5.

Au Mess des Officiers du Pharaon, Gander avait demandé à s'asseoir à la table de son commandant.

- Tu as pu tout organiser comme tu le souhaitais, comme tu m'en parlais dans tes messages, avant de quitter Heiligenstadt ?

Alguérande inclina positivement la tête.

- En temps ordinaires, en l'absence de notre père, c'est Alhannis qui s'occupe en tant que chef de famille de mettre le château en état de veille jusqu'à nos retours. Mais comme il était très occupé, je m'y suis collé. Le domaine est en hibernation, si je puis dire – vu que ce sera bientôt l'été ! – et nous revoilà tous dans la mer d'étoiles !

- Des nouvelles de ton père ?

- Il poursuit ses pérégrinations. Il s'est adapté à mon Deathbird, mais ce ne sera jamais comme avec l'Arcadia ! Ce cuirassé lui manquera toujours, mais il lui fallait repartir sur de toutes nouvelles bases, son équilibre en dépendant après les désillusions qui l'ont cloué sur ce lit tant de temps !

- Je peux imaginer la profondeur de la blessure affective, même pour un vétéran comme lui. Mais il saura prendre une toute nouvelle direction dans sa vie, je lui fais confiance.

- De toute façon, il sait qu'il n'y a pas autre chose à faire. Il doit poursuivre sans Toshiro. Nous avons toujours fonctionné ainsi : endurer et continuer, quelle que soit l'adversité !

- Pour ton jeune âge, tu es très mûr, sourit Gander. Et je l'ai toujours su !

- Si tu avais la moindre idée de tout ce que j'ai vu en si peu de temps… Je te raconterai peut-être un jour, si l'occasion s'y prête.

- J'en serais honoré.

Alguérande soupira en finissant son dessert.

- Mais c'est encore trop tôt, je ne peux pas confier ces choses, même à toi !

- Je ne te forcerai pas. Ce sera quand tu le sentirais. Maintenant, nous avons un cuirassé à diriger et une escale à assurer !

- J'aurais préféré arriver juste après cette halte…

- Je m'en doute, mais tu as à la mener. Et à faire cette visite !

- Je crois que j'aurai besoin d'une bonne dose d'anti-vomitifs avant…

- Je serai là, si tu veux ?

- Ce n'est pas dans la procédure officielle, mais j'apprécierai, merci.

- Tu reviens juste, ma présence n'aura rien de surprenant.

- Merci… Tu as une mise à jour à effectuer, rejoins-moi ensuite sur la passerelle.

- A tes ordres, commandante ! jeta le lhorois avec un plaisir non dissimulé de pouvoir à nouveau prononcer ces mots !

Mais il rattrapa aussi rapidement Alguérande sur le seuil de la salle, le prenant par les épaules.

- Moi aussi, j'ai prié pour que tu arrives, après. Ce n'est pas le cas…

- Il y a toujours une raison, vous devriez aussi l'avoir compris ! intervint Khefdan en se matérialisant. Et, obtenez-moi une accréditation et c'est moi qui accompagnerai Alguérande. C'est important !

- Comment je fais pour un Nomade virtuel même pas repris sur la liste de passagers exceptionnels ? s'étrangla le second du Pharaon.

- A vous de réussir, lieutenant Oxymonth ! gronda sèchement Khefdan en se drapant dans sa tenue d'homme des sables pour se diriger vers l'appartement qui était le sien à bord lors de ses passages.


Se projetant dans l'univers de son cadet à la chevelure fauve, Pouchy avait fait un passage éclair par le Pharaon.

- Toute ta détresse, Algie, pourquoi ? Qu'a-t-elle de si particulier, ta visite lors de cette escale ?

- Je dois aller voir une usine à chiots, la fierté des autorités locales, un camp de tortures pour animaux… Je ne vais jamais y arriver !

- Il le faudra bien… Tu es un bon petit soldat de la Flotte terrestre, tu as à obéir !

Alguérande grogna.

- Je crois que je comprends notre père. Il aurait brillé sous les galons, bien que je ne sois pas sûr qu'il soit capable de se plier aux règles…

Pouchy eut un doux sourire.

- C'est parce qu'il se plie aux règles, les siennes soit, qu'il a pu créer sa légende de Corsaire et de Pirate ! rectifia-t-il. En dépit des apparences où il donne l'impression de partir toujours en roue libre, notre père est l'être le plus carré qu'il soit ! Ça va aller, Algie !

- Il le faudra bien, mon Pouch' !

Alguérande se racla la gorge.

- L'autre nuit, j'ai encore eu un contact avec cet ennemi… Il me fiche les jetons, et je n'ai jamais autant redouté un adversaire à venir !

- Je n'ai rien perçu… tressaillit Pouchy. Encore une fois ! Je n'y comprends rien !

- Ne perds donc pas de temps et d'énergie pour moi, Pouch'. Vas vivre ton bonheur auprès de Terswhine, avant que les univers ne s'embrasent une fois de plus, pour changer… Une tasse de thé ?

- Avec plaisir, Algie, ensuite je retournerai à Terra IV.