Le Gouverneur, blême, regardait en selle le roi et la reine de légende. Il bafouillait, regardant ses pieds, des excuses à n 'en plus finir :
- Le comportement de ma nièce était intolérable. Je sais que ses actes étaient condamnables et je pense qu'elle agissait ne pensant à bien. Ne voyez pas là une symbolique quelconque avec l'entièreté du Nord. Toutes les cités portent leur croyances et craintes...
- Navré que cela finisse si tragiquement, fit Van, à moitié sincère, au Gouverneur.
- Elle n'a pas souffert en mourant, annonça Hitomi au Gouverneur dont le visage se décrispa un peu, rassuré à cette idée.
- J'en suis ravi vu que sa haute trahison lui aurait valu le bûcher, fit-il d'une voix blanche.
Hitomi fit partir sa monture, suivie des Généraux, Van et ses vassaux veillant à ce que le reste de l'escorte suive le départ sans encombres.
- Majesté, vous n'allez pas en vouloir au roi tout au long du voyage tout de même, demanda, inquiet, le Général Kaze à Hitomi.
- Cela ne vous concerne pas, grogna-t-elle .
- Vous avez tué cette femme car elle menaçait votre époux, non pas par jalousie tout de même, fit le Général Hak.
- Je ne sais pas trop. D'abord par jalousie puis par volonté de protection... Ou inversement...
- Vous avez de drôles de priorités, commenta en riant le Général Jiyu.
- Vous n'allez pas me torturer avec cette histoire tout au long de la chevauchée j'espère, fit Hitomi, sourcils froncés.
- Jamais ma reine, nous nous inquiétons juste de votre comportement.
- Notre roi semble navré de vous voir fâchée.
- Et il ne sait comment vous faire comprendre sa vision des choses.
- Ce sera une longue chevauchée, ne soyez pas trop sévère ma reine, conclut le Général Din.
- Je sais bien qu'il ne m'a pas trompée, soupira Hitomi, lasse de leur sermon.
- HA ! S'exclamèrent les Généraux d'une même voix, faisant sursauter quelques soldats qui ne s'y attendaient pas.
- Mais il a été imprudent, il a joué avec sa vie en conversant avec cette illuminée au lieu de la maîtriser, grogna Hitomi.
-C'est donc ce que vous lui reprochez. Avoir joué avec sa vie.
- EXACTEMENT ! S'exclama Hitomi avec colère, faisant hennir les chevaux troublés par cet éclat de voix.
- Ne criez pas voyons, nous sommes en territoire ennemi, soupira le Général Kaze.
- UNE ATTAQUE ! Alarma un soldat alors que des brigands surgissaient des sous bois en faisaient tomber les soldats de leurs montures qui s'emballaient.
- Protégez Hitomi ! Ordonna Van aux Généraux alors que ceux-ci avaient formé un cercle défensif autour de la monture de la jeune femme.
- Dire qu'on vient à peine de quitter cette maudite ville, grognait Wind.
- La situation des différentes régions du Nord est tendue, tu le sais, grogna Wall.
- Pas comme si on avait pas l'habitude, s'amusa Neige avec un petit rictus.
- Quel pays, grogna avec colère le Général Hak alors qu'ils guettaient, sabre au clair, l'attaque de la douzaine de bandits qui encerclaient leurs montures.
- Qu'on me donne une arme nom de Dieu, s'exclamait Hitomi.
- Vous êtes blessée ma reine, vous ne tiendrez pas, répliqua le Général Jiyu.
- Si vous tombez, je mourrai comme une imbécile alors, grogna la jeune femme.
- Mais nooon ! Ne dramatisez pas voyons !
- Je me débrouille alors, grinça la jeune femme en tirant de ses sacs de selle un automatique. Elle avait quinze balles et pas d'autres munitions, tout étant resté à Fanélia, dans son tiroir avec son smartphone et ses autres armes ainsi que la clé de sa moto...
- CHOPEZ LES ! ON VA LES REVENDRE EUX ! Aboya un brigands.
Aussitôt, les montures des Généraux furent prises d'assaut et finirent à terre. Les Généraux combattirent du mieux qu'ils pouvaient, tentant de ne pas laisser les assaillants approcher la reine qu'ils pensaient désarmée.
Un coups de feu ... un second... Une troisième balle effleura la joue du meneur des brigands qui déglutit face à la puissance de cette arme inconnue.
Plus loin, accourant, Van et ses vassaux rejoignaient le groupe de Hitomi et des Généraux, suivis de soldats de l'escorte.
- Une arme démoniaque, couina un brigand, en s'éloignant, tremblant.
Hitomi avait du abattre ceux qui avaient tenté de l'immobiliser puis avait décidé d'intimider le leader.
- Tu es une sorcière, cracha ce dernier.
- Disparaissez, ordonna la jeune femme d'un ton qu'elle voulait autoritaire.
Les soldats de l'escorte avaient un sourire en coin face au ton de leur reine. Ils l'avaient entendue au petit matin se disputer avec leur roi... C'est ce qui avait dû la mettre de mauvais poil. Les brigands eurent vite fait de filer sans demander leur reste.
- Majesté, vôtre bras, commenta le Général Blues exaspéré alors que le bandage de son bras droit s'imbibait de sang qui se rependait sur sa manche, coulant avec lenteur jusqu'au coude...
- Ah... le pistolet, comprit la jeune femme en lâchant son arme, sa paume parcourue de picotement alors que son bras l'incendiait de douleur.
Van s'avança, inquiet. Il voulut l'ausculter mais elle écarta sa main, sous les regards ébahis de l'escorte et demanda :
- Général Kaze, voulez-vous bien changer ce bandage et nettoyer la plaie avant que je n'aies encore de la fièvre ?
- B... Bien sur, majesté, lâcha d'une voix rendue rauque par la tension le Général.
Les soldats de l'escorte récupéraient les sacs de selle sur les montures mortes et chargeaient celles de remplacement qu'ils avaient eut la présence d'esprit d'emporter. Les chevaux en état étaient calmés avec un peu d'eau et les rares soldats blessés se soignaient mutuellement.
Sur sa monture, son regard planté sur les Généraux et Hitomi, Van avait une mine affreuse, un regard sombre et très envie de se défouler...
- Jeune roi, ta reine semble t'en vouloir pour quelque chose, s'amusa Wind.
- Je sais, grogna Van.
- Tu devrais songer à réparer tes erreurs avant qu'elle ne trouve un autre parti qui saura ravir son cœur et la consoler, s'amusa Neige.
- Elle ne me tromperait pas avec le premier venu, je la connais, commenta Van.
- Elle ne risque pas d'aller si loin pour l'instant. Mais elle risque de croiser quelques Apollons que même les plus fidèles épouses ne peuvent ignorer, glissa Wall.
- De qui parlez-vous, lança, sourcils froncés, le jeune roi.
- Le prince de la cité suivante. Le gouverneur est connu pour son goût de la fête et son fils connu pour savoir se glisser dans la couche de toutes celles qu'il convoite, conta Neige.
- Hitomi n'acceptera jamais de... s'indigna Van.
Le messager du Nord à la tresse noire lança un regard ennuyé à Van, disant en se levant :
- Croyez-vous, mon roi, que ce tombeur a demandé à toutes les beautés qu'il convoitait si elles daignaient accepter de partager leur nuit avec lui ?
- Il ne sera fait aucun mal à cette jeune reine, si elle sait qu'elle peut compter sur son promis, commenta le messager aux cheveux bleu.
- Et nous ne laisserons pas ce bâtard fêtard toucher à la première reine guerrière que nous croisons, glissa Ed en se retirant, ses camarades à ses côtés.
Van serrait les poings... Il risquait sa vie à tout instant et cela le rendait fou... Fou de rage et de douleur... Il se tourna vers ses Vassaux qui avaient tout entendu. Ils devaient être prudents...
Le Général Kaze avait achevé ses soins avec un soupir de contentement. Ce soupir fit sourciller ses camarades et Hitomi.
- Ce n'est pas de tout repos que de vous soigner avec le regard transperçant de sa majesté sur ma nuque, commenta le Général en adressant un sourire d'excuse à son roi qui se tenait plus loin, discutant avec ses Vassaux.
- Le roi a été blessé par votre rejet, analysa le Général Jiyu.
- Il semble aussi contrarié... Mais le rejet de dame Hitomi n'en est sûrement pas la cause, glissa le Général Hak.
- Vous n'avez rien entendu de ce qui a été dit avec les messagers du Nord, demanda Hitomi, inquiète de voir son amant préoccupé au point de garder les sourcils froncés... Cela ne lui allait pas...
- Non, ma reine, mais vous pouvez lui demander, glissa avec un sourire le Général Kaze.
- Attendons la ville suivante pour lui parler, il pourra réfléchir à son comportement irresponsable tout au long de la chevauchée, fit Hitomi.
- La cité du Gouverneur suivant est à moins de trois heures... Vous ne pouvez pas bouder si longtemps ! S'exclama avec effroi le Général Blue.
- Si, je peux. Pourquoi ne pourrais-je pas, grogna la jeune femme.
- Parce que vous êtes restés séparés trois ans... Trois heures sans lui adresser un mot ou un regard. Vous ne tiendrez pas et nous rendrez fous...
- Fermez la et montez en selle, grogna Hitomi, le rouge aux joues, en se hissant sur sa monture. L'escorte avait repris la route.
