Dans la cour, ébahie, restée à terre, Hitomi se demandait si elle n'avait pas rêvé. Qu'avait-elle fait ? Cet homme face à elle ne semblait pas être un messager. Juste un servant qui n'était pas de Fanélia. Et pourtant... Il l'avait frappée au visage sans raisons apparentes...

- Vous ai-je offensé, demanda-t-elle, sourcils froncés par l'incompréhension.

-Une femme d'un autre monde n'a rien à faire sur Gaïa ! Rien !

- Je pense que vous vous surestimez. Qui êtes vous pour dire si j'ai ou non ma place dans ce monde ?

- UN CITOYEN RESPONSABLE QUI SAIT QUE VOS IDÉES D'UN AUTRE MONDE VONT BOULEVERSER GAÏA !

- Que comptez-vous faire pour aider Gaïa, demanda-t-elle.

- Je ne ferai rien. Le Nord sait traiter avec les catins telles que vous, siffla l'homme en la soulevant par le col, la redressant, son visage à un cheveux du sien.

- Oh... Et vous croyez que le Nord a l'autorité pour décréter qui mérite ou pas de rester sur Gaïa ? Fit-ellee.

- Les Traqueurs savent. Ils n'ont ni maître ni bannière, ils œuvrent pour le froid et la glace, pour le temps et les traditions. Ils sauront vous trouver. Ils vous infligeront le sort réservé aux catins ! Aux étrangers sans valeur !

- Quoi ? Je finirai en maison de passe ? sourcilla la jeune femme.

- Et mourrez empalée lorsque vous ne pourrez plus recevoir !

- Ah... Sombres promesses...

- Au Nord, vous rirez moins.

Il lui cracha au visage, la jetant à terre avant de repartir comme si de rien n'était.

Elle le regarda s'éloigner, outrée. Du dos de la main, elle essuyait son visage. Pourquoi Diable les gens étaient-ils si impolis de si bons matin ?

- Ma reine, vous allez bien ? S'exclama un garde, accourant, suivi de son camarade de ronde.

- Oui... J'ai trébuché... Ne vous en faites pas, se hâta-t-elle de dire en se levant. Ils l'aidèrent à se remettre debout, guettant une tâche, déchirure, autre... Ils se figèrent à la vue du visage de la jeune femme. Elle fronça des sourcils face à ce soudain silence et cet éclat dans leurs regards.

- Qu'avez-vous, demanda-t-elle, inquiète.

- Majesté ! Vôtre visage ! C'est un coups ! Ne mentez pas ! On a levé la main sur vous ! Qui ? Qui a osé ? S'exclamait avec fureur le même garde.

- Il est inadmissible que l'on ose porter atteinte à votre personne, ma reine, expliqua calmement l'autre garde.

- Voyons... C'était juste un coups de gueule. Ce malheureux avait surtout envie de hurler son avis contre quelqu'un.

- Mais il vous a frappée !

- Et de ce fait, je comprend que son travail soit frustrant donc qu'il ait besoin de décompresser...

- Mais il vous a...

- Alors soyez aimables, ne parlez pas de cela à Van, il sera...

- Je serai ?

- Trop inquiet pour agir consciencieusement... Oh Van !

Il était debout derrière, l'écoutant parler avec les gardes. Sur ses traits elle lisait une colère contrôlée.

- Qui a fait ça, lança calmement le roi en effleurant du pouce sa joue blessée.

- Je l'ai fait seule en tombant, fit Hitomi d'un ton qui se voulait convaincant.

- Majesté ! Un outrage a été commis , s'exclama un garde.

- Vous exagérez un peu là, soupira Hitomi.

- Un servant, inconnu , du Nord, s'en est pris à notre reine ! S'exclama le garde.

- J'ai vu, les Généraux sont allés le trouver, fit Van.

- Il savait donc, soupira Hitomi à mi-voix.

Van fixa un instant son épouse. Il dit, sa main dans ses cheveux :

- Lorsqu'il s'agit de ta sécurité, ne me mens pas, s'il te plait...

- Je voulais éviter de t'inquiéter inutilement, fit-elle, confuse.

- Je m'inquiète lorsque je sais que tu me caches ce genre de choses.

- Je... Navrée, fit-elle, baissant les yeux.

- Rentrons, j'aimerai que tu me parles de ton voyage sur la Lune des Illusions, annonça Van en l'entraînant à l'intérieur.

- Van, tu vas encore t'inquiéter, s'agaça la jeune femme en regagnant le palais à son bras.

Les Généraux, de leur côtés avaient mis la main sur le servant impudent qui avait osé s'en prendre à la jeune reine. On n'avait jamais humilié de la sorte la reine de Fanélia et le Nord n'allait pas recommencer à chercher querelle... Car le Nord ne s'était jamais bien entendu avec Fanélia. D'où ces tensions quant à ce traité.

Assise sur son lit, le regard dans le vague, Hitomi essayait d'éviter le sujet fâchant... Van pourtant était insistant... Il voulait savoir ce qu'il s'était passé à Tokyo durant ces semaines de séparation.

Faisant les cents pas de long en large depuis un moment pour éviter de laisser exploser son impatience, Van soupira pour la énième fois :

- Hitomi, de grâce, ne me laisse pas dans l'ignorance. Il y a assez de choses que je ne sais pas et que tu me caches.

- Oh ! Je ne te cache jamais rien voyons ! S'offusqua la jeune femme.

- Hmm... Et le mensonge de ce matin ?

- C'était pour éviter tout conflit avec le Nord voyons... Tu le sais bien, grogna-t-elle.

- Je n'ai que faire de ce traité si ta vie est menacée par le Nord ! Ne sois pas absurde ! Je ne puis signer un traité si tu es une cible potentielle pour les fanatiques de cette patrie.

- Tu dois le signer pour en finir avec ces esclavagistes qui font trembler le peuple de l'Alliance.

- A quoi bon protéger l'Alliance si je ne parviens même pas à protéger ma reine ?

- Ta reine n'a pas besoin d'être protégée... Elle n'en a plus besoin...

- Tu crois cela ?

- Je crois que je serai une piètre reine si je pensais à ma sécurité avant celle de royaumes entiers.

- Ces dires me troublent...Je crains de te perdre chaque jour.

- Trois ans que nous attendons d'être réunis, je ne permettrai pas à la mort de me prendre... Pas si tôt.

Van eut un sourire amusé. Il tendit sa main, disant d'un ton plus posé :

- Allons dîner, ma reine.

Elle prit sa main, le suivant en souriant à travers les corridors.