3.

Accompagnée de Khefdan qui portait le bébé, Madaryne s'apprêtait à quitter le château, faisant des adieux provisoire à son époux.

- Je prendrai bien soin d'eux, assura-t-elle en l'embrassant à en perdre le souffle.

- Je sais, ma toute belle. Je te les confie en toute sérénité. En revanche, je ne pourrai venir vous voir avant la fin de la mission du Pharaon.

- On a des moyens de communication, rappela la jeune femme avec un clin d'œil. Je suis sûr que tu trouveras le moyen de nous parler, de temps en temps !

- Tous les jours.

- Ne fais pas des promesses impossibles, mon tout beau. Tu seras très occupé, et moi aussi. Je laisserai Alveyron te laisser tous les messages qu'il voudra et je ferai des vidéos d'Oralys. Tu répondras quand tu le pourras.

- Je saurai trouver le temps, insista Alguérande en incendiant de ses lèvres celles de sa femme. Enfin, je ferai de mon mieux, comme tu dis.

Il passa ses doigts dans les boucles bleutées de Madaryne qui lui sourit.

- Tu restes encore un peu ici ?

- Oui, je finis de me préparer. J'ai encore plein de choses à régler ! Je ne partirai à mon tour que dans une semaine. Je te souhaite un bon voyage. Et à vous aussi, mes petits bouts de choux !

Alveyron se serra contre son père et Oralys gazouilla en agitant les poings.

Alguérande regarda les siens qui embarquaient dans la limousine et agita la main à leur adresse jusqu'à ce que véhicule passe sous les arcades de la cour intérieure du château familial.

Tournant alors les talons, il rentra dans le bâtiment principal.


- Pouchy, enfin !

Le jeune homme blond étreignit longuement son frère aîné.

- Désolé, j'ai eu tous tes messages, mais je n'avais vraiment pas envie d'y répondre ! J'étais un peu occupé !

- Je m'en doute, sourit Alguérande toujours surpris de l'aura de bonté infinie et de sérénité accomplie qui se dégageait du Gardien du Sanctuaire de Terra IV. Tu es heureux ?

- J'ai beau rassembler une partie des connaissances de l'univers, je n'imaginais pas vivre un bonheur parfait.

Pouchy fit une légère grimace.

- Evidemment, Terswhine et moi ne pourrons pas fonder de foyer, mais le jour venu, nous aurons l'éternité.

- Comment ça fonctionne ? s'enquit Alguérande avec une intense curiosité, tout en ayant saisi dans un bocal un gros cornichon vinaigré pour le mordre à belles dents.

- J'ignore l'âge réel de ma Sorcière préférée. Elle est immortelle depuis si longtemps, elle-même l'a oublié. Mais je pense qu'à l'aube de la trentaine, elle me donnera le Philtre de Vie.

- En quoi est-ce différent de l'Elixir ?

- L'Elixir t'a rendu la santé. Le Philtre m'octroiera l'immortalité. Ainsi, unis à jamais, nous veillerons sur Terra IV.

- C'est un grand sacrifice…

- C'est une bénédiction !

Pouchy s'attrista néanmoins.

- Je vous verrai tous vieillir, disparaître les uns après les autres. Mais je pourrai suivre les générations auxquelles vous aurez donné le jour. Ce sera le plus beau cadeau que vous m'aurez jamais fait… Heu, Algie ?

- Oui ?

- Tu pourrais me laisser des cornichons, s'il te plaît ? !

- Trop tard !

- C'est honteux de voler ainsi la nourriture de la bouche de son petit frère !

- Arrête de te plaindre et viens chevaucher avec moi !

- J'ai cru que tu ne le proposerais jamais !


Au soir, seuls dans la grande salle à manger turquoise, ayant demandé que les plats soient apportés mais qu'on les laisse se servir, Alguérande et Pouchy avaient partagé un bon repas.

Alguérande se leva une nouvelle fois et se dirigea vers l'une des tables, souleva la cloche d'un des plats maintenu au chaud et se servit d'une bonne portion de longs haricots plats et rouges.

- Tu ne m'en proposes pas ? se plaignit Pouchy qui devenu au fil des ans un végétarien convaincu, ne se régalait que de légumes.

- Tu as toujours détesté les mange-rouge !

- Et si j'avais changé d'avis ? gloussa Pouchy.

- Tu es un Waldenheim, tu es la pire bourrique qui existe ! Tu n'avaleras jamais un mange-rouge !

- Tu me connais trop bien !

Alguérande croisa le regard de son cadet.

- Oui, Pouch' ? J'ai une autre balafre à la joue droite ou quoi ?

- En fait, ce n'est pas vraiment que je n'ai pas voulu te répondre, ce n'était pas l'entière vérité à mon arrivée… C'est plutôt que je ne captais pas ton écho de vie !

- Impossible, se récria Alguérande. Mon signal de vie devait au contraire être de plus en plus fort grâce à ton Elixir ! J'étais ici, Pouchy, je n'ai pas bougé, j'étais bien trop mal que pour faire quoi que ce soit…

- Je l'ai compris, sourit Pouchy. Tant que tu es debout, tu peux me remplir un bol de riz avec des légumes grillés et une sauce aigre ?

- A tes ordres, grand Gardien et futur Immortel !

Pouchy lui tira la langue mais alors que son aîné se remettait à dévorer, ses prunelles marrons s'assombrirent.

« Je ne t'ai pas capté, Algie, parce que tu n'étais plus là… Je sais que c'est Warius Zéro qui a pénétré l'esprit d'Auryel, mais toi qui le guidais, tu n'en es pas revenu intact. J'ignore à quel point, mais que mes pouvoirs soient bloquées me panique au possible ! ».

- A ta santé, mon taiseux Pouchy ! rit Alguérande en levant sa flûte de champagne.

- Santé, Algie, se força Pouchy en tenant son verre de jus de fruits frais pressés.

Les deux frères éclatèrent de rire, profitant de la douceur de la soirée pour laquelle ils étaient réunis.