4.

Ayant quitté à son tour le château familial, Alguérande avait embarqué dans une navette intergalactique qui l'avait conduit à son Pharaon.

Retrouvant un environnement bien familier, un second chez lui qui était infiniment précieux, le jeune homme se détendit dans un bain chaud avant la non moins traditionnelle visite de son second.

Le massif lhorois cornu se présenta de fait en début de soirée à l'appartement.

- J'ai un cadeau pour toi, capitaine ! lança Gander en déposant un paquet sur la table basse la plus proche.

- Tu me demandes en mariage ? C'est ma robe ? Désolé, je suis déjà pris ! gloussa Alguérande, dévoré de curiosité !

- Mais ce n'est pas possible d'avoir un esprit aussi tordu ! rit le second du Pharaon. Le pire, c'est qu'avec le temps qui passe, je finis par avoir tes réflexes et que ce soit effectivement la première idée qui me vienne en tête !

- Quoi, ça t'a effleuré quand tu as reçu ce colis envoyé par un tailleur ?

- Le tailleur de la Flotte, remarqua le lhorois avec un petit sourire. Et je pense que toi et moi pouvons deviner ce qu'il contient, surtout avec cette boîte qui l'accompagne… commandant Waldenheim !

- Mais, je n'ai rien fait pour mériter… objecta Alguérande, dans un souffle. Pourquoi aurais-je une promotion ?

- Tu as sauvé les univers bien avant de porter cet uniforme. Et au cours des missions des dernières années, tu as accompli, professionnellement et de façon privée des exploits, glissa doucement Gander. Il n'était que normal que tu obtiennes enfin un grade supérieur ! Quoi, ça ne te fait pas plaisir ?

- Sincèrement, Gander, ça ne me fait ni chaud ni froid, avoua Alguérande. Je n'ai fait aucun plan de carrière. Comment le pourrais-je alors que je sais que ma vie, à tous points de vue, peut prendre fin à chaque combat, qu'il soit surnaturel ou non ! ? Je vis au jour le jour, Gander. Me projeter dans l'avenir est un luxe que les Mâles Alphas de ma lignée ne peuvent pas vraiment se permettre… Mais, dans le fond, si je progresse, comment pourrais-je ne pas en être heureux ! ?

Gander esquissa un léger sourire.

- Et tu dépasses ton père.

- Il aurait pu tant avancer, s'il n'avait été « tué » à son premier commandement, soupira Alguérande. C'est lui qui a la Flotte dans le sang, et ce même si sa vie a pris un tout autre tour ! Il était de l'étoffe dont on fait les généraux, il n'aurait pas été le premier de la famille. Mais, finalement, c'est quand même la piraterie qu'il a dans le sang, et il resplendit magnifiquement ! Pirate, Corsaire, Pirate, il n'a pu échapper à sa destinée véritable. Je ne sais s'il l'apprécie, mais il doit faire avec… Nos futurs sont des fardeaux et des bienfaits, et quelles que soient nos forces, nous ne pouvons nous y dérober…

- Vous êtes uniques. Et en dépit du cortège de souffrances, ces destins sont assez fascinants, je peux te le révéler, Algie.

- Peut-être que, vu de l'extérieur… Mon père m'a donné un château et une famille, Madaryne m'a donné un foyer. Mais j'ai payé chacun de ces bonheurs au prix le plus fort qui soit !

Alguérande ne put néanmoins retenir un sourire.

- Et je suis heureux à un point, Gander, même toi tu ne peux imaginer ! Le garçonnet martyrisé et crevant de froid dans la neige n'espérait même pas atteindre l'âge adulte ! J'apprécie chaque instant, et je ne vais certainement pas cracher sur les épaulettes de commandant du Pharaon !

- Tu les mérites, tout simplement. Allez ouvre ton cadeau, commandant Waldenheim !

Avec une fébrilité d'enfant, le jeune homme se leva pour ouvrir le paquet, nullement surpris à la vue d'un uniforme fraîchement taillé, mais appréciant la petite boîte contenant les épaulettes de son nouveau grade.

- Alors, Gander, on finit ainsi la mission ?

- A tes ordres, commandant !

Alguérande eut un éblouissant sourire.

- Je dois l'annoncer à mon père ! Reviens pour le dîner, j'aurai plaisir à le partager avec un de mes meilleurs amis !

- Avec plaisir.


Le sommeil sans nul doute favorisé par un repas aussi fin que copieux, Alguérande avait dormi comme un bébé pour sa première nuit sur le Pharaon depuis bien des mois.

Mais les rêves du jeune homme avait rapidement été agités, le prenant même aux tripes et lui faisant ressentir une douleur presque physique dans ses soubresauts, intrigant Truffy qui demeurait la tête haute, sur le qui-vive, bien que ne percevant aucune menace pour son maître.

Semblant être attiré par la plus puissante des forces jamais rencontrée, Alguérande avait l'impression de monter de plus en plus haut dans le nuage de gaz sombre qui l'environnait.

« Non, pas la lumière, j'ai déjà donné. C'est trop tôt, et sûrement pas de cette façon ! ».

Il perçut alors un rire clair, relativement jeune.

- Comme si j'avais envie d'en finir avec toi avant même d'en découdre ! Je sens que nous allons bien nous amuser !

Alguérande cligna à plusieurs reprises des paupières, distinguant la silhouette sans nul doute svelte qui portait non sans panache un manteau ou une cape ample lui conférant une classe indéniable !

- Tu es le Monarque ?

- Oui. A très bientôt, Alguérande Waldenheim. J'ai tracé ton chemin, je t'attends. Et je sens que nous allons bien nous amuser !

- Fais gaffe, Monarque de pacotille, je suis plein de surprises !

- Je te connais à un point… Tu comprendras bientôt pourquoi. Et je ne te redoute nullement !

Le rêve fini, Alguérande se retourna une nouvelle fois dans son lit, son sommeil à présent plus paisible et plus profond que jamais.