Alors que tombait la nuit, Hitomi somnolait en position assise, Merle endormie la tête sur ses genoux, un plateau portant des assiettes vides posé sur la petite table trônant plus loin.

Cela faisait plusieurs heures que Don, le fils du propriétaire était parti. Cela était normal selon le tenancier, assurant que son fils n'allait pas bien vite et que les gardes ne le laisseraient pas entrer avec tant de simplicité.

Plus tard dans la soirée, la jeune femme fut vaincue par la fatigue et la tension, s'endormant en position assise. Merle, se réveillant de son long repos, l'allongea pour la couvrir, allant veiller sur l'autre lit, les yeux grands ouvert scrutant la pièce plongée dans la pénombre.

Des pas légers dans l'escalier Merle dormait en boule dans son lit, vaincue elle aussi par la fatigue et la tension.

La porte s'ouvrit en grinçant. La femme-chat remua des moustaches... Hitomi grogna dans son sommeil. Le nouveau venu entra, sans bruit, ses camarades derrière attendant au pas de la porte.

Des doigts effleurèrent son visage. Des doigts chauds malgré la nuit froide. Des doigts chauds sur une visage de glace...

La tension de la journée lui retombant dessus comme un seau d'eau froide, Hitomi se réveilla d'un bond, repoussant celui qui était à ses côtés, hurlant maintes paroles si vite qu'elles furent incompréhensibles.

- Hitomi ! Hitomi, calmes-toi, ce n'est que moi...

La voix était familière. Ses yeux reconnurent enfin ses traits à travers la pénombre. Van. Elle lui sauta au cou, rassurée de le voir, après avoir craint le pire si longtemps...

- Je suis soulagé... Tu n'as rien, fit-il dans un souffle, l'enlaçant.

- Grâce au tenancier, fit-elle d'une voix brisée par la tension.

- J'ai cru le comprendre... Êtes vous blessées ?

- Juste fatiguées. Et les Généraux ? Ils vont bien ? Nous avons lâchement fui... J'espère que...

- Ne vous tracassez pas, ma reine, nous allons très bien, fit la voix du Général Din à la porte.

- Nous avons surtout paniqué en ne vous trouvant plus, commenta le Général Kaze.

- Soulevez Merle, Général Din, voulez-vous, elle semble exténuée, fit Van en se dirigeant vers la sortie, soutenant son épouse qui titubait.

Le tenancier souriait en les voyant descendre, son fils près de lui.

Hitomi s'inclina humblement devant lui, le faisant rugir de désapprobation, disant :

- Par deux fois, vous avez sauvé ma vie. Je vous serai éternellement redevable. Quoi qu'il advienne, n'hésitez pas, je serai toujours là pour vous prêter main forte !

- Un héritier ce serait pas d'refus, commenta d'un ton nonchalant Don, le fils du tenancier, faisant rougir la jeune femme jusque la racine et hurler de rire les Généraux. Le tenancier mit une frappe sonore à l'arrière du crâne de son fils, aboyant qu'il manquait de respect vis-à-vis de sa reine.

- Euh... Je... Ce... fit Hitomi gênée, son regard fuyant.

- Fanélia aura bientôt une descendance, soyez rassuré, assura le Général Hak.

- Hey ! Se hérissa Hitomi, de plus en plus rouge.

- En route pour le palais, s'amusa Van qui, pour la énième fois, remercia le tenancier.

Assise en selle, devant son époux, ses yeux se fermant malgré elle sur le coups du bercement de la monture, Hitomi luttait pour rester éveillée.

Voilà une quinzaine de minutes qu'ils avaient quitté la taverne et chevauchaient vers le palais. Mais puisque la prudence était le mot d'ordre, ils avançaient à une vitesse moindre, groupés et guettant les moindres recoins.

Van la surveillait du coin de l'œil pour ne pas la voir choir. Il sentait toute la tension qui animait son corps jusque là se dissiper à petit feu. Il avait craint pour la vie de son épouse et de son amie d'enfance.

La vue des Généraux, blessés, traînant au palais des hommes menottés et des cadavres ( dont celui de Will Russ ) avait été un choc. Puis, l'annonce qu'ils ne savaient pas où se trouvaient les deux jeunes femmes avait manqué de le faire hurler de rage. Alors qu'au palais, les conseillers mettaient en place des patrouilles pour retrouver la reine, chapeautés des Généraux, un individu avait déboulé aux grandes portes, affirmant qu'il savait où était la reine...

Il soupira. Il ne s'autoriserait à baisser sa garde qu'une fois au palais. Hitomi face à lui, s'était finalement endormie, la tête penchée sur le côté.

- Majesté, fit le Général Hak.

- Qu'avez-vous Général, fit Van, lançant un coups d'oeil en arrière.

- Hmm... Nous sommes suivis...

- Je sais ... Mais ils n'ont pas encore fait preuve d'animosité... Hitomi s'est juste endormie.

- Ils nous encerclent, fit le Général Hak.

- Et semblent s'amuser, souleva le Général Kaze.

- Selon les dires du condamné Russ, la tête de notre reine serait mise à prix sur le marché noir de Gaia, lui rappela le Général Blue.

- Et n'oublions pas qu'ils la convoitent pour des maisons de passes, soupira le Général Jiyu.

- Dire que je tenais à éviter ce conflit... grogna Van.

- A L'ATTAQUE ! Hurla une voix dans la pénombre, des cris de rage lui faisant écho...

En sursauts, Hitomi se réveilla pour voir une vague d'ennemis fondre sur l'escorte à cheval...

- Bons Dieux, jura-t-elle alors que son époux dégainait, prêt à recevoir tout adversaire en restant en selle.

Affalée à terre après être tombée de selle, Hitomi reprenait ses esprits. Tout s'était déroulé si vite ... Elle lança un regard paniqué autour d'elle, ne trouvant personne. El se releva, titubant jusqu'à un rebord. Le vent hurlait, des nuages inondaient le lieu... Elle avait mal au crâne, mal partout, couverte de coupures et de bleu...

- Oh Van... Soupira-t-elle. Je suis désolée...

Elle était sur la tour de Tokyo... Le soleil se levait au loin, enflamment la ville qui l'avait vue naître et tomber...