9.
Ayant, malheureusement, un objectif de vol, le Deathbird avait poussé ses réacteurs à vitesse maximale pour rejoindre les coordonnées du Pharaon.
- Ce n'est pas le genre de nouvelles que je peux apprendre à Algie via vidéoconférence !
- Ça, je m'en doute. Mais crois-moi, si Terra IV est attaquée, Alguérande le saura instantanément !
- J'aimerais autant qu'il soit prévenu, remarqua Albator. Décidément, rien ne sera épargné à mon poussin ! A mes poussins en ces circonstances…
- Peut-être, n'est-ce quand même pas une bonne chose que le Monarque s'en prenne aux garçons ? Il sortirait enfin du bois et il y aurait, avec un peu d'avance, un combat inévitable, glissa Clio.
- Je ne le sais que trop ! Ce Monarque pourrait continuer son petit jeu sans qu'Alguérande ne se mêle de ses histoires, il n'a pas à se coltiner tous les tarés du monde surnaturel qui pètent un câble année après année !
La Jurassienne ne put réfréner un petit rire.
- Vu que tout comme toi, il bourlingue à travers la mer d'étoiles, il n'est que normal que vous vous colletiez à tout qui passe et fiche le boxon !
- Franchement, nous nous en passerions volontiers, grinça le grand Pirate balafré.
- Certainement pas, vous avez cela dans le sang, insista Clio.
- Quoi, la baston ?
- Non, de ne pas laisser des innocents périr sous les coups de folies d'êtres ambitieux et sans scrupules.
- Hum, ça ce n'est pas faux… Si tu exclus le fait que cinq ans durant, ce fut moi cet être !
- La vie est pleine de surprises.
- Moi, je veux juste que celles de mes enfants et petits-enfants soient les plus longues possibles !
- Ils sont grands, ce n'est plus vraiment de ton ressort…
- Ils resteront mes enfants jusqu'à mon dernier souffle.
- Et ils ont beaucoup de chance d'avoir un père comme toi !
S'il avait déjà vu Maetel verser des larmes sur les souffrances de l'humanité, le capitaine du Deathbird ne l'avait jamais surprise à s'apitoyer sur elle-même.
- Il te reste le 999. Tu étais si peu sur Râ-Métal…
- Mais je savais qu'elle était là, dans la mer d'étoiles, précieuse, fidèle, répondit la jeune femme blonde dont la voix tremblotait. Je me sens vide, Albator. Sans compter que je ne peux plus y régénérer mon corps !
- J'ai analysé la position ancienne de Râ-Métal, intervint Gahad, l'Ordinateur du cuirassé noir. La planète a disparu mais cela n'a provoqué aucune perturbation galactophysique. C'est un phénomène impossible !
- Je l'avais remarqué, reconnut le capitaine du Deathbird. L'univers est forcé de se recomposer quand on en retire des corps célestes conséquents. Mais là, il n'y a pas la plus petite variation, quel que soit le scan utilisé. Planètes et galaxies ont disparu, mais c'est comme si l'écho de leur souvenir perdurait et maintenait l'équilibre alentours.
Clio se glissa souplement entre les deux amis.
- Contrairement aux adversaires auxquels Alguérande s'est confronté, ce Monarque ne semble pas vouloir détruire les univers, remarqua-t-elle, sinon il ne prendrait pas le soin de ne provoquer aucun dégât collatéral à ses « larcins ».
- Je n'y comprends pas grand-chose, rien serait plus exact, grinça Albator, enfin comme à l'habitude quand il s'agit des mondes surnaturels, dès lors je pourrais me creuser la tête jusqu'au jugement dernier, que je ne poserais pas l'ébauche d'une explication sur ce fait. Gahad effectue des recherches sur ce sujet depuis des semaines, mais il n'a rien trouvé. Mais tant que le Monarque ne se sera pas attaqué à des vaisseaux, aucune Flotte et aucun gouvernement ne se penchera sur la question ni n'étudiera les phénomènes connexes à ses rapines.
- On ne pourrait pas aborder un autre sujet ? pria Maetel. Ce Monarque m'a fait bien assez de mal, je ne veux plus penser à lui !
- Promis.
Au soir, le capitaine du Deathbird s'était mis en communication avec le commandant du Pharaon.
- Dis donc, papa, Maetel a vraiment été traumatisée par la disparition de sa planète ?
- On le serait à moins, non ? rétorqua le grand Pirate balafré.
- Durant tous ces siècles elle en a quand même vu d'autres ? continua de s'étonner Alguérande.
- Des pertes d'êtres biologiques et mécaniques, de cités, de planètes. Mais pas de sa planète, insista à son tour Albator.
- Je suppose, convint le jeune homme. Je ne sais pas comment je réagirais si le Monarque s'en prenait à la Terre ou au Sanctuaire de Pouchy… Enfin, pour ces deux-là, Pouch' et moi sommes tout à fait aptes à les défendre !
- Je suppose…
- Au fait, papa, tu vas finir par me dire pourquoi tu viens me coller au train ainsi ?
- Nous serons ensemble d'ici trente-six heures, je pourrai tout te raconter.
- Je déteste quand tu fais des mystères !
- Et toi, tu es d'une impatience !
Ce fut dans un rire qu'Alguérande mit fin à l'appel, mais son père bien évidemment ne souriait pas du tout !
