La nuit tombant, couvrant le pays d'une manteau d'or et de ténèbres, Van fut enfin libéré de ses obligations. Lorsqu'il arriva à la chambre de Hitomi, il ne fut pas étonné de trouver Merle endormie à son chevet, ses Généraux installés un peu partout dans la pièce. Le roi adressa un signe de tête à ses hommes, leur désignant de le suivre. Il alla au balcon où ils pourraient discuter sans déranger les endormies.
- Vous êtes enfin de retour à Fanélia, fit le roi.
- Certes, Majesté et nous sommes porteurs de grandes nouvelles. L'un des repaires des esclavagistes fut repéré par nos soins. Nous comptions lancer une expédition afin de briser ainsi l'un de leurs points stratégiques et aussi de récupérer quelques victime de ce commerce, fit le Général Kaze.
- Cette mission requiert la plus grande prudence et le plus de discrétion possible. Vous envoyer là bas à cinq serait disproportionné, d'autant plus que vôtre absence se fait ressentir au palais, notifia Van.
- Oui, nous avons eut la malheur d'entendre ces mots de la bouche de lady Merle avant qu'elle ne s'endorme. Nous sommes navrés de ne pas tenir nôtre engagement premier, fit, marri, le Général Jiyu.
- Nul besoin de vous excuser. Je suis celui qui vous a envoyé en mission en connaissance de causes, lança Van.
- Il va sans dire que quitter nôtre future Reine n'est pas raisonnable. Jiyu et Kaze resteront au palais la veiller, nous irons mener cette attaque, fit le Général Blues.
- Je vous accompagnerai, fit Van, décidé. Hitomi restera à Fanélia avec Merle, elle ne sera pas en sûreté dans un campement militaire.
- Mais ses aptitudes au combat pourraient être utiles, glissa le Général Blue.
- En effet, or je ne tiens pas à mettre sa vie en danger inutilement.
- Bien, Majesté.
Allongée sur le flanc, ses yeux ouverts, luisants de vives pensées, Hitomi sourcilla. Elle n'était pas une poupée de porcelaine. Elle comptait bien grimper dans la carriole qui conduirait la troupe. Elle voulait participer à l'arrestation des esclavagistes...
Au lendemain, elle s'éveilla seule dans sa chambre. La fonte des neiges avait été annoncée pour peu. Elle ne voyait pas l'utilité de rester au lit alors que son amant lui cachait qu'il allait sur le front. Elle glissa hors de ses draps, enfila sa tenue de combat qu'elle avait emporté de Tokyo et passa une robe légère pardessus. Elle n'enfila aucun corset, se contentant d'une ceinture de cuir et d'une petite veste sans manches.
Merle avait un paquet à rendre au chef du village des hommes-animaux. Elle l'invita à l'accompagner lorsqu'elles se croisèrent à la table du petit déjeuner. Avec regret, elle déclina, feintant un mal de tête insupportable.
Les Généraux sourcillèrent à cette annonce. Elle ne leur donna aucunes explications. Plus tard dans la matinée, elle croisa enfin son fiancé alors que celui-ci sortait de la salle de Conférence où ses vassaux rangeaient leurs notes. Il sourit tendrement à son aimée, demandant en passant ses bras autour de sa taille :
- Comment te sens tu ce matin ?
- Nôtre lady aurait de la migraine, annonça avec gravité le Général Kaze, suivi du Général Jiyu. Les autres Généraux préparaient le départ qui aurait lieu après le dîner de la mi-journée.
Van fronça des sourcils, posant un main sur le front de la jeune fille pour vérifier qu'elle n'avait plus de fièvre. Elle le rassura :
- C'est aléatoire, ne t'en fais pas. Ce sont des douleurs passagères, sûrement à cause de ma journée d'hier.
- Si tu le dis... Es-tu sûre que tout va bien ?
- Oui, ne t'en fais pas !
- Je voulais t'annoncer cela d'une autre façon mais... Je dois rejoindre un campement militaire pour régler une petite affaire à deux jours de Fanélia. Je serai absent deux semaines, tout au plus...
- Si longtemps ? Son regard luisait de dépit et de tristesse. Il lui effleura la joue, disant :
- Oui, malheureusement, nous voyagerons à cheval, ralentis par une carriole à trois étages emplie de matériel et de soldats.
- Combattras-tu ?
- Si j'en suis obligé.
Elle soupira, baissa les yeux et dit, effleurant ses lèvres des siennes :
- Bonne route, mon roi...
Sans le laisser répondre, elle s'en alla, rapidement, se dirigeant vers sa chambre, suivi des Généraux comme d'ombres.
Van soupira, navré de la quitter ainsi et rejoignit l'armurerie du palais où le forgeron enfermait dans des caisses les armes des soldats en attente au campement.
Hitomi s'enferma dans sa chambre, laissant les Généraux devant sa porte. Une larme lui parcourait la joue, elle l'écrasa, sifflant à mi-voix :
- Il s'en va combattre les esclavagistes et ne me dit même pas la vérité. Je ne le laisserai pas ! Non ! Tu n'iras pas seul au front, Van Slanzar de Fanel...
Elle retira sa robe, la laissant à terre. A son pupitre, elle rédigea une courte lettre, disant :
« Merle,
Si tu lis cela, c'est que j'ai réussi mon coups. Van va affronter les esclavagistes et tenait à ma laisser à l'écart. Il va au devant du danger et je me refuse à rester passive. Je ne suis pas apte à le voir plonger dans la bataille pour me protéger, pas encore. Je suis combattante. Je combattrai.
Sois sans crainte, je serai prudente,
Hitomi. »
Elle plia le mot, le posa sur sa table de chevet et fila par la fenêtre après avoir rembourré son lit, sachant qu'elle n'avait devant elle qu'une demi-heure pour infiltrer la carriole immense et s'y cacher deux jours...
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