15.

Alhannis ne décolérait pas et son cadet encore physiquement présent en faisait les frais.

- Et je peux savoir pourquoi tu as toujours les miches collées au fauteuil de ta passerelle, au lieu de fouiller la mer d'étoiles pour chercher Pouchy ?

- Je ne peux pas retrouver quelqu'un qui n'est plus dans notre dimension ! Mes pouvoirs sont loin d'être infinis !

- Il faut pourtant ramener Pouch' ici, d'une manière ou d'une autre, vitupéra encore le jeune homme à la chevelure de feu.

- S'il y a une solution, je ne la connais pas, rétorqua sèchement Alguérande. Je ne suis pas le Monarque, je ne suis pas omnipotent !

- Tu as déjà réalisé des prodiges, recommence ! intima encore son aîné.

- Je ne peux pas ! gémit Alguérande. Pourtant, c'est mon vœu le plus cher ! Au fait, tu es au courant que papa et Toshiro sont en train de se rabibocher doucement ?

- Papa est bien trop miséricordieux surtout, glapit Alhannis.

Alguérande esquissa un sourire.

- Je ne suis pas sûr que ceux avec qui il s'accroche utiliseraient ce qualificatif !

Les prunelles bleu marine d'Alhannis étincelèrent.

- Toshiro ne mérite absolument pas que papa lui rende son amitié et sa confiance, aboya-t-il. De quel droit Oyama pourrait-il reprendre sa vie pépère après ce qu'il lui a fait, ce dont il a été le complice actif ? ! Déjà que son Auryel devrait croupir en prison pour payer ses actes barbares, au lieu de continuer de voler paisiblement en tant que chasseur de primes !

- L'esprit d'Auryel était contaminé, il a failli être détruit… Crois-moi, il ne s'en est pas sorti sans dommages ! J'étais au plus près de son âme, je peux te l'assurer !

- Oui, que s'est-il donc passé ce jour-là ? Tu ne nous as jamais raconté !

Les traits du visage d'Alguérande se durcirent, et ensuite, un frisson le parcourut tout entier.

- Oui, il est peut-être temps que j'en parle… céda-t-il après un long moment de silence.

Docile, sans vraiment de réactions, Auryel avait été amené dans le salon, encadré par deux agents pénitentiaires bien qu'il soit évident qu'il était incapable de la moindre tentative d'évasion ou d'opposition !

On l'avait asseoir dans un fauteuil, face aux deux qu'occuperaient Alguérande et Warius.

Quelques instants plus tard, les deux hommes entrèrent en compagnie d'Amarance dont la puissance allait suppléer aux forces encore faibles du jeune homme pour projeter leurs esprits dans celui à la dérive du fils d'Eméraldas et de Toshiro.

- Tu es sûr que ça ne va pas te faire du mal ? insista Warius, inquiet. Je crois que ta famille a suffisamment morflé à cause des Oyama ! Je préfère de loin qu'Auryel demeure un légume à ce qu'il t'arrive la moindre chose !

- Je suis là, je veille sur vous tous, assura Amarance. Vous pouvez y aller sans crainte !

Alguérande et Warius prirent place dans les fauteuils tandis qu'Amarance demeurait debout derrière eux.

- On y va, Warius, reprit le jeune homme. Je t'ouvre le passage, ensuite tu pourras discuter avec Auryel, l'apaiser en lui parlant de ton expérience d'Empereur des Carsinoés et de la façon dont tu as surmonté et gérer les traumatismes, une fois que tu as été libéré de leur emprise ! Moi, je n'interviendrai pas. Tes mots sont pour Auryel seul, comme je te l'ai déjà dit.

- C'est parti !

L'esprit d'Auryel ressemblait à la bien familière pièce blanche, et si Warius s'approcha de lui, Alguérande fit au contraire quelques pas en arrière, en réalité totalement indifférent à la discussion à sens unique qui allait avoir lieu entre les deux hommes.

Même s'il n'y avait rien à explorer, Alguérande avait continué sa petite promenade, Warius et Auryel désormais bien loin de lui.

Le jeune homme finit par s'asseoir, les chevilles croisées devant lui, les bras croisés sur les genoux.

Amarance avait beau développer le plus d'énergie, il se sentait vidé de toutes ses forces, complètement épuisé, somnolent et il n'aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu'il s'allonge au sol et ferme les yeux.

Et sans qu'il ne sache trop pourquoi, une larme roula sur sa joue balafrée.


Phernelmonde sourit à ce qui ressemblait à une sorte de conseil extraordinaire d'entités surnaturelles.

- Nous avons un ennemi commun. Tous les autres, et même moi, à tour de rôle, n'avons pu le défaire bien longtemps. Il nous faut donc l'attaquer en groupe – ce qui aurait été la première action sensée à faire – et nous n'allons plus lui donner l'occasion de nous vaporiser, les uns après les autres !

- Il est un peu inaccessible, remarqua une murène au cou démesuré. Il est devenu bien trop puissant.

- Il a été faible, je l'ai infiltré, corrompu, il ne s'en est même pas rendu compte ! ricana Phernelmonde.

- Un vieux scénario, avec cette lignée.

- Et moi, j'ai réussi ! Alguérande Waldenheim poursuivra sa vie, mais j'en tirerai les ficelles. Il sera à nous, le moment venu.

Phernelmonde se frotta les mains.

- Nous avons gagné, et personne ne le sait encore !