Quelques minutes plus tôt, leur escorte se faisait attaquée au cœur de la ville, non loin du palais... Van et ses Généraux combattaient comme des Diables et Merle avait trouvé refuge sur les toits, feulant de rage.

Lorsque plusieurs individus avaient finit par atteindre la monture du roi au moyen de leurs lances, le couple se retrouva à terre. Hitomi avait constaté avec effroi que son époux avait été sonné par la chute... Cela avait été pris en compte par leurs agresseurs qui lâchement lui fonçaient dessus. Alors, instinctivement, de colère et d'impuissance, Hitomi avait fait barrage de son corps, yeux fermés, dans l'attente du baiser de la lame aiguisée...

Au lieu de quoi... Ses pieds quittèrent la terre ferme alors qu'un pilier de lumière la frappait, l'avalant ainsi que ses agresseurs...

Elle était de retour à Tokyo... Elle était sur la tour de Tokyo... Elle soupira, assise, ses jambes pendant dans le vide, se demandant où avaient pu atterrir ses adversaires. Elle espérait qu'ils n'aient pas cherché à la retrouver... Trop la connaissaient dans la ville.

Mais leur accoutrement ne les aiderait pas, ce qui rassurait la jeune femme.

Elle s'étira, gémissant de lassitude et se leva. D'un pas léger, elle se dirigea vers l'escalier d'acier rouge, descendant vers Tokyo qui se réveillait à peine...

Sans mal, elle vola un jeans sur un balcon, un débardeur sur un autre, les enfilant en vitesse dans un coin, se débarrassant de sa robe dans une benne à ordure. Elle chipa un sweat à capuche ailleurs, se dirigeant d'un pas vif, ses mains dans ses poches, son capuchon rabattu sur sa tête, vers le métro.

Dans la masse de la ville, elle ne tarda pas à se mêler, se ré-habituant aux bruits, sons et odeurs de la capitale.

Il ne se passait rien en journée, elle le savait. C'est à la nuit tombée que sortent tous les yakuzas qu'elle connaissait. C'est au lever de la lune que sortaient ses ennemis...

Elle arrivait à destination. Suivant le mouvement de la foule, elle quitta s rame, se perdant dans les dédales du souterrain pour mieux se trouver... Pour mieux les trouver...

A l'extérieur, un quartier vide, des murs sombres, des visages tirés par le ressentiment...

- Le Nord est toujours aussi accueillant, soupira-t-elle avec un sourire en coin.

- Qui t'es toi, aboya une voix.

- Je veux voir Rei, Leader du Nord, fit-elle simplement, sans même se retourner, se sachant en joue.

- Comment ça tu veux... On est pas au comptoir des petites volontés, ma belle. Tu rentres chez toi.

- Je suis Hito, ancien second de Keniji. Alors dis à ton sniper de remettre sa sécurité et conduis moi à Rei, ordonna Hitomi d'une voix calme mais de glace en lançant un regard à sa droite, plantant ses prunelles émeraude dans l'azur de ce vigile.

- Hito... De...

- Trêve de bavardage, conduis moi, le coupa-t-elle sèchement.

Il porta la main à sa casquette, comme pour s'excuser, avant de se précipiter à l'intérieur d'un bâtiment. Avec un soupir, elle le suivit à grands pas. Elle ne sentait plus la menace du sniper.

Dans les corridors délabrés et mal entretenus du bâtiment, les regards se levaient sur leur passage, on chuchotait et on la pointait du doigt. Aucun doute, on l'avait reconnu et cela l'irrita. Elle avait tout fait pour conserver son anonymat jusqu'au bout... Un vigile sachant son nom... Elle s'était dit : pourquoi pas ? Mais ce vigile avait transmis l'information à tous ses collègues et supérieurs en une fraction de seconde... Ah la technologie... Elle l'avait oubliée... A Gaia... A Fanélia, elle n'en avait pas besoin.

Fanélia... Van...Un soupir malheureux lui échappa, faisant sursauter le vigile qui bafouilla :

- Nous... Nous y sommes presque ! Ne... Ne perdez pas patience...

- Oh... Détends toi voyons, s'ennuya la jeune femme alors qu'ils arrivaient à une grande porte.

Le vigile s'arrêta à son seuil, un sourire figé sur ses lèvres. Il ouvrit, tremblant. Rei, leader du Nord, s'exclama aussitôt :

- C'EST TOI L'EMPOTE QUI A MIS EN JOUE HITO ! MAIS QUI M'A FICHU DES BRAS CASSES PAREILS ? TU SAIS PAS RECONNAITRE UNE FOUTUE POINTURE DE TOKYO NON ?

Le vigile, tête baissée, se confondait en excuses alors que Rei, un sourire sombre sur les lèvres, le congédia à la fin de sa tirade.

- Hito ! Quel plaisir de te revoir ! Tu es... Resplendissante... Je ne savais pas qu'on pouvait divorcer si vite...

- Ravie de te revoir aussi, Rei, fit-elle avec un sourire en coin. Je n'ai pas divorcé, quelle idée stupide tu as là !

- Hmm... Tu as encore des ennuis alors ?

- Je me suis retrouvée à Tokyo par accident, soupira-t-elle en s'installant sur un sofa, près de lui.

- Ha ha ! Tu vas me dire que... Une colonne de lumière... Un accident ? Rien que ça !

- Une longue histoire. Trop. Le fin mot e st que j'étais en danger et, vas savoir pourquoi, quand je suis en danger de mort, une colonne de lumière m'emporte. Il s'est passé la même chose lorsque Amano a essayé de m'abattre.

- Ouais... Ouais... Je me souviens de ça... Tu es blessée ?

- Non, je n'ai rien de sérieux sinon quelques égratignures. Tu sais m'héberger quelques temps, le temps que je parvienne à recréer une colonne de lumière .

- Tu n'y arrives pas ? Cette annonce choqua le leader du Nord.

- J'ai essayé sur la tour de Tokyo, peu après mon arrivée... Cela n'a pas fonctionné. C'est du aux circonstances de mon retour je crois...

- Je vois... Aucun soucis ! Restes autant que tu le souhaites ! Je vais prévenir Ken, il sera ravi de passer vu que tu sembles coincée ici quelques jours au moins.

- Oui... Oui... Merci... Bailla-t-elle, s'allongeant lentement sur le canapé, ses jambes repliées, donnant le dos à la pièce, la tête enfouie entre deux coussins...

- Combien de piliers de lumière t'as essayé de créer pour finir ainsi, Hito, soupira Rei en posant une couverture sur son invitée, allant passer un coups de fil dans le corridor.

- Qui t'es toi, siffla-t-elle.

- Hito ! Ne tues pas mon second, je t'en prie ! J'ai galéré à en trouver un efficace et voilà que tu me l'abîmes !

Sans relâcher sa prise, elle lança un coups d'œil à sa droite, peu étonnée de voir Ken debout à la porte, une cannette de bière en main, Rei à ses côtés.

- Ravie de te savoir en forme, Ken. Mais ton second avait les mains baladeuses, essaies de le dresser avant de l'emmener en balade, siffla la jeune femme.

- Je vais m'en charger. T'en fais pas ! Lâches le, il va mourir le pauvre !

- Le pauvre ? Haha ! Toujours aussi drôle, dis moi, s'amusa froidement la jeune femme en le libérant de son emprise.

Toussotant, le nouveau second de Ken lança un regard noir à la jeune femme en reculant vers son supérieur.

Rei lui mit un tape derrière le crâne, sifflant en ouvrant sa propre cannette :

- On t'avait dit de pas la réveiller, idiot !

- Qui aurait cru qu'elle se réveillerait, marmotta le nouveau.

- Une ancienne journaliste de polémique qui dormirait à poings fermés alors que sa tête est à prix... Il a encore beaucoup à apprendre ce gars là, notifia Hitomi avec un sourire en coin, saisissant la cannette que lui offrait Rei.

- Il est nouveau, il est nouveau, s'agaça Ken avec des mouvements vagues de la main.

- Mes amis, il va falloir que je rentre ! Mais je ne sais pas comment.

- Il te faut du repos seulement, on en a parlé. Et aussi ... De la confiance, fit Rei en buvant un coups.

- De la confiance ?

- Si la colonne ne daigne même pas se montrer après plusieurs tentatives c'est que tu as peur de retourner là bas... Hito... On est compagnons de campagne depuis toujours. Que nous caches-tu, fit Keniji, anxieux, avec sérieux.

- C'est embarrassant, fit-elle en détournant du regard.

- A d'autres ! On en a vu de toutes les couleurs avec toi , fit Rei avec un sourire.

- Et humiliant, fit-elle, regard baissé.

- Raison de plus... Ainsi nous saurons s'il est prudent ou pas de t'y envoyer seule.

- Ce n'est pas une histoire plaisante... Vous n'aimerez pas...

- Tu dis ça à des journalistes de polémique, sourcilla Rei. Au Leader des bas fonds du Nord ?

- Bon... Les gars... Si je finis par pleurer, faudra assumer, grogna la jeune femme.

- On assumera et te consolera, pas de soucis, on t'a déjà vue en crises de larmes, quand la nostalgie prenait le dessus, à l'époque.

- Bon... Déjà... C'est assez vieux... Deux mois... Trois... Notre dernière rencontre quoi.

- Deux mois et quinze jours, commenta le nouveau second, écoutant avec attention. Hitomi lui lança un regard en coin, un sourcil haussé...

- Bon... Les guymelefs avaient décollé, vous vous souvenez. Le pilier nous a emportés.

- Yup...

- Sur Gaïa, il y a eut un problème avec un champs magnétique... Une distorsion... Nous avons été dispersés... J'ai été expulsée du guymelef de Van.

- Van c'est ton roi surprotecteur, non, fit Rei.

- Oui. Bon, je me suis retrouvée dans une clairière déserte, seule. Je voulais retrouver les autres quand un homme est sorti du sous-bois.

- On croirait un roman, souffla le second, suspendu aux lèvres de la jeune femme qui racontait sa mauvaise expérience.

- Shhttt ! Siffla Keniji. Hitomi soupira. De vrais enfants...

- Il a commencé à discuter, j'ai essayé de le leurrer, faisant croire que je n'étais pas seule, que je savais où j'étais et où j'allais. Il ne m'a évidemment pas crue. Il m'avait vue tomber du ciel.

- Oh... Fit le second, faisant lever les yeux au ciel à Keniji.

- Je... Il m'a poursuivie... Il disait vouloir profiter de ma compagnie. Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin... Quand il a fini par me rattraper, il... a réussit à me dépouiller de mon pantalon... Sans plus... Il aurait sûrement commis son méfait si Van et les Généraux n'étaient pas arrivés. Il a été jugé et condamné pour son crime. Il est mort.

Un silence gêné accueillit ces paroles. Hitomi fixait sa cannette de bière à moitié vide, observant les perles des résidus de glace courir sur les flancs d'acier...

- Je comprend mieux ta crainte, fit Keniji d'une voix cassée.

- On va pas te laisser dans une telle situation, Hito, tu le sais... Reprends tes esprits et tes forces, tu quitteras Tokyo accompagnée et armée, lança Rei avec un sérieux sombre.

- Sans armes en mains, je... Je me sentais si vulnérable, renifla-t-elle, ses joues humides de larmes. J'ai vraiment cru que...

Keniji la prit dans ses bras pour la consoler, Rei se joignant au câlin. Le nouveau, pleurant toutes les larmes de son corps, hoquetait :

- Ah non ! Sniff...Ouais non ! On peut vous laisser seule ! Hic ! Pas.. Sniff ! Pas après ça quoi !

- Dors maintenant Hito , Tokyo est paisible ces temps ci, tu pourras te reposer en sûreté dans ma planque, loin de tout et tous.

- On sait que je suis de retour ? fit-elle, essuyant ses larmes.

- J'ai vu des photos filtrer, mais trop floues et t'as un sweat à capuche dissimulant ton visage. Personne n'est sûr de rien en ligne, annonça Keniji.

- Si on découvre mon retour, vous aurez des ennuis. Faut rien laisser filtrer, bailla-t-elle, ses yeux se fermant.