L'incident en forêt avait fait le tour de la ville. Les citoyens très attachés à leur reine sifflaient de colère, damnaient l'âme du mort. Hitomi avait passé des jours difficiles, sursautant au moindre bruit suspect et n'osant plus se fier aux gardes qu'elle ne connaissait pas. A son grand soulagement, les Généraux restaient consentement à ses côtés.
Merle, craignant de voir son amie sombrer dans la paranoïa l'invita à aller faire un tour en ville Peut être trouveraient-elles de quoi lui changer les idées. Enchantée par la proposition, Hitomi accepta, les Généraux proposant aussitôt des les escorter.
Van reçut un court message de son épouse pendant sa réunion avec le Conseil. Il fut lui aussi ravi d'enfin la voir sortir du palais, se détendant un peu. Ils avaient une plainte bien inquiétante sur les bras, et c'était là la seule bonne nouvelle qu'il avait eut.
Souriant aux remarques que Merle faisait au sujet des prétendantes ayant courtisé Van quelques années durant, Hitomi traversait la rue marchande, une cape sur les épaules, la protégeant du froid de la saison. Elle se demandait quand les vrais éclats du soleil viendraient les réchauffer. Les Généraux les suivaient, en silence, leur présence à peine remarquées. Ils étaient maîtres dans l'art de la discrétion. La jeune reine trouvait tout de même leur nouvelle habitude à lui coller aux talons un peu abusive. Elle confia cela à Merle, disant :
- Merle, les Généraux deviennent de plus en plus sur-protecteur, tu ne trouves pas ?
- Hmm... Ils ont besoin de se rassurer, cela ne durera pas plus d'un mois ou deux. Ils cesseront bientôt.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Ils t'ont vue être enlevée par tes amis de la Lune des Illusions sous leur nez, je peux dire que c'est un sacré coups à encaisser pour les gardes du corps de la reine.
- Mais... Ils ne pouvaient pas prévoir...
- Ils sont de Généraux de Fanélia, ils doivent tout prévoir, c'est dans leurs aptitudes.
-On ne prévoit pas des grenades et des diversions si recherchées voyons.
- Tout bon stratège prévoit l'imprévisible, c'est dans les manuels ça, ria Merle.
- Que faire pour qu'ils se calment, demanda Hitomi avec un soupir.
- Évites les ennuis et ça ira.
- Je n'ai jamais...
- Vrai. Tu attires les ennuis un à un. Excuses mon erreur.
- Merle, soupira Hitomi.
- Oh ! Regardes ce tissu ! S'extasia la femme-chat en se dirigeant vers un étale.
Elle la suivit en grognant. Son amie ne l'aidait pas à trouver une solution, elle l'aidait à créer de nouveaux dilemmes...
- Voleur ! Tu vas voir ! Aboya une voix.
- Les voleurs, moi, je les broies ! Tu vas voir ce qu'il en coûte de voler un artisan, espèce de ...
- Assez ! Lâchez cet enfant, ordonna Hitomi en s'avançant.
Elle portait une simple robe couleur pêche, sans couleurs royales, sans tissus riches. Méconnaissable pour qui n'a pas vu la reine au moins trois ou quatre fois.
- Qui t'es, femme , pour venir faire ta loi, cracha le vendeur irrité en jetant à terre le jeune voleur qui reculait à tâtons, une main sur sa gorge meurtrie. Il était face à elle, faisant sûrement trois pommes de plus ...
- A Fanélia, les voleurs sont menés devant le cour royale, vous n'avez aucun droit de lui attribuer le châtiment qui vous convient, cita Hitomi sans le lâcher des yeux.
- Fanélia est un ramassis de loques incapables de combattre les brigands qui sillonnent les routes, brailla l'homme en lui crachant aux pieds.
Mue par une colère sourde envers cet homme qui insultait le royaume qu'elle chérissait, elle le gifla violemment. Le coups fit ciller la foule, certains souriant, d'autre grimaçant.
- Espèce de... sifflait-il en la saisissant par le collet de sa cape, la soulevant de terre lentement, sa lèvre fendue par ce simple soufflet.
- Posez à terre la reine de Fanélia, ordonna d'un ton sans réplique le Général Kaze, à quelques pas, une main sur la garde de son arme, avec à ses côtés les généraux Din, Jiyu, Blues et Hak. Merle, derrière eux, feulait de colère.
- Comment ça...
- Obéissez aux Généraux ! Lâchez nôtre reine, l'étranger ! Hurla une voix dans la foule.
Des hués en tous genres fusaient çà et là. Un geste de la part des Généraux réduisit au silence tout ce beau monde.
L'artisan pesta avec mépris, disant en repoussant la jeune femme d'un geste du poignet :
- Il n'empêche que nombreux partagent mon avis.
- Votre avis importe peu quand on connaît la prospérité du pays, siffla Hitomi.
- Cause de vous le voleur a filé.
- Il ne reviendra pas. Ne voyiez-vous pas à sa tenue que le malheureux était dans le besoin ?
- Besoin ou pas, je m'en tape, j'ai un commerce à faire tourner et c'est pas une reine grande gueule qui va me ruiner, cracha-t-il en lui adressant un sombre regard.
- Je vais le trancher ce gars, jurait Jiyu, tentant de dégainer pour faire taire l'homme, retenu par ses camarades.
- Rentrons au palais, soupira Hitomi en tournant des talons.
Elle passa entre les Généraux, Merle s'accrochant à son bras pour lui signaler son imprudence et la frousse qu'elle lui avait fichue.
L'artisan resta un instant coi, incapable de réagir à cela. La foule, non sans adresser un dernier sombre regard à l'homme , finit par se disperser.
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