13.
Gander Oxymonth, le second du Pharaon avait apporté une tasse de café à un commandant bien trop silencieux et renfermé sur lui-même, ce qui ne lui ressemblait absolument pas, assis depuis le début de journée dans son fauteuil sur la passerelle.
- Si tu es certain que ton petit frère est sauf, pourquoi te mines-tu, Alguérande ? murmura le lhorois.
- Parce que dans mes mondes surnaturels, il n'y a rien de logique, pire encore que dans nos univers… Si je me base sur les précédentes disparitions attribuées au Monarque, il n'a pas détruit les planètes – sinon on n'aurait retrouvé que débris – il les a juste fait disparaître !
Alguérande serra les points sur les accoudoirs de son fauteuil noir.
- Mais il ne faut jamais tabler sur des certitudes quant au modus operandi d'entités surnaturelles complètement barrées ! Comme si ces atrocités ambulantes et cinglées avaient le moindre bon sens… Mon petit frère a disparu, la Sorcière de sa vie avec lui et Amarance qui les avait rejoints ! Je ne serai jamais tranquille… Et mon petit frère a disparu de notre monde ! J'ai si peur de ce que le futur immédiat réserve à notre famille…
- Mais, Algie, toutes les entités ne veulent pas s'en prendre aux tiens. Vous n'êtes pas le centre des univers, ne t'en déplaise, désolé… Pourquoi le Monarque en voudrait-il aux tiens ? !
- Pouchy a disparu !
- Oui, comme des dizaines de systèmes solaires, et des milliards d'êtres.
- Mais si j'avais su, avant, j'aurais pu essayer d'agir. Et pour Terra IV, je n'ai rien pu faire… J'ai dû voir partir mon petit frère !
Gander s'attrista.
- Quoi, tu redoutes que… ?
- Comme toujours, avec des entités adverses… Et je crains au pire le jour où elles s'associeraient pour m'affronter et me défaire. Ce qui serait une évidence absolue : ne plus m'attaquer les uns après les autres, mais tous mettre leurs forces et pouvoirs divers en commun… Et comment pourrais-je résister… ? J'ai peur ! Mais ce qui me terrifie c'est qu'elles n'attaquent ma famille, car c'est la plus vieille des tactiques : faire le pire mal à l'ennemi mais pas en s'en prenant à lui… Et aucun d'eux n'est en mesure de se défendre face à ces forces !
- Je vois. Il n'empêche que tu ne peux rien, pour aucun d'entre eux. Aussi, j'aimerais que mon commandant ait la tête à ses obligations !
- On t'a téléchargé un programme « sermon » lors de ta dernière mise à jour ? sourit Alguérande.
- Peut-être, murmura le Mécanoïde. Ce n'est pas moi qui décide !
Il s'assombrit.
- Je suis obligé de faire confiance à l'usine qui m'a fabriqué et à la Flotte qui m'a acheté…
Alguérande eut un sourire amical, rassurant.
- J'ai copie de tes mises à jour. Je les avalise, ou non. On ne te programme rien de mal ou de vicieux.
- Oh, j'ignorais ! Je ne crois pas qu'avant…
- Effectivement, ton précédent capitaine ne s'en occupait pas. Comme toi, il faisait confiance à tes programmateurs.
- Et toi, tu ne fais confiance à personne ?
- Il y a de ça, convint le jeune homme. Mais surtout je tiens à savoir ce que l'on trafique dans les fichiers d'un ami !
- Merci, Algie.
Avec un clin d'œil complice, Gander reprit son poste et Alguérande se détendit, un tout petit peu.
Sous les tirs de trois cuirassés de la flotte de défense de la République Moyrienne, le Deathbird n'avait encore subi aucun dommage, son bouclier ovoïde l'entourant et le protégeant parfaitement.
- Le bouclier a été fragmenté, annonça sans surprise Gahad, l'Ordinateur du cuirassé noir battant pavillon Pirate. Il a cédé, il ne reste que les boucliers de coque, et nous avons perdu trop d'énergie à nous défendre que pour les alimenter bien longtemps.
- Comme si je l'ignorais, marmonna Albator en manœuvrant la barre pour repositionner son vaisseau face à ses adversaires qui l'attaquaient bien évidemment sous trois angles différents.
- Alguérande avait raison, l'accord de non-agression avec la Flotte terrestre n'est pas respecté par d'autres flottes, remarqua Clio.
- Je crois que je le constate ! grinça le capitaine du Deathbird. Dire que pour une fois, mon gamin à la chevelure fauve n'affabulait pas !… Ces nouveaux modèles de cuirassés, des Wirds, surpassent trop le Death… Je suis désolé, Clio !
- Et moi je suis près de toi.
Les Wirds préparant leur ultime frappe, un quatrième cuirassé surgit d'un saut spatio-temporel, tirant de toutes ses tourelles.
