2.

Sortant de la piscine couverte, Alveyron se rinça sous l'une des douches puis trottina jusqu'à la chaise longue de son père.

- A bras !

Alguérande releva ses lunettes de soleil.

- Enroule-toi plutôt dans un drap et viens t'allonger près de moi si tu veux.

Le garçonnet alla chercher une grande serviette, mais avant de se diriger vers son père, il se pencha un moment sur le berceau de son cadet, le temps d'un baiser sur le front bombé.

Alveyron revint rapidement près de son père et se blottit contre son flanc pour un câlin.

- Maman ?

- Elle doit répéter ses prochains concerts, tu peux entendre sa musique depuis les fenêtres grandes ouvertes de notre appartement. Elle nous rejoindra plus tard.

Alveyron avança son nez en trompette vers l'ordinateur portable sur les genoux de son père.

- Gnééé ?

- Je dois rejoindre le Pharaon qui était reparti en mission pendant que je me rétablissais ici. Il faut que je sache tout ce qui est arrivé à mon cuirassé durant tout ce temps. Je pense t'avoir déjà expliqué cela plusieurs fois, mon cœur. Mais tu es un petit garçon, c'est trop compliqué pour toi. Bien que tu saches que je ne puisse plus t'accorder toute mon attention ces derniers jours.

- Je t'aime, mon papa !

- Et moi je t'adore, mon cœur ! Tu t'es bien séché, tu ne vas pas prendre froid ?

- Nan nan, assura le garçonnet en buvant le jus d'orange que le maître-nageur venait de lui apporter.

Les prunelles vert émeraude devinrent un peu ternes, comme à chaque fois que le petit avait une prescience qui dépassait le nombre de ses années d'âge.

- Papy, Toshiro, difficile !

- Ca, c'est peu de le dire, mon ange. Je n'ai vraiment pas besoin de tes prédictions pour cela ! rit le jeune homme en caressant les boucles couleur de miel de son fils aîné. Tu aurais autre chose pour moi ?

Alveyron fixa son père, incompréhensif, sourit ensuite.

- Tu es trop chou !

- Oui, j'ai l'orgueil de le penser. Et ta maman est d'accord ! Tu vas bien, mon cœur ?

- Danger, papa, danger ! Menace !

Et tremblant de tous ses petits membres, le garçonnet se blottit contre son père qui le réconforta longuement.

Tranquillisé, en sécurité, Alveyron se lova en boule et s'endormit.


Amarance eut une mimique d'hésitation.

- Je ne suis pas sûre…

- C'est moi qui t'ai prié de venir. Madaryne est au courant. Et je n'ai nulle intention offensante pour mon mariage en étant en ta compagnie – nous avons eu notre histoire, mais tu m'as rendu ma liberté, bien avant que je ne retourne auprès de mon épouse. Et c'est d'une info surnaturelle dont j'ai besoin, Mady l'a parfaitement compris, d'où ta présence ! Aucun malaise, Amarance, détends-toi.

- Merci… Je ne savais que penser depuis ton appel… J'ai hésité à venir…

- Amarance, tu as été de mon combat contre le Seigneur des Carsinoés ! Et Alfie a perçu quelque chose, incapable de le comprendre, et plus encore de l'exprimer ! Avant de repartir dans la mer d'étoiles, j'aimerais avoir un peu plus d'infos, si tu as été sensible à…

- … une newsletter surnaturelle ?

- Quelque chose du genre…

Alguérande ricana.

- Moi, je n'en reçois aucune !

Il redevint sérieux dans la foulée.

- Tu sais quelque chose ?

Il se racla la gorge.

- Pouchy a beau s'offrir une lune de miel interminable - et tout indique que Terswhine va lui faire don de l'élixir de vie, pour la durée de toute son existence – il devrait réagir à mes messages de questions… En fait, je ne suis pas sûr que la rupture du contact soit exclusivement de son fait ! Il y a autre chose, ou plutôt : quelque chose !

La belle doppelganger eut un sourire attristé.

- Oh oui, Algie, il y a quelque chose, quelque part. Mais aucun de nous – des entités surnaturelles alliées – n'a idée de ce dont il peut s'agir ! Mais, nous avons peur…

- Vous ? !

- Toi et les tiens avant toi avez prouvé que nous sommes tuables, et ce en dépit de tous nos pouvoirs ! Tu as abattu plus d'un de notre monde, Balkendorf en dernier sur ta liste de trophées !

- Je n'en tire aucune gloire, remarqua Alguérande en remplissant un verre de limonade. J'ai juste éliminé des ennemis qui menaçaient mes mondes : mon foyer et mes amis surnaturels. Je n'ai fait que mon devoir. Et vu mon rêve, je redoute l'irruption du pure adversaire à venir… J'ai, moi, peur d'y croire !

- Sois plus clair, Alguérande ? pria Amarance.

Alguérande sortit sur la terrasse, faisant les cent pas, crinière ébouriffée et agitée par la brise, ses prunelles grises étincelantes.

- J'ai été inspiré du passé auprès de l'Arbre de Vie, des combats passés de mes ancêtres, et même des premiers pas de mon père effleurant le surnaturel à sa mesure le subissant et y plaçant sa patte ! Je n'ignore donc rien de toutes les précédentes démêlées… Et tout indique là que le pire de tous les ennemis de notre lignée s'apprête à nous attaquer – à me tomber sur le poil sur un point plus personnel ! Amarance ?

La doppelganger arrêta les évolutions du jeune homme, ses mains sur ses épaules.

- Tu as les mêmes presciences que l'aîné de tes fils, fit-elle sombre et sérieuse. Et toi, tu les interprètes de façon lucides.

- Amarance ! ?

- Une monstruosité a été réveillée, elle revient après des millénaires, et elle veut son paradis. C'est tout ce que je puis te dire, Algie.

- Mais… ?

- Ma planète est en danger, je dois y retourner, tenter de la protéger… Je ne suis venue qu'au souvenir de nos combats et de notre amitié. Mais là j'ai à protéger la famille Mortelle auprès de laquelle j'ai vu le jour ! A bientôt, Algie, ou jamais…

- A bientôt, assura le jeune homme.

Et Amarance disparue, Alguérande demeura planté devant la cheminée, mains sur les hanches, tête basse, en pleine réflexions.

« Je crois que tout est pire que ce que mon côté pessimiste m'avait fait redouter… Tant pis, il me faudra faire avec ! Désolé, Amarance, mais je connais mon adversaire, et je vais me colleter à lui ! ».