comment, souffla-t-elle.

- Le sang dragon, Hitomi. J'ai un organisme qui se régénère très rapidement.

- J'ai cru ton bras fichu... Mais...

Elle était toujours ébahie. Il rit, alors que les Généraux se retiraient.

- Milady, ne vous jetez plus au devant du danger, s'il vous plaît, lança le Général Jiyu, sourcils froncés, inquiet, en partant.

- Nôtre roi est un roi guerrier. Il sait la guerre et sait les risques de sa position. Vous ne devez pas vous exposer ainsi, commenta le Général Kaze en fermant la porte.

Van hocha la tête, comprenant les risques encourus face à cet acte...

Hitomi se glissa près de son fiancé qui la couvrit de son drap, la serrant contre lui, disant :

- Merci de m'avoir sauvé. J'aurai dû être plus attentif.

- Tu es trop sévère envers toi même... J'ai agi par égoïsme, pour ne pas te perdre, ne me remercies pas, fit-elle en se blottissant contre lui.

- Égoïsme ou amour ?

- Les deux...

Cette fois-ci, ce n'est pas une vision mais le doux soleil qui la tira de ses songes. Elle sentit les bras de son fiancé autour de sa taille. Elle sourit, ouvrant les yeux pour voir son visage assoupi. Il la sentit remuer, ouvrit les yeux, la fixant d'un air endormi.

- Bien dormi, fit-il.

- Magnifiquement et toi ?

- Je n'ai pas eut à m'inquiéter, ce fut une belle nuit.

- Inquiet ? Pourquoi ? De quoi ?

Il posa ses lèvres sur son front, elle avait les sourcils froncés, cela ne lui allait pas. Il dit, souriant :

- Tu étais dans mes bras, je n'avais pas à craindre pour ta sécurité, ma douce Hitomi. Elle lui adressa un sourire sincère, oubliant les événements de la veille, ne songeant qu'à...

Les portes de la chambre s'ouvrirent soudain, un conseiller s'exclamait en entrant :

- Majesté ! Nom des Dieux ! Il faut que nous parlions !

Il s'arrêta, son regard posé sur le couple. Hitomi sourcilla en lisant plusieurs sentiments contradictoires sur la face du vieil homme.

- Ne savez-vous pas frapper avant d'entrer, lança froidement le roi en se levant, enfilant ses bottes.

- Il s'agit d'une urgence...

- Oui, et frapper vous aurait pris un dixième de secondes.

Hitomi était assise à présent, soupirant, ennuyée que cet homme ait brisé la magie de l'instant...

Van passait son épée à sa ceinture, disant, torse nu :

- Sortez, conseiller, je serai à la salle du Conseil d'ici peu.

- Bien, fit le conseiller en sortant, avec un dernier regard sur la jeune fille. Celle-ci attendit que la porte se ferme pour quitter les draps de son fiancé. Vêtue d'une légère chemise de nuit, elle s'avance d'un pas traînant vers les portes pour aller se changer dans sa chambre.

- Te verrai-je, demande-t-elle à Van, sa main sur la poignée de la porte . Il était prêt. Son visage s'étirant en un sourire malicieux. Elle lui tournait le dos, cette question, elle craignait sa réponse. Elle passait très peu de temps en sa compagnie... Il s'approcha, enroula ses bras autour de ses hanches, disant à son oreille :

- Je l'espère. Il semble qu'il y a un problème au Conseil et la présence de Dilandau sur Fanélia n'aide en rien. Nous nous verrons au dîner, cela est certain.

- Eh bien, je serai patiente, mon roi, fit-elle en souriant.

Ensemble, ils sortirent. Elle rejoignit sa chambre et lui le Conseil.

La jeune fille fut ravie de constater qu'on lui avait préparé un bain. Des servantes insistèrent pour la laver, elle refusa pour la énième fois, les jetant dehors sans méchanceté.

Hitomi enfila un pantalon de toile embrassant ses formes et une blouse blanche aux larges manches. Elle avait trouvé la tenue sous le siège de sa moto, dans son mini-coffre. Ravie, elle enfila de longue bottes de cuir souple et passa une cape simple et rouge sombre sur ses épaules, décidée à passer inaperçue.

Las ! A peine fut-elle dans les corridors qu'elle fut sujette de maintes chuchoteries et maints regards. Elle soupira en arrivant à la salle du dejeuner où elle fut navrée d'être seule. Un page vint lui demander ce qu'elle désirait manger. Elle le fixa un instant, ne sachant que répondre et dit finalement :

- Le plus simple. Du pain et des fruits...

- Ah non ! S'exclama Merle qui entrait, faisant sursauter la pauvre page. Amenez lui quelque chose de consistant ! Elle n'a rien avalé hier ! Nous ne savons même pas si elle a dormi !

Le page s'excusa, bafouillant et fila en cuisines sous le regard courroucé de la femme chat. Hitomi lui adressa un petit sourire, disant :

- Merle, c'est gentil d'être si attentive mais je n'ai pas très faim tu sais.

- A d'autres ! Tu sais ce qu'il y a demain soir ? Ce que le Conseil a organisé ? Le bal officiel ! Tous les seigneurs de Gaia seront là ! Tous les dirigeants ! Pourquoi ? Pour voir qui est la fameuse fiancée du roi solitaire de Fanélia !

- Mais... Hitomi semblait confuse. Il y a déjà eut un bal... Et puis...

- Pas officiel. Il y avait deux trois têtes couronnées l'autre soir.

- Et que dois-je y faire à ce bal ?

- Toi ? Être présentable et polie ! Il faut que nous filions en ville trouver ta robe !

- Mais elles sont bien celles de ma garde robe, non ?

- Trop simples, trop banales !

- Je ne suis pas sensée être la plus éblouissante, fit Hitomi avec un petit sourire.

Merle la prit par les épaules, se tenant face à elle, disant avec un ton grave :

- Hitomi... Tu n'as pas conscience de ton importance... Tu es celle que le roi de Fanélia, celui qui a repoussé toutes ses prétendantes, celui qui n'accorde pas un regard à la beauté de certaines princesse, le plus impartial des rois de Gaia, a choisi ! Tu comprends la gravité de ce choux ? Il a ébranlé Gaia toute entière ! Le roi Dragon se décidant enfin à prendre parti ! Et toutes ces hyènes n'attendent que de voir qui est la promise et qui a fit cédé le roi ! Or ils ne savent pas que tu n'es pas un des gamines de mariages arrangés ! Ils savent qui est la Déesse ailée mais pas qu'elle est de retour, belle, courageuse, impulsive, combattante ! Tu seras sujette, ce soir à toutes les tensions des royaumes et des républiques ! Tu auras un devoir, un seul : ne pas te faire tuer par des fanatiques et ne pas tuer des fanatiques.

- ça fait deux devoir, Merle. Je suis certaine que nul ne pleurera la mort de quelques idiots, fit Hitomi.

- Ne joues pas les belliqueuses, déjà que je devrais tenir Maître Van, soupira Merle.

- Hmm... Et ce ne sera que pour un soir...

- Un soir. Puis il faudra supporter le banquet et la bal du mariage, fit Merle avec un sourire.

Hitomi sourit, amusée de l'entendre ainsi parler. Le page apporte un plateau fleurissant de nourriture. Hitomi soupira, le remercia alors que paniqué il demandait s'il lui fallait autre chose.

Elle mangea, sous l'oeil attentif de Merle qui avait déjà déjeuné et finit par emporter un peu de nourriture pour leur escapade en ville.

Informés de la descente en ville de la fiancée royale et de la lady Merle, les seigneurs Néra, Law et Valki se proposèrent pour les accompagner, suivis de quelques gardes personnels. Hitomi leur avait lancé :

- Est-ce vraiment nécessaire ?

- J'ai ouïe dire que lors de vôtre dernier passage en ville, vous avez rencontré une fâcheuse situation, fit le stratège royal, Law, avec sérieux.

- Et nos confrères les Cinq Généraux de Fanélia étant enfermés dans la salle du conseil depuis ce matin, il est insensé de vous laisser aller seules, ajouta le Seigneur Néra.

- Sans oublier que sa Majesté sera d'humeur dévastatrice si nous venions à vous laisser errer en ville alors que des esclavagistes sévissent, rappela le Seigneur Valki.

- Et le prénommé Feru vous porterait de l'intérêt, soupira le sire Néra.