Le voyage avait été entamé la veille. Une vingtaine de cavaliers accompagnaient l'escorte royale qui était formée du couple royale et des Généraux. Les Seigneurs Néra et Law s'étaient ajoutés avec quelques uns de leurs meilleurs combattants.
Van et Hitomi chevauchaient en tête, encadrés de Généraux et Vassaux. La jeune femme avait une cape épaisse sur les épaules, sa monture avançant du même pas depuis leur départ. Elle somnolait en selle, faisant de son mieux pour ne pas s'endormir. Van le voyait. Le soleil se perdait à l'horizon, ils allaient devoir dresser un camps.
- Majesté, la reine risque de tomber de selle si nous ne faisons pas de halte, notifia le Seigneur Néra.
- Je le sais, nous allons dresser le campement dès que nous quitterons cette route accidentée.
- Où sont les messagers du Nord, demanda le Seigneur Law.
- Partis annoncer notre arrivée, ils nous accueilleront à la frontière du nord avec les terres de l'Alliance.
- J'espère que nous n'aurons pas d'ennuis au cours du voyage, fit le Général Kaze.
- Nous avons toujours des ennuis lorsque nous débarquons sur une contrée qui nous est inconnue, fit Van avec amertume.
- Van... Je crois qu'il y a de la lumière là bas... fit Hitomi d'une voix lointaine, battant des cils pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.
- De la lumière, sourcilla le Général Hak.
Tous les regards se tournèrent vers le bout de la route. Qu'est ce que c'était ?
Les montures poursuivaient leurs avancées, quittant enfin le chemin accidenté pour s'engager sur n route en meilleur état. Une route pour le Nord utilisée par tous. Une des seules à passer la frontière.
- C'est une auberge, lâcha le Seigneur Law.
- Voulez vous dresser un campement malgré la présence de l'auberge, majesté, demanda le Général Din.
- Oui, nous ne dormons pas là dedans, fit Van. Ordonnez que l'on dresse le campement à bonne distance.
L'ordre fut transmis. Les soldats se contentaient bien de leurs repas personnel, nul ne voulait payer pour une auberge. De plus, ils préféraient dresser le campement, là au moins ils se savaient en sûreté.
C'est un repas fait par les cuisiner du camps qui fut servi à Hitomi qui s'était assise près du feu qui avait été allumé par quelques soldats. Van et ses Généraux discutaient des récents litiges qui avaient opposé les gens du Nord aux citoyens de l'Alliance.
Certaines de leurs coutumes et habitudes mettaient mal à l'aise les Fanéliens ou encore les Astriens.
D'un pas traînant, la jeune femme ne tarda pas à rejoindre la tente qu'elle partageait avec son époux. L'entrée n'était pas gardée. A quoi bon paniquer alors que plusieurs soldats gardaient le campement ?
- Ce voyage est éprouvant, aussi bien physiquement que mentalement. La reine saura-t-elle tenir, demanda le Seigneur Néra à Van.
- Cela dépend, soupira Van en vidant son pichet de vin chaud.
- De ?
- Du nombre d'ennuis que nous aurons...
Dans la nuit, de nombreux rires et hurlements virent troubler la paix du campement. Les soldats de garde étaient sur le qui-vive. Les Généraux ne fermaient pas l'oeil. Le jeune roi s'était endormi sur ses gardes, sa main sur le pommeau de son épée, allongé près de son épouse.
Ce sont ces mêmes rires qui à l'aube réveillèrent Hitomi. Elle fronça des sourcils, se demandant ce que c'était. Van dormait encore, sa main sur son épée. Elle fut navrée, se disant qu'il n'avait sûrement pas assez bien dormi.
D'un pas léger, fraîche suite à cette nuit reposante, elle quitta la tente qu'ils partageaient. Elle était au cœur du campement. Les feux de la veille fumaient, une brume légère accompagnant ce réveil troublant.
Debout à l'entrée de sa tente, elle tendait l'oreille, se demandant d'où venaient ces rires et hurlements qui avaient troublé son sommeil.
En chemise de nuit, pieds nus, ses cheveux cascadant sur ses épaules nues, elle les entendit à nouveau. Plus proches... Pourtant, elle n'avait pas bougé. Elle était toujours face à la tente, à moins de cinq mètres de son époux endormi...
- Psst ! Le campement est pas si endormi, souffla une voix.
La jeune femme cherchait l'origine de la voix, sa vision perturbée par les feux mourant et la brume naissante. Qui avait parlé ? Qui avait pu entrer dans le campement ?
- Les gardes eux dormaient pas... hiihihih...
Son cœur fit un bond. Les soldats de gardes ? Les avaient-ils tués ? Elle priait pour leur survie...
- Elle la donzelle dort pas...
- Elle aurait du...
- On l'aurait pas vue...
-Et elle nous aurait pas troublé...
- J'ai faim mes amis...
- Moi aussi... Cet appétit charnel qu'on ne satisfait pas seul...
- Et la faute à qui...
- A la donzelle en chemisette..
Ils étaient cinq... Six... Hitomi les cherchait toujours du regard. Elle paniquait. Elle ne savait pas comment se sortir de ce pétrin. Avait-elle seulement le temps de donner l'alerte ?
Alors elle les vit, sortir de leurs cachettes, cinq venant de tous les côtés, lui faisant face, des sourires carnassiers sur les visages, certains allant jusqu'à défaire leurs ceintures pour laisser libre court à leurs corps.
Elle recula, se disant que rien ne pouvait lui arriver si elle parvenait à entrer dans sa tente où Van...
- Où tu vas, ma jolie ? Demanda le sixième qu'elle avait oublié en passant une main sur sa nuque, glissant sur sa gorge. Il était derrière elle. D'où venait-il ? Elle craignit un instant qu'il ne s'en soit pris à son époux endormi... Mais la limpidité de la lame qu'il venait de lui passer sur la gorge la rassura sur ce point. La lame était trop propre pour avoir déjà tué quelqu'un...
