Le Conseil était de sombre humeur. Avec déjà maintes plaintes sous les bras, ils devaient encore faire face à cet homme qui réclamait justice au palais. Un artisan, visiblement, ayant pris place sur le marché de Fanélia depuis quelques semaines. Un simple armurier de passage. Et cet homme venait les enquiquiner. La loi veut que toute plainte soit entendue par le roi. Ce qui ne manqua pas d'irriter le souverain qui aurait aimé dîner avec son épouse sans être déranger alors que le soleil se couchait enfin sur cette journée éreintante. Cette dernière avait suggéré de l'accompagner, ce qui ne manqua pas de dérider le roi.

Ainsi donc, installé avec elle dans la salle du trône, il vit entrer les conseiller à la mine sombre et le plaignant. Hitomi souriait face aux mine des conseillers. Visiblement, eux aussi n'étaient pas enchantés par cette plainte tombant au crépuscule...

- Roi, je suis Léon. Léon le Salé. Artisan depuis toujours, se présenta l'homme d'un ton bourru.

- Quel est la motivation de votre plainte, Léon le Salé, demanda Van.

- Ce matin, au marché, je vendais mes armes comme toujours. Vous savez, ce commerce est florissant au vu et au su des nombreux cas d'agressions que la royaume a connu. Bref, ouais, je vendais, tranquille, comme je le fais depuis quelques semaines. Le marché de Fanélia est réputé, je me disais que voilà, comme je passais pas là, j'avais qu'à...

- Venez en au fait, s'il vous plaît, soupira Van.

- Ouais, bon, bref, moi aussi j'ai pas le temps...

Hitomi leva les yeux au ciel alors que son époux se redressait sur son trône, perdant patience.

- Ok ! Ok ! Vous avez aucune patience, vous les têtes couronnées, vraiment... grogna l'homme. Un froncement de sourcils de Van lui signifia que sa remarque était déplacée et hors contexte. L'artisan lâcha :

- Bon, voilà, ce matin, un voleur m'a piqué une épée. Je l'ai attrapé, mais on l'a aidé à s'échapper.

Hitomi cilla en reconnaissant enfin l'homme qui se tenait à quelques pas des trônes.

- Un vol avec complicité ? Et vous n'avez pas cherché à retrouver le voleur ou son complice ?

- La garce qui m'a dérangé quand j'allais le corriger, c'est cette femme là. Et le voleur a filé sans que je puisse rien faire, cracha l'homme en pointant Hitomi du doigt.

Les conseillers élevèrent la voix face à l'impolitesse de l'artisan. Van lança un coups d'oeil froid à l'homme, comme pour le dissuader d'en rajouter et demanda, se tournant vers son épouse :

- Hitomi, peux-tu expliquer ce qu'il s'est passé ?

- Il allait appliquer sa propre justice sur ce garçon, je l'ai arrêté avant qu'il ne le fasse, le malheureux en a profité pour filer, fit la reine d'une voix amusée. Les Généraux de Fanélia peuvent témoigner puisqu'ils nous ont escortées Merle et moi.

-Qu'ils entrent ! Qu'ils entrent, je suis sûr moi qu'elle sait où il se cache ce foutu voleur ! S'exclama l'artisan.

- Généraux de Fanélia, appelèrent les conseillers alors que Van gardait son regard enflammé d'une colère contrôlée sur l'homme de plus en plus vulgaire et impoli.

Le Général Kaze ne tarda pas à faire son apparition derrière les trônes, suivi de ses frères d'armes. Ils adressèrent ses respects à leurs monarques, allant près des Conseil voir ce qu'ils leur voulaient.

- Affirmez vous que sa Majesté a agi pour préserver l'intégrité du voleur et non pas accompagner son crime, demanda le conseiller Duke d'une voix trahissant sa colère. Comme quoi, le Conseil s'attachait de plus en plus à la reine.

- Évidemment, qui prétend le contraire, lança le Général Kaze d'une voix froide.

- Cet artisan, victime de vol, répondit le conseiller.

- Eh bien, Léon le Salé, il va de soi que les soldats patrouillant en ville feront de leur mieux afin de mettre la main sur le voleur et votre épée. Nous vous tiendrons informés du déroulement de l'enquête, conclut Van avec une pointe d'agacement dans la voix.

- J'exige un dédommagement ! Je n'aurai pas été volé si je n'avais pas été enquiquiné par cette femme !

- Baissez d'un ton, c'est à un roi que vous parlez, siffla le Général Jiyu.

- Et d'une reine que vous parlez, maudit va-nu-pied ! Se hérissa le conseiller Duke.

Van avait gardé son regard déstabilisant verrouillé sur cet individu qui méritait d'être jeté dans les Contrées Obscures et d'y finir sa vie. Il fut tiré de ses pensées par un mouvement. Hitomi s'était levée, descendant les quelques marches et traversant le petite distance qui la séparait du plaignant. Elle ôta sa lame de sa ceinture, disant, en tournant le manche vers l'artisan, faisant sursauter les Généraux et lever Van :

- Je vous offre mon épée, forgée ici à Fanélia par le meilleur des armuriers. Cette épée n'est pas la lame de Fanélia, au cas où vous la convoitez vu votre acharnement à être dédommagé. La garde est en argent, le pommeau en or et la pierre que vous voyez vient de la Lune des Illusion, une émeraude. Cette lame vaut cent fois plus que celle qui vous a été volée, alors j'espère que vous l'accepterez comme dédommagement.

- Pas très futée la tête couronnée. Je pourrai bien vous embrocher , nul ne saura m'en empêcher, fit l'homme en saisissant la garde de l'épée qui lui était tendue, la pointe de la lame restée dirigée vers la jeune femme.

- Essayez seulement, vous mourrez dans la minute, fit-elle avec un sourire méprisant.

- Pourquoi donner l'épée de la reine ?

- Pour faire taire votre insolence et vous voir partir.

- Et si je réclamais plus important dédommagement ?

- Vous serez inculpé pour tentative de vol, fit-elle sans se départager de son sourire.

- Gare à tes mots, femmes, il n'y a pas plus d'un pas entre nous, siffla-t-il.

- Vous parlez à notre reine, lui rappela d'une voix forte le Général Hak.

- Taisez votre arrogance machiste ensuite vous pourrez me faire la leçon.

Van arriva, éloignant son épouse du fil de l'épée que tenait le plaignant en main. Il remarqua du coin de l'oeil que les Généraux étaient prêts à dégainer. Les conseillers prêt à se ruer sur cet homme.

- Bien, ma reine vous a fait don d'une lame de qualité. N'espérez pas plus, c'est déjà trop.

- Si vous attrapez le voleur, ce sera assez.

- Dehors, siffla Van avec mépris, irrité de ce comportement déplacé.

Les conseillers se hâtèrent de l'escorter vers la sortie, soulagés.

Au bras de son époux, Hitomi quitta la salle du trône, le couple royal suivi de près des Généraux.

Un grand bruit la tira de son sommeil. Les cheveux tombant sur ses épaules nues, elle se redressa d'un bond, alerte. Autour d'elle, rien sinon la grande chambre plongée dans l'obscurité. La nuit était encore jeune, ce n'était sûrement pas un domestique qui avait fait ce bruit.. Elle enfila un peignoir traînant et quitta ses draps sans bruits. Elle remarqua l'absence de son époux. La crainte la gagnait. Elle déplia le morceau de papier qui reposait sur la table de chevet, lisant :

« Ma chère Hitomi, je laisse ce mot au cas où tu te réveillerais en mon absence. Un émissaire de Astria est arrivé, je ne serai pas long. Van. »

Elle reposa le mot, semi-rassurée. Un nouveau bruit la fit sursauter. Debout, à quelques pas des portes, elle fixait les fenêtres qui donnaient sur le balcon. Une légère brise remuait les tentures.. Elle avait fermé ces fenêtres, elle en était sure...

- Oh là là, j'ai vraiment peur là, souffla-t-elle en reculant à tâtons vers la porte, n'osant lâcher des yeux ces balcon plongé dans la pénombre.

Ses mains entrèrent en contact avec le bois lisse, grimpant jusqu'aux poignées froides. Elle ouvrit d'un coups sec, se précipitant à l'extérieur alors qu'une ombre passait derrière les rideaux, laissant sa longue forme assombrir les raies de lumière nocturne.

Hitomi ferma d'un coups tout aussi sec la porte de sa chambre. Elle bloqua les poignées avec un chandelier et se précipita à travers les corridors.

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