Plus tard dans son lit, Hermione se repassait en boucle les événements de la soirée, essayant d'analyser l'étrange réaction de fuite de Drago. C'était la quatrième fois qu'elle couchait avec lui et les quatre fois avaient été si différentes les unes des autres qu'il était difficile pour elle de savoir ce qui pouvait l'avoir autant perturbé ce soir. Une chose était sure, le lieu lui-même avait eu son importance dans son emportement, mais pourquoi?
Était-ce parce qu'il y passait le plus claire de son temps depuis la rentrée ou encore parce que c'était là qu'ils se retrouvaient le plus souvent ensemble tous les deux? Enfin il assouvissait ce désir qu'elle voyait régulièrement plané comme une ombre sur son beau visage, alors pourquoi y elle avait perçu de la honte…
Non, il y avait autre chose! Quelque chose de plus sombre qui avait contrôlé ses gestes, son regard et l'expression sur son visage. Il lui avait dit qu'elle ne savait pas à quel point ça faisait longtemps qu'il en avait envie… Longtemps comment? Des semaines, des mois, des années… Et si durant l'époque de Poudlard il avait fantasmé sur elle?
-Non, ce n'était pas possible, se disait Hermione.
Et pourtant, elle sentait au fond d'elle-même que tout partait peut-être de là justement. Ce n'est pas parce qu'elle, elle ne le remarquait pas de cette façon à l'époque que ça ne voulait pas dire que lui ne lui prêtait pas ce genre d'attention. Après tout, il s'était toujours plus acharné sur elle que sur n'importe quelle autre personne du même sang qu'elle.
Si effectivement Drago Malefoy avait déjà un certain désir pour elle durant son adolescence, il n'y avait alors rien de très surprenant au fait qu'elle ait réussi si facilement, durant le bal du ministère, à l'attirer dans cette salle de bain. Il n'avait couché qu'avec une seule autre fille de qui il ne lui avait jamais encore parlé… Si cette pratique avait autant d'importance pour lui qu'il semblait le dire, alors pourquoi l'aurait-il fait avec elle si ce n'était que parce qu'il y avait déjà songé très sérieusement par le passé.
Autre chose avait aussi semblé perturber Drago : la fellation elle-même. Elle savait pour en avoir confirmé avec lui les rumeurs dont elle avait entendu parlé du temps de leur adolescence, que le garçon s'amusait à dominer les filles en les faisant s'agenouiller devant lui. Ce qu'elle ne lui avait jamais demandé, c'était la façon dont ça se passait. Elle avait l'impression qu'il devait faire preuve d'un certain égoïsme dans ce type de rapport, prenant sans retenue au détriment de l'autre personne et c'était très certainement ce qui l'avait fait hésiter à la laisser faire au début.
Tout au long, elle ne l'avait pas lâché des yeux et elle avait pu voir sur son visage tout le combat qu'il semblait se livrer à lui-même pour résister à son envie de retomber dans la routine de ses expériences passées. Il avait ensuite réagi en lui donnant tout, sans relâche, la comblant bien au-delà de tout ce qu'elle avait pu imaginer. Dans toute sa grande expérience, elle n'avait jamais rien vécu de telle. Il avait été si intense, acharné et même désespéré dans ses caresses… Et que dire du gémissement libérateur qu'il avait poussé en atteignant à son tour son paroxysme!
Il l'avait épuisé et comblé au-delà du possible, la rendant faible et vulnérable à ses yeux. Il devait probablement culpabiliser à cause de cela, interprétant bien mal l'image qu'elle lui renvoyait. Ce sentiment, était celui qui le hantait le plus et celui qui le bloquait le plus souvent dans bien des domaines de sa vie. Quand il l'avait vu sur le sol, dans cet état d'épuisement total, elle avait dû probablement ressembler à toutes ces filles larmoyantes qu'il avait mises à genou devant lui pour leur prendre tout, égoïstement, sans rien leur donner en retour!
Elle voulait le retrouver, lui dire qu'il n'avait rien à se reprocher, lui dire qu'elle n'avait jamais été aussi satisfaite de toute sa vie! Mais en même temps, elle avait peur de sa réaction, peur d'avoir réveillé en lui son ancienne personnalité. Celle du garçon méprisable de son passé qui refusait qu'on le voie en situation de détresse et qui devenait des plus violent lorsque ça se produisait. Elle se rappelait très bien de l'affrontement qu'il avait eu avec Harry en sixième année dans les toilettes de mimi geignarde alors que son ami l'avait surpris entrain de pleurer…
Avant de la quitter, elle avait vu cette douleur sur son visage et elle était persuadée qu'il savait qu'elle l'avait remarqué. Hermione comprit alors qu'elle devait lui laisser du temps pour assimiler tout cela et qu'il était fort probable qu'il décide de l'éviter pour quelques temps. Elle espérait au fond d'elle que cela ne durera pas trop longtemps, car après tout, elle avait encore besoin de lui…
Les jours passèrent et Drago n'avait pas eu le courage de remettre les pieds à la bibliothèque. Il n'avait pas revue Hermione depuis la soirée de samedi et il se terrait comme un lâche dans le laboratoire de recherche privé de son groupe d'élite.
Il devra forcément la revoir demain, vendredi, lors de leur cour en commun. Il lui serait facile de rester ici, de manquer la période, mais la discipline de fer qu'il s'était lui-même imposé face à ses études l'en empêchait. C'était donc dire que son sens aigu des responsabilités avait pris le dessus sur sa lâcheté, ce qui n'était pas une si mauvaise chose dans l'ensemble. De tout façon, tôt ou tard, il devra bien y retourner. Autant affronter cela rapidement et s'éviter une autre semaine d'angoisses insupportables!
Il demeurait tout de même anxieux. Elle non plus n'avait pas cherché à le revoir depuis. Il pensait qu'elle aurait fini par frapper à sa porte un soir pour le confronter, lui demander des explications, mais elle ne l'avait pas fait. Peut-être qu'elle avait déjà tout compris d'elle-même?
Elle avait toujours eu le don de voir au delà des apparences et elle était suffisamment brillante pour avoir réussi à se construire une théorie valable à propos de l'ensemble de son comportement. C'était justement ce qu'il redoutait le plus, le fait qu'il ne pourrait pas lui mentir, lui inventer une explication moins dégradante que la vérité pour expliquer son comportement sexuelle plus violent envers elle et sa fuite après coup.
Jamais de toute sa vie il n'aurait cru qu'un jour Hermione Granger découvrirait qu'il avait eu envie d'elle à l'époque de Poudlard. Tout cela, ses fantasmes, ils avaient commencé le jour où elle lui avait mit son poing dans la figure. C'était la première fois de sa vie que Drago Malefoy s'était laissé dominer par une femme. Même sa mère n'avait jamais eu ce pouvoir sur lui. Ça l'avait chamboulé complètement!
Il avait enfoui cela assez profondément en lui, mais le bal de noël de l'année suivant avait tout réveillé brusquement. Quand il l'avait aperçu dans sa robe, au bras du meilleur attrapeur de tous les temps, ce garçon tout en muscle qui faisait l'envie de toutes les filles, il en avait été jaloux. À partir de ce moment là, il avait commencé à penser à elle de façon plus qu'inappropriée…
Plus sa vie devenait misérable et plus il la désirait, comme si elle toujours en quelque sorte représenté l'image de sa propre libération. Parallèlement, plus il la désirait et plus il se détestait de ressentir cela et plus il la détestait elle, de le faire ressentir cela. À l'époque, elle le regardait avec un tel mépris, qu'il lui était facile de tout transposer en sentiment mauvais. En plus, elle semblait si épanouie malgré toutes les épreuves qu'elle traversait, alors que lui ne savait plus très bien où il en était par rapport à sa propre vie.
Les années avaient passé et ses souvenirs d'elle s'étaient estompés. Il avait même fini par rencontrer une fille qui à première vue, semblait bien mieux lui convenir. Il s'y était accroché si désespérément… Mais son histoire n'avait pas duré, le poussant encore plus à se refermer sur lui-même.
Le jour du bal commémorant les cinq années de fin de la guerre, lorsqu'il avait tenu Hermione Granger au creux de ses bras pour la première fois de sa vie, il avait senti monter en lui quelque chose de très puissant. C'était quelque chose qu'il refusait toujours de qualifier, se contentant de parler de courant électrique, ce qui n'était pas totalement faux en y repensant bien.
Depuis, il voulait tellement lui prouver qu'il avait changé, qu'il était devenu fort, assumé, travaillant et brillant! Mais lorsque ses anciens réflexes remontaient à la surface, il se sentait si honteux, si coupable, si pathétique et surtout si indigne d'elle. Un sang pur d'une lignée comme la sienne qui se sentait indigne d'une née moldu, ce serait assez pour provoquer la mort prématurée de son père s'il venait à l'apprendre, ou sa propre mort qui sait?!
Drago Malefoy avait incontestablement changé, mais il avait encore du chemin à faire pour devenir aussi assumé qu'il essayait de le démontrer. Le changement devait toujours forcément passer par un léger retour en arrière afin de pouvoir apprendre à maîtriser ses faiblesses et comprendre ce qui ne fonctionnait pas.
Drago n'aimait pas trop retomber dans son passé de peur que son ancienne personnalité ne le domine à nouveau entièrement. Il culpabilisait encore à propos de trop de chose, ce qui l'empêchait de progresser plus significativement dans son évolution…
Peut-être devrait-il aller lui parler, éclaircir avec elle certains points qu'elle n'avait peut-être pas devinés toute seule à propos de son comportement de l'autre soir. En réalité, il savait qu'il n'avait pas le choix de le faire éventuellement, alors autant choisir lui-même le moment approprié plutôt que de se laisser prendre par surprise. Plus il restait loin d'elle et plus elle pourrait mal interprété son geste et plus il lui serait difficile d'aller vers elle aisément et de combattre ses mauvaises pensées.
Drago avait besoin d'elle justement pour cela! Affronter ses vieux démons et il venait de vivre un parfait exemple de rechute! C'était lui au départ qui l'avait voulu en quelque sorte. Elle était devenue la personne qui en savait le plus à propos de lui, de son passé, de son présent, bien qu'il y ait encore une partie très importante de son voyage qu'il lui avait volontairement caché…
Il décida sur le coup de son impulsivité du moment de retourner à son dortoir. Il sortit de sous son lit une petite boîte en bois qu'il dissimulait. Tout en la tenant fermement sous son bas, il descendit les marches en courrant et quitta l'édifice.
Il était 19h30 quand Drago entra dans le dortoir d'Hermione Granger. Pour atteindre l'escalier qui menait au couloir conduisant à sa chambre, il devait traverser le salon communautaire. Il y jeta un rapide coup d'œil au passage et constata qu'elle n'y était pas. Il décida donc de gravir les marches jusqu'à son étage et s'immobilisa ensuite devant sa porte, remettant en question sa présence. Au moment où il allait frapper, elle ouvrit la porte et tomba face à face avec lui.
-Salut, qu'est-ce que tu fais ici, demanda Hermione qui fut assez surprise de le trouver là un jeudi soir.
-Il faut que je te parle, dit simplement Drago avec un ton chargé d'anxiété.
-D'accord, entre si tu veux.
-Je ne sais pas si c'est une bonne idée…
-Tu veux vraiment qu'on discute dans un couloir? Je suis déjà en pyjama et je n'ai pas la moindre envie de me rhabiller pour sortir!
Drago entra dans la pièce et la jeune femme referma la porte derrière lui. Il s'assit timidement sur le bout de son lit, serrant toujours entre ses mains sa petite boîte à secret, mais elle ne semblait pas encore l'avoir remarqué.
-De quoi voulais-tu qu'on parle, l'interrogea-t-elle.
-De moi en fait… Je voulais m'excuser pour…
-Tu es quelqu'un de déroutant, tu le sais ça?
Drago remarqua, traînant sur sa table de travail, un devoir qu'il lui avait aidé à faire il y avait peu de temps et qui avait obtenue une excellente note. Il se senti alors coupable de ne pas avoir été là pour elle durant la semaine, de l'avoir évité parce qu'il avait honte de ce qu'il lui avait fait ou plutôt de ce qu'il s'était imaginé lui faire. Elle ne semblait pourtant pas lui en vouloir. Au contraire, ses yeux reflétaient un certain amusement et surtout aucun trace de mépris.
-C'est quoi la boîte que tu tiens dans tes mains, lui demanda-t-elle en constatant qu'il ne parlait plus.
-C'est ma vie… c'est ce que j'ai fait depuis les cinq dernières année. Elle contient principalement des photos, mais aussi quelques petits objets auxquels je tiens. Je… j'avais envie que tu vois tout cela. J'ai beaucoup réfléchit ces derniers jours et j'en suis arrivé à la conclusion que tu es la personne qui me connaît le mieux, mais pas encore complètement.
-Et le contenue de cette boîte est censée me révéler enfin tous tes secrets.
-En fait, elle est plutôt censée m'aider à mieux t'en parler.
Il ouvrit le coffret. Elle prit place à côté de lui afin de mieux voir ce qui se trouvait à l'intérieur. La boîte était beaucoup plus profonde qu'elle n'y paraissait, probablement qu'elle avait été agrandie par un sort. Il attrapa une pile de photos et la laissa les regarder, attendant qu'elle lui pose des questions avant de se lancer.
Hermione regarda lentement les images en mouvement. Les premières étaient prises à partir d'un appareil photo sorcier. Il n'y avait que des paysages assez spectaculaire en provenance d'un peu partout, mais aucune photo de lui-même ou de gens qu'il aurait pu rencontrer.
-Tu as vraiment vue tous ces endroits magnifiques en vrai?
-J'ai énormément voyagé, surtout les deux premières années.
-Comment choisissais-tu les destinations où tu te rendais?
-J'avais volé un livre à l'un des homme qui vivait chez moi durant la guerre. C'était un guide voyage pour les sorciers qui désiraient découvrir le monde. Je crois qu'il planifiait sa fuite de l'organisation et qu'il cherchait un endroit où … Voldemort, ne pourrait pas le retrouver, expliqua Drago en déglutissant avec difficulté.
-C'est bizarre de t'entendre dire son nom. Ça m'a fait la même chose quand j'ai entendu ta mère le dire cet été.
-J'essaie de le faire, mais ce n'est pas facile. Même ses alliers n'avaient pas le droit de le prononcer sous peine de torture ou de mort. Quoique je l'ai déjà vue tuer pour bien moins que cela…
-Tu y repenses souvent à toutes ces choses que tu as vues, lui demanda Hermione sans gêne.
-Moins aujourd'hui, mais il y a des pièce dans le manoir de ma famille où j'ai dû mal à rester longtemps. Il m'arrive d'y voir des ombres parfois ou même de me sentir épier par un serpent de taille démesurée. Même si je sais que tout cela est dans ma tête, ça ne m'empêche pas d'avoir d'horribles sueurs froides par moment quand je passe par là, lui confia Drago
-C'est pour cela que tu es parti, tu n'étais pas capable de retourner y vivre?
-En grande partie, oui. Mais il y avait aussi le regard que les gens de la communauté portaient sur moi que je voulais aussi fuir. Leurs opinions étaient partagées entre la haine et la pitié et c'était surtout la pitié que je détestais lire sur leurs visages. J'avais été conditionné par mon père dès l'enfance à aimer provoquer l'envie, la convoitise, la jalousie, mais aussi la peur. Pour mon père, être craint, c'est être respecté!
-Sans vouloir t'offenser, je crois que tu n'as jamais fait véritablement peur à personne…
-Pas à toi en tout cas, mais beaucoup d'élèves à Poudlard avait peur de moi, surtout quand ils ont su où vivait …Voldemort.
Hermione éclata de rire en l'entendant de nouveau prononcer ce nom avec difficulté et le rire contagieux de la jeune femme fini par le faire sourire un peu plus franchement. Elle ne le trouvait pas stupide d'agir ainsi, bien au contraire. Il avait au moins le courage d'essayer de changer sa façon de parler de lui, un courage qu'il avait fort probablement hérité de sa mère. Toute sa vie on l'avait comparé au père alors qu'en réalité, mise à part la ressemblance physique, c'était plutôt à sa mère qu'il ressemblait de l'intérieur.
-Il n'y a jamais personne sur tes photos, tu étais toujours seul. Où dormais-tu, je t'imagine très mal faire du camping, plaisanta Hermione.
-J'avais une tente dans mon sac à dos, mais je ne l'ai pas utilisé souvent, pas au début en tout cas. J'ai dormi dans beaucoup de petite auberge de notre monde, mais aussi du côté moldu. J'avais assez écouté en classe pour comprendre comment fonctionne le système d'argent, mais j'avais parfois du mal à différencier les devises des différents pays et leur valeur monétaire véritable par rapport à nos gallions.
Hermione termina de regarder la première pile de cliché. Drago lui tendit ensuite la suivante. Ces photos avaient été prises avec un appareil photo moldu. Il y avait d'abord plusieurs images d'un vignoble. Vignes à perte de vue, raisins et équipement de viticulture. Puis, plus loin dans la pile, plusieurs photos d'une jolie jeune fille aux cheveux frisés et rebelles qui lui ressemblait un peu en y regardant de près.
-Qui est-ce… c'est elle n'est-ce pas, lui demanda Hermione intrigué.
-Andréa, elle s'appelait Andréa et tu as raison, c'était elle, l'autre fille avec qui…
Hermione leva alors les yeux vers ceux de Drago et vit passé un voile de tristesse. Il se leva pour fuir son regard et resta dos à elle un long moment avant de se décider à lui raconter son histoire.
-Je l'ai rencontrée un été, alors que je travaillais dans le vignoble de son père. C'était une sang mêlée. Sa mère était sorcière, mais le père l'ignorait. Elle m'avait engagé pour l'aider à jeter des sorts spécifiques aux différents cépages afin de produire des vins assez uniques…
-Dans quel pays étais-tu?
-L'Australie, plus précisément à Barossa Valley. Andréa ne participait pas vraiment aux travaux sur le vignoble. Elle passait le plus claire de son temps dans l'écurie à s'occuper des chevaux. Elle adorait monter à cheval. Un jour, elle a monté un jeune étalon un peu trop fringant et il a bien faillit la désarçonner quand il s'est soudainement emballé. C'est moi qui avais réussi à calmer l'animal, avec ma baguette évidemment. Ce jour là nous sommes devenus amis. Elle m'appelait palomino en référence aux chevaux à la crinière couleur clair presque blanche. Les rapprochements ont été assez lents entre nous, mais la veille de son départ pour l'école, elle est venue me rejoindre dans ma chambre et nous avons fait l'amour.
-Est-ce que tu l'aimais?
-C'est la seule personne en dehors de ma mère à qui je l'ai jamais dit en tout cas… Bref, elle est allée à l'université de Melbourne à l'automne et lorsqu'elle est revenue pour les vacances, elle a tout fait pour éviter que je la voie seule à seul. Ensuite, j'ai reçu un hibou très lâche de sa part où elle me disait qu'elle avait entendue certaines rumeurs à mon sujet et que si j'étais assez intelligent, je quitterais sa maison avant qu'elle n'y revienne. Je suis donc parti, du jour au lendemain.
-Elle ne t'a même pas laissé la chance de t'expliquer, s'offusqua Hermione.
-Non, jamais. J'ai essayé plusieurs fois de lui envoyer des messages, mais elle me les retournait sans même avoir pris le temps de les lire. Je m'étais mis à rêver de posséder un jour mon propre vignoble et dans ce rêve, elle était là, à mes côtés. En un instant elle avait tout détruit de mes ambitions… En fait ce n'était pas vraiment elle, mais moi, ma famille, mon nom, mon passé. J'ai alors compris que mon nom gâcherait toujours ma vie, peu importe ou j'allais me rendre!
-Qu'as-tu fait ensuite?
-J'ai changé de nom! J'en ai essayé plusieurs, tout comme j'ai occupé plusieurs emplois pour subvenir à mes besoins dont celui de chasseur d'ingrédients pour un fabricant de potion à grande échelle. Ma route me ramenait de plus en plus vers l'Angleterre. Je vivais au jour le jour, sans possibilité d'avenir et je ressassais dans ma tête mon passé afin de trouver une façon de me faire pardonner. J'ai alors décidé de revenir pour essayer de laver mon nom en espérant qu'un jour, Andréa entendrait parler de moi en bien et qu'elle regretterait de m'avoir jeter aussi lâchement…
Hermione s'était levée et elle avait spontanément pris Drago dans ses bras. Contre toute attente, il se mit à pleurer, comme s'il se donnait enfin le droit de se vider le cœur de toute cette souffrance enfouie profondément en lui. Elle l'attira vers le lit, le fit s'étendre et l'accompagna, le gardant serré tout contre elle, lui murmurant à l'oreille des paroles rassurantes. Encore une fois, ils inversaient les rôles. Il y a quelques semaines, c'était elle qui pleurait dans sa chambre à lui et lui qui la rassurait...
Le fait que le jeune homme ait décidé de ne pas s'enfuir cette fois et de la laisser être le témoin de sa douleur, lui fit un drôle d'effet. C'était comme si enfin elle arrivait à le voir tel qu'il l'était vraiment, au-delà du masque. C'était un jeune homme brisé, aux rêves brisés, hanté par le souvenir de choses dont il n'aurait jamais dû être le témoin.
Il avait fui sa maison parce qu'elle lui rappelait trop d'images horribles et il avait parcouru le monde pour remplir sa tête de choses plus belles. Il avait même essayé de s'ouvrir à quelqu'un, mais elle l'avait repoussé à cause de ce qu'il avait été… Il avait ensuite fermé son cœur de façon hermétique, mais Hermione était parvenue à percer son blindage, afin de l'atteindre véritablement.
Il était maintenant plus de 22h30. Drago et Hermione étaient enlacés. Aucun d'eux ne dormait, aucun d'eux ne parlait et les larmes s'étaient enfin calmées. Ils étaient face à face et se regardait dans les yeux. L'émotion elle, était encore palpable. Ils avaient l'impression que leurs cœurs étaient entrain de se parler au travers des regards échangés. Douleur, compassion, peur, réconfort, toute la gamme d'émotion qu'ils traversaient passait par ce canal de discussion privilégié.
Au bout d'un long moment, ils finirent par s'embrasser. C'était à la fois inévitable et incontrôlable. Le feu du désir avait déjà commencé à les consumer, les dévaster, les fusionner et plus rien de ce qui venait de se passer n'avait plus la moindre importance à présent. Leurs corps s'appelaient, s'imbriquaient, se complétaient, pratiquant à l'unisson une danse qui leur était devenu plus familière.
Le lendemain assez tôt, ils s'éveillèrent en même temps. Aucun d'eux n'osa parler ou même bouger. Ils étaient toujours nus, enlacés et se sentaient bien. Le temps s'écoulait lentement, mais il avançait tout de même et lorsque l'heure des cours arriva, Hermione le retenta pour ne pas qu'il se lève.
-Reste avec moi, l'implora-t-elle.
-Nous avons un cours ce matin…
-Et alors! Ça ne serait pas la première fois que j'en rate un.
-Mais moi si. Je suis ton coach d'étude, je perdais toute ma crédibilité si je te laissais me convaincre de rester.
-Et si pour une fois tu suivais le chemin de tes envies plutôt que celui qui te conduit vers ce qu'on attend de toi!
-Tu es la mieux placé pour savoir que parfois je suis mieux de ne pas trop suivre mes envies…
-Alors vois-le comme un congé maladie… On reste au lit toute la journée à se reposer et à soigner mutuellement notre fièvre et ensuite on reprend le cours de notre vie.
-Notre fièvre…
-Tu sais très bien de quoi je parle, lui dit-elle en l'embrassant dans le cou.
Il ne voulait plus lutter, pas après la soirée riche en émotions qu'il venait de vivre. Suivre ses envies qu'elle disait… La seule chose dont il avait envie présentement, c'était de lui faire l'amour, encore et encore, plus fort, plus longtemps jusqu'à l'épuisement. Ensuite il dormirait avant de recommencer avec plus d'intensité et visiblement, elle partageait elle aussi ce désir fou, cette fièvre…
Quelques heures plus tard, ils prirent leur douche et ils se commandèrent une pizza par service de livraison hibou. Ils mangèrent tout en discutant. Ils avaient renoncé au besoin de se vêtir, comme si leur corps leur était devenu si familier qu'il était devenu superflu de le couvrir.
-Tu sais que je n'arrive toujours pas à croire que tu avais des fantasmes à propos de moi à l'époque où l'on se détestait, dit Hermione.
-Et moi je n'en reviens pas qu'après tout ce que je t'ai raconté sur moi, que ce soit la seule chose qui te fasse véritablement réagir.
-Je crois que ça ferait réagir n'importe quelle personne qui nous avait connu à cette époque…
-Je sais que tu es encore assez proche de Potter, mais j'aimerais que tu évites de lui parler de moi, de nous…
-Il est déjà au courant de ce qui s'est passé dans la salle de bain le soir du bal. Le pire c'est qu'il n'avait pas semblé trop en être surpris.
-Je pense que ton ami est devenu un excellent enquêteur parce qu'il arrive lui aussi à voir certaine chose qui échappe au commun des mortels. J'imagine que de ne plus vivre avec une partie de ... Voldemort en lui doit l'avoir aider à se développer d'avantage émotionnellement parlant.
-Drago, on va régler ce problème de nom une fois pour toute! Répète après moi : Voldemort, Voldemort, Voldemort!
-Si on le dit trois fois devant un miroir, il parait que ça le fait apparaître, plaisanta le jeune homme.
-N'essaie pas de te défiler Malefoy, dis le!
-Voldemort, Voldemort, Voldemort! Voilà tu es contente!
-Ce n'était pas si difficile au fond! Maintenant réglons autre chose…
-Qu'est-ce que tu fais?!
-Ça se voit non, je vais te faire une pipe.
-Je… tu es certaine…
-On se soigne aujourd'hui tu te rappelles et je pense que tu as véritablement un problème avec cette pratique, où plutôt que tu as développé une mauvaise pratique de la chose. Couche toi sur le lit, met tes mains sous ta tête et laisse-toi faire!
Drago décida de lui obéir. Il était conscient qu'il avait un problème face à cette pratique comme elle le disait si bien. Il désirait le surmonter et arrêter d'avoir peur des émotions malsaines qui y étaient rattachées. La position dans laquelle elle l'avait fait placé aidait beaucoup dans ce sens et pour la première fois, il eut l'impression d'être soumis et non de soumettre quelqu'un. C'était encore plus excitant que tout ce qu'il avait pu s'imaginé. La domination inverse en quelque sorte. Il laissa la douceur de la bouche de la jeune femme lui faire du bien et son lâché prise fit monté en lui une vague de plaisir intense qu'il expulsa hors de lui dans un soupir de contentement non retenue.
-Tu sais que pendant que tu me soignes, je n'aide en rien ton addiction au sexe, déclara Drago peu de temps après.
-Je crois que ce n'était pas au sexe lui-même que j'étais accro, mais au besoin de plaire aux hommes…
-Était?
-Depuis que nous sommes devenu ami, je n'ai pas essayé d'attirer aucun homme dans mon lit, ni même de jouer les aguicheuses. Tu as été le seul et même depuis que je sais que je te plais depuis longtemps et que je peux désormais te prendre pour acquis… je ne me lasse pas de nos rapports physique, bien au contraire. Plus on le fait et plus j'en ai envie, ça me fait même un peu peur.
-Pourquoi. On ne fait rien de mal. Qui pourrait nous reprocher de nous faire du bien mutuellement?
-Pour commencer ton père!
-Comme si son opinion avait encore la moindre valeur pour moi!
-Alors peut-être nos vieilles connaissances ou les gens de la communauté qui déteste ta famille ou encore la mienne…
-Pourquoi l'opinion des autre compte-t-elle autant pour toi? Parfois tu sembles tellement y attacher de l'importance. Tu es belle, brillante et apprécier de tous.
-Je ne fais pas l'unanimité contrairement à ce que tu t'imagines.
-Pourquoi faire l'unanimité. L'important c'est que toi tu te sentes bien face à toi-même.
-Et c'est toi qui me dis cela alors qu'il y a quelques heures à peine tu me disais vouloir laver le nom de ta famille…
-C'est vrai, je suis mal placé pour te juger la dessus, sauf que ça ne veut pas dire pour autant que je recherche l'approbation de tous, uniquement la possibilité qu'on me donne enfin ma chance, qu'on ne me laisse pas tomber sans la moindre explication parce qu'on a entendu certaines rumeur à mon sujet. cracha Drago avec une légère colère.
-Je suis désolé, je ne voulais pas te ramener sur cette histoire… C'est simplement que… Même si j'ai aidé Harry à sauver le monde des sorciers, j'ai l'impression que même ça n'a pas été suffisant pour que je me sente aussi sorcière que ceux qui sont nés dans notre monde, déclara Hermione avec gêne.
-Il y a des sorciers qui sont nés dans notre monde qui ne sont même pas capable de jeter un simple sort de lévitation. Si moi j'ai pu me laisser convaincre que la naissance ne fait pas le sorcier, je ne vois pas pourquoi toi tu en doutes encore!
-Je ne doute pas des autres qui sont nés comme moi ou qui ont vécu loin de notre monde comme Harry, je doute juste de moi. Ça a toujours été comme ça. Quand j'étudiais à Poudlard, je faisais des crises d'angoisse avant chaque examen. En vieillissant, je me cachais un peu plus pour les faire, mais elles faisaient presque toujours partie de ma routine scolaire. À mon arrivée à l'université, c'était encore pire. J'ai cru qu'en délaissant mes études un peu, que j'arriverais à guérir de tout cela. J'ai cru qu'en m'habituant à l'échec, que j'arriverais à viser moins haut, à être moins exigeante envers moi-même. Le problème c'est que j'ai transféré cette angoisse vers d'autres buts…
-Comme celui de séduire un grand nombre de garçons…
-Ça et celui de devenir populaire pour autre chose que ce que j'ai fait auprès de Harry. J'ai tellement été impliqué dans sa vie que je crois que je me suis oublié. Ron qui avait été lui aussi à nos côtés presque tout le temps, ne l'a pas vécu de la même façon. Il se fichait pas mal que sa célébrité et sa notoriété provienne d'une autre personne que de lui, tant qu'il était reconnu. Attention, ne croit pas que c'est un monstre d'égoïsme. J'aime parfois essayer de m'en convaincre, ça me fait me sentir moins coupable de l'échec de notre relation. Pour être honnête, Ron avait atteint un point dans sa vie où lui ne sentait plus qu'il avait besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, alors que moi, j'avais l'impression d'avoir encore besoin de faire mes preuves.
-Tu te vois comment aujourd'hui, lui demanda simplement Drago.
-Toi tu me vois comment?
-Peu importe moi, l'important c'est toi! Qu'est-ce que tu veux TOI? Qui veux-tu être TOI?
-Une femme heureuse!
-Qu'est-ce qui te rend heureuse?
-Des moments comme ce que nous vivons en ce moment, mon emploi au ministère durant l'été. J'aime sentir que je suis utile pour quelqu'un, j'aime véritablement aider les autres, pas seulement parce que ça me procure un sentiment de supériorité comme certain se plaisait à dire à propos de moi. J'ai véritablement envie d'aider les autres et je crois que c'est même pour cela que je me suis rapprocher de toi au départ. J'avais besoin de ton aide, mais toi aussi tu avais besoin de la mienne. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti cela et avec une telle intensité.
-Tu as raison, nous sommes devenu dépendant l'un de l'autre. La question est de savoir si c'est mal!
-Non, c'est plutôt de savoir si c'est sensé nous mener quelque part!
